Le Lumpenfußballfan

Publié le par Winston Morgan Mc Clellan

   Outre le fait de jouer au football, le Lumpen aime en parler et afficher ses équipes favorites. Dans le monde du sport, il existe, en général dans les capitales, des clubs proches des pouvoirs, véhiculant leur symbole : le Milan AC en Italie, le Réal Madrid en Espagne, etc… A l’inverse, il existe des clubs qui ont la rébellion politique dans l’ADN (le Barça et l’Athletic Bilbao en Espagne). Si dans les premiers cas, c’est le pouvoir qui influence directement la direction d’un club, dans les seconds cas, ce sont les supporters qui font l’identité rebelle de leur club. Je commencerai par parler du Réal Madrid, comme exemple emblématique de « club de l’élite ». Ensuite, sera expliqué la façon de supporter du Lumpen et sa façon de concevoir le football.

 

   Il n’est un secret pour personne, le Réal Madrid était l’enfant chérie du Franquisme. Santiago Bernabeu était dans les troupes franquistes qui ont lancé l’assaut sur la Catalogne, il eut par la suite les coudés franches pour développer son club. C’est d’ailleurs, chose remarquable, sous Franco que la suprématie du Réal fut la plus indiscutable (le principal du palmarès du club date de cette époque). Avec la mort de Franco et la conversion formellement « démocratique » du royaume, le Réal Madrid allait accompagner l’évolution libérale du football, pour devenir, en notre temps dominé par la communication et la finance, le club chouchou des médias et des banques. C’est ainsi qu’alors que les autres grands clubs, pire encore, la péninsule ibérique dans sa totalité, sont contraints de se serrer la ceinture, le Réal Madrid ne connait pas la crise[1] !

 

   Le Lumpen supporte le Réal de Madrid, car ce club représente son fantasme de la « toute puissance ». Il admire le Réal Madrid des « Galactics », qui n’a sportivement, pas gagné grand-chose, et qui collectivement ne brillait pas par la fluidité de son jeu. Mais, ce club alignait une constellation de « stars », c'est-à-dire des individualités de talents, censés être les meilleurs du monde. Fasciné par les strass et les paillettes, le sujet adhère et adore. Ce n’est pas la beauté du jeu collectif qui le fascine, c’est la puissance du Réal Madrid, qui aligne une « dream-team », grâce à ses crédits illimités que lui offrent les pouvoirs des banques et des Bourbon[2] ! Le spectaculaire, le génie de cette équipe, ce sont certes les exploits individuels de ses mercenaires, ainsi que tout le tapage médiatique organisé autour.

 

Autre exemple : le Paris Saint Germain

   Durant l’été 2011, le Paris-Saint-Germain, par l’entremise de Nicolas Sarkozy[3], s’est vue offrir une incroyable montagne d’or : le club de football de la capitale de la France offert aux Qataris ! Cette nouvelle fit l’effet d’une bombe si énorme, que depuis, ne cesse de déferler des tornades de bêtises et de clichés dans les discussions liés au football. Ce cadeau du hobbit de Nagy Bocsa semble tout droit venir du lit du fleuve Anduin ; ce club se découvre des supporters banlieusards, issus de l’immigration nord africaine et subsaharienne. S’il y en avait auparavant, ils n’étaient pas aussi fanatiques et dingues de ce club comme ils le seront dés lors. Dans la banlieue parisienne, beaucoup supportent l’Olympique de Marseille (de là se prolonge la rivalité médiatique d’antan, plus que sur le terrain et le palmarès)[4].

 

   Ces population, ne sont pas à proprement parlé des immigrés, comme le furent leurs pauvres mais admirables parents ; déracinés, n’ayant reçu ni l’éducation ancestrale, ni l’instruction républicaine. Ils sont d’avantage les enfants de la culture de masse à la française. Alors que l’école leur enseigne le mépris de leurs racines non modernes, la télévision leur enseigne le cynisme, le narcissisme décomplexé ; tout pour faire d’eux d’authentiques bourgeois fauchés ! Chose remarquable, ces vagabonds culturels, n’ayant aucune notion de « valeurs », de « décence », comblent le vide par le culte de l’argent[5]. Mais cela n’explique pas tout : il semblerait que beaucoup de beurs, adhèrent au nouveau Paris Saint Germain, par attachement une fascinante équation identitaire[6] (qatari=arabe+musulman=moi).

 

   Ainsi, le Paris Saint Germain devient, par sa capacité à acheter à prix d’or des vedettes, « un grand club ». On fait la fête quand le club achète un joueur à 42 millions d’euros, fusse t-il simple espoir n’ayant jamais rien prouvé ! Qu’importe, c’est le joueur le plus cher du mercato ! Tout les joueurs les plus cher du monde peuvent être acheté, tout devient possible… sauf de pouvoir faire un travail footballistique sérieux (créer un collectif cohérant et harmonieux avec les qualités et les défauts des joueurs en place)[7]. Mais, qu’à cela ne tienne, le lumpen est heureux de trouver un éventuel « dominant tout puissant » pour y projeter son propre fantasme ! Et qu’importe les changements de sigle, la façon dont les supporters et les historiques sont traités, le mépris… de tout cela, il s’en fiche, il est le toutou de son maître, et il adhère à tout ses actes et à son paradigme !

 

   Et ce paradigme, c’est « l’argent est tout ». A partir de là, le lumpen justifie le « tout fric » de ses maîtres en arguant que « les grands clubs historiques sont riches, alors pourquoi pas nous bande de rageux »[8]. Ainsi, dans le paradigme de ces gens, ces clubs ne sont grands que parce qu’ils ont de l’argent. Il n’existe aucune tradition, aucune histoire sportive, aucun mythe, aucune identité propre et singulière : aucun charme. A leurs yeux, le football n’a jamais été du football, mais juste du business… gagner la coupe d’Europe dans les années 1960-1970 ne fut qu’une question d’argent, et jamais de savoir faire… les mécènes du passé, qui jouaient le jeu du sport dans le cadre des règlements alors indiscutables[9], sont comparés à ces mécènes modernes, qui ont le droit de faire tout ce qu’ils veulent sans la moindre limite… nos pauvres lumpen, enivrés par les senteurs d’une grandeur de substitution, en perdent tout sens de la mesure, tout sens commun…



[1] Il y a les clubs appartenant aux qataris qui, eux non plus ne connaissent pas la crise, mais, il est ici question de grands clubs.

[2] Là où le Barça de Pep Guardiola puis de Tito Vilanova, n’aligne quasiment que des enfants du club… même si la direction est plus que critiquable (notamment avec cette politique de mariage déraison avec le Qatar).

[3] Qui allie la grossièreté des mœurs du lumpenprolétariat et la vulgarité de la bigoterie à l’idéologie du Marché.

[4] Comme dit un supporter de l’OM ayant connu le temps des Skoblar-Magnusson « à moins de 5 titres de champions, je parle pas »…

[5] Et d’une autre chose dont je parlerai ailleurs.

[6] Une identité qui n’est rien d’autre qu’une identité de substitution servit par l’élite française, comme le fermier sert du grain à ses volailles.

[7] C’est ainsi que ce club achète des joueurs à des postes ou il y a déjà la queue dans l’effectif ! L’argent permet de ne pas assumer les erreurs.

[8] Ce terme de « rageux » qui revient sur 9 discours de supporters parisiens sur 10, ce qui en dit long sur la répartie et l’état de l’esprit réduit à l’état de…

[9] Limitation des joueurs étrangers à 3, porte monnaie limité…

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