Karl Polanyi: La grande transformation 2

Publié le par 問道

karl-polanyi.jpg   Dernièrement, avec des amis, nous parlions de la misère au-delà de la superficielle condition matérielle. La modernité est incapable de surpasser cette considération pour jauger la misère ou la fortune. Je parle de modernité et non de capitalisme, car il est clair et évident que, le communisme est une idéologie de la même veine : mépris et haine des hommes, des humanités, culte de la modernité assassinant ces humains pour laisser la place à l’homme nouveau, idéologie autoproclamé panacée et enfin, instrument de POUVOIR.

   En France nous développons une vision idéalisée de l’immigration, « ces gens venus pour une vie meilleurs ». S’il est à mes yeux, clair que puisqu’ils sont là, il faut que les français leur fasse une place (ce qu’ils font chez les couches populaires et moyennes, mais pas du tout dans la caste des élites), la venue de toutes ces populations, c’est d’abord l’illustration des drames et des génocides culturelles à l’échelle universelle. Dans « La grande transformation », Karl Polanyi explique ce dont il s’agit et le décrit avec une justesse qui ne fini pas de m’impressionner. Il continue de démontrer que ce que nous croyons naïvement n’être « qu’économie » est en fait global, et totalitaire.

 

 

 


   « Les deux nations de Disraeli et le problème des peuples de couleur (la grande transformation p. 396 à 400) ed Gallimard

 

   Plusieurs auteurs ont insisté sur la ressemblance qui existe entre les problèmes coloniaux et ceux du début du capitalisme. Mais ils n’ont pas réussi à poursuivre l’analogie dans l’autre sens, c'est-à-dire éclairer la situation des classes les plus pauvres d’Angleterre il y a cent ans en les décrivant comme ce qu’elles étaient : les indigènes détribalisés et dégradés de leur époque.

   La raison pour laquelle on n’a pas remarqué cette ressemblance tient à notre foi dans le préjugé libéral, qui donne une importance prédominante, mais nullement mérité aux aspects économiques de ce qui était essentiellement des processus on économiques. Car ni la dégradation raciale dans certaines régions coloniales d’aujourd’hui, ni la déshumanisation analogue des travailleurs il y a cent ans n’était, dans son essence, économique. »

   Là, il pointe un archaïsme de la pensée libérale ici, mais aussi moderniste en général : cloisonner de façon étanche les différents aspects de la vie des hommes et, croire qu’une seule motivation, rationnalisée de toutes autres, suffisent à expliquer des phénomènes historiques. Ce « préjugé libéral » est le même chez les gens d’extrême gauche.

   Nous croyons donc que les réformes ayant aidés à construire le capitalisme ne concerne que l’économique, amputée de toute ambition de pouvoir et de dominations. C’est ainsi que, dans le cas de la République Populaire de Chine, nous voyons Deng le petit comme le sauveur de qui aurait redressé son pays. En fait, nous refusons de les voir pour ce qu’elles sont : des mesures destinées à établir l’ORDRE après la longue période de bouillonnement sous Mao et pérenniser la domination du Parti de façon durable. Ceci mériterait d’être développer.

 

« Un contact culturel destructeur n’est pas primordialement un phénomène économique.

 

   La plupart des sociétés indigènes sont en train de subir une rapide transformation forcée qu’on ne peut comparer qu’aux violents changements causés par une révolution dit L.P. Mair. Bien que les mobiles des envahisseurs soient nettement économiques et que l’effondrement des sociétés primitives soient nettement causés, souvent par la destruction de ses institutions économiques, le fait saillant est que les nouvelles institutions économiques ne parviennent pas à être assimilées par la culture indigène, qui par conséquent, se désintègre sans être remplacé par un système cohérant de valeurs. […] »

   Ce livre écrit en 1948 ne parle t-il pas de la globalisation actuelle ?

 

   « Le danger véritable est, pour reprendre l’expression de Goldenweiser, « celui d’un intervalle entre des cultures ». Sur ce point, il y a pratiquement unanimité : « les anciennes barrières sont en train de disparaître et aucune espèce de ligne directrice ne s’offre » (Thurnwald, balck & white, p. 111). « Maintenir une communauté dans laquelle l’accumulation des biens est considérée comme anti-sociale et intégrer cette même communauté dans la culture blanche contemporaine, c’est essayer d’harmoniser deux systèmes institutionnels incompatibles » (Wissel, dans son introduction à M. Mead, the changing culture of indian tribe, 1932). Pour reprendre une l’expression mordante de Lesser sur une autre victime encore de la civilisation industrielle « de la maturité culturelle en tant que Pawnee, ils ont été réduit à la petite enfance culturelle en tant qu’hommes blancs » (The pawnee, ghost, dance and game, p. 44). »

   Voici donc où nous en sommes, un génocide culturel à l’échelle universelle. Nous croyons bêtement que, la colonisation n’est qu’un phénomène politique, puis économique et, que la ratification de décrets ou de référendum, donnent aux peuples colonisés l’accès. Mais, il n’en est rien, les uns ont sombrés dans le marxisme, d’autres dans l’islam ou le christianisme, et d’autres encore, dans l’ultra-libéralisme le plus vulgaire. Mais ils sont encore plus colonisés qu’avant. En effet, si autrefois, les déstructurations et destructions sociales étaient menés par l’homme blanc, depuis sont départ, ce sont les descendant des autochtones, batardisés qui mènent ces destructions, avec pour but de bâtir un pays à l’image des canons de l’homme moderne occidental ! Et après, l’on déplore les guerres civiles, les violences et autres génocides en Afrique et en Asie, tout en se félicitant de « l’occidentalisation », que l’on appel « progrès »

 

   « Cette condition de mort-vivant n’est pas due à l’exploitation économique au sens couramment accepté du terme, où l’exploitation signifie un avantage économique d’un partenaire aux dépens de l’autre, bien qu’elle soit certainement en relation intime avec des transformations de la situation économique liées à la tenure foncière, à la guerre, au mariage etc., chacune de ces transformations affectant un grand nombre d’habitudes sociales, de coutumes et de traditions de toute espèce. Quand une économie monétaire est introduite de force dans des régions d’Afrique occidentale où la population est clairsemée, ce n’est pas l’insuffisance des salaires qui est la cause de ce que les indigènes « ne peuvent pas acheter de la nourriture pour remplacer celle qu’ils n’ont pas fait pousser car personne d’autre n’a de surplus à leur vendre » (Mair, An African people in the twetieth century, 1934, p.5)

   Leurs institutions comportent une autre échelle de valeurs ; ils sont à la fois économes et sans esprit de marché. « ils demanderont le même prix quand le marché est inondé que celui qui prévalait quand il y avait une grande pénurie, et pourtant ils feront de longs voyages en dépensant beaucoup de temps et d’énergie pour épargner une petite somme sur leurs achats » (Mary H. Kingsley, West African Studies, p. 339) […]

L’indice économique des taux de population ne nous est pas plus utile que les salaires. Goldenweiser confirme la célèbre observation faite par Pitt-Rivers en Mélanésie : les indigènes réduits à la misère culturelle peuvent être « en train de périr d’ennui […] »

   Voir ici, sur le déterminisme économique ou l’universalité prétendu du marché…

 

   « Les formes de tenure foncière sont au centre de l’intérêt parce que c’est d’elles que dépend le plus directement l’organisation sociale. Des faits qui apparaissent comme des conflits économiques (impôts et loyers élevés, bas salaires) sont presque exclusivement des formes voilées de pression pour pousser les indigènes à abandonner leur culture traditionnelle et les forcer ainsi à s’adapter au méthodes de l’économie de marché, c'est-à-dire à travailler pour un salaire et à fournir leurs marchandises sur le marché. C’est dans ce processus que certaines tribus indigènes comme les Cafres et ceux qui les avaient migré vers la ville ont perdu leurs vertus ancestrales et sont devenus une foule sans énergie, « des animaux à demi-domestiqués », parmi lesquels des fainéants, des voleurs et des prostituées –institutions inconnue chez eux jusqu’alors : rien ne leur ressemblait plus que la masse de la population anglaise paupérisée vers 1795-1834 »

   En lisant cela, je pense à tous ces superlatifs sur les « miracles économiques » et autres « modernisations »… tout ces pays que la mode nous vend comme puissance effective ou en devenir, comme modèle… tout cela n’est qu’idéologie et propagande, en vérité, ils se détruisent. Voici une illustration ici, ou encore ici 

 

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céline 08/03/2010 13:23


l'ultra libéralisme le plus vulgaire ... une chinoise m'a demandé récemment à quels signes extérieurs on reconnaissait les riches en France ... je trouve que c'est une illustration assez éloquente
de cette vulgarité avec laquelle cette génération tente de copier l'occident..


Sam 06/03/2010 18:05


Voila, c'est un bel exposé sur le miracle ou l'Eden du modernisme dont nous sommes tous victimes consentantes ou non!! Encore une fois mon ami, les moutons de panurge nous poussent encore plus loin
à consommer et être gavés comme des oies dont la plupart d'entres nous partagent leurs intellects, afin de sombrer plus fermement dans des abîmes de béatitude et de jouissance virtuelle!!

Parce que le modernisme, tout comme la bulle (ou matrice) économique n'est qu'une illusion, pour satisfaire les frustrations jamais assouvies des populations pauvres ou moyennes!La dignité humaine
n'est pas rentable et encore moins d'assumer nos propres rêves, combien d'entres nous vivent leurs vies pleinement et avec conviction? Même des handicapés moteurs jouissent d'une conscience plus
exponentielle que leurs contemporains!!