Karl Polanyi: La grande transformation

Publié le par 問道

L’histoire dans l’engrenage du changement social

polanyi.jpg    Vendredi dernier, en me levant, croisant mon frère, celui ci me parle d’un débat sur France-info entre un économiste membre d’ ATTAC et un de ces fameux pasteur libéral, prof à dauphine (vous vous souvenez, ce nid à born again de l’idéologie libéral, une des facs les plus cons qui soit). Ce dernier, dans sa très vaste logique expliquait qu’il n’était pas juste d’imposer davantage les plus riches, parce que ce serait une discrimination à l’égard d’une minorité de gens. Le journaliste, bien qu’essayant d’être neutre ne pu s’empêcher de laisser échapper un « on reconnait bien là le discours libéral ».
   Parmi les choses intéressantes, c’est le caractère rustre voire même profondément débile de la logique libérale : l’égalité entre les hommes, c’est qu’une personne fortunée paye autant qu’une personne précaire ou modeste. Quand il s’agit des responsabilités, le libéral veut que le riche, le fort, assume aussi peu que ceux qui en sont le moins capable. En revanche, quand il s’agit de partager, le riche, le fort, celui qui a les moyens de manger le plus, doit manger d’avantage sans être gêné par les modestes, les faibles. C’est une vision de l’égalité et de la démocratie particulièrement primaire, sans nuance, sans finesse, brutale… quantitative, purement quantitative!
   Chose intéressante, c’est l’aveuglement du bigot libéral, petit prof d’une petite université, vulgaire voix de son maître. Le but est que rien ne change, l’ordre établit est si avantageux pour eux. Alors que la société, sombre dans la violence, à la violence libérale, le mépris de la vie des hommes, le sacrifice de ces gens sur l’autel du marché, l’ostentation des nouveaux et anciens riches, répondent des prises d’otages de patrons, des saccages de préfectures, des suicides et des meurtres, de désespoir, une colère qui gronde. Une société de plus en plus violente et de plus en plus en désordre.
   Là ou se trouve le capitalisme, rode le libéralisme. Là ou se trouve le libéralisme, arrive le désordre et la violence se généralise et rode l’aspiration au changement par la violence. Et là où traine chez les dominés l’aspiration au changement par le biais de la violence; est-ce que le fascisme fait naturellement son apparition ? Dans son œuvre, « la grande transformation », le grand Karl Polanyi parle dans son chapitre « l’histoire dans l’engrenage du changement social » du fascisme :

   « Si jamais un mouvement politique répondit aux besoins d’une situation objective, au lieu d’être la conséquence de causes fortuites, c’est bien le fascisme. En même temps, le caractère destructeur de la solution fasciste était évident. Elle proposait une manière d’échapper à une situation institutionnelle sans issue qui était, pour l’essentiel, la même dans un grand nombre de pays, et pourtant, essayer ce remède, c’était répandre partout une maladie mortelle. Ainsi périssent les civilisations.
   On peut décrire la solution fasciste à l’impasse où s’était mis le capitalisme libéral comme une réforme de l’économie de marché réalisée au prix de l’extirpation de toutes les institutions démocratiques, à la fois dans le domaine des relations industrielles et dans le domaine politique. Le système économique qui risquait de se rompre devait ainsi reprendre vie, tandis que les populations seraient elles-mêmes soumises à une rééducation destinée à dénaturer l’individu et à le rendre incapable de fonctionner comme unité responsable du corps politique.
» p. 307
   Ici, il nous explique donc que le fascisme n’est que le fruit d’un système capitaliste, libéral, arrivant à son aboutissement. Si pour vous, le but du capitalisme est d’assurer la prospérité à la société, vous pouvez appeler cela un échec… si vous êtes libéral en toute connaissance de cause, ce n’est qu’un aboutissement naturel, coulant de source : le fascisme n’est rien d’autre qu’une solution du système, déstabilisé par le mécontentement des plus nombreux, ceux qui travaillent, pour réinstaurer l’ordre et remettre toutes ces petites gens à leur place : au travail !

   « L’apparition d’un mouvement de ce genre dans les pays industrialisés du globe, et même dans un certain nombre de pays peu industrialisés n’aurait jamais dû être attribuée à des causes locales, à des mentalités nationales ou à des terrains historiques, comme les contemporains l’ont fait avec tant de constance. […]
   A vrai dire, il n’existait aucun type de terrain – de tradition religieuse, culturelle ou nationale- qui rendit un pays invulnérable au fascisme, une fois réunies les conditions de son apparition.
» p. 306
   Nous pensons, chacun dans nos systèmes dit « démocratiques » être à l’abri, parce que ce ne serait pas une tradition culturelle ou politique… mais de la tradition, de la culture, le fascisme s’en moque… c’est comme les grandes épidémies, un fléau universel, comme la peste ! Je ne compte plus le nombre de fois ou j’entendais l’argument du « mais chez eux, la dictature, c’est un peu leur culture », l’argument « culturaliste » visant à justifier la dictature par une culture foncièrement dictatoriale. Comme nous le voyons, le fascisme se contre-fout de la culture et de la tradition, c’est une chose universelle. Néanmoins, je rigole en voyant expliquer que la dictature est une normalité culturelle en Asie ou en Afrique, de la part de gens venant du pays dit « des droits de l’homme », mais qui n’a été que celui de l’absolutisme, de la sanglante révolution française, de Napoléon et du colonialisme… sans parler du gaullisme, et sa conception mafieuse de la politique (à l’intérieur comme à l’extérieur). Aujourd’hui, tous libéraux !

   « En outre, il était frappant de voir combien il avait peur de rapport entre sa force matérielle et numérique et son efficacité politique. Le terme même de « mouvement » est trompeur, puisqu’il implique une certaine forme d’enrôlement ou de participation personnelle en grand nombre. S’il y avait un trait caractéristique du fascisme, c’est qu’il ne dépendait pas de ce genre de manifestation populaire. Bien qu’il eût d’habitude pour but d’être suivi par les masses, ce n’était pas le nombre de ses adhérents qui attestait sa force potentielle, mais l’influence des personnes haut placées dont les dirigeants fascistes avaient acquis les bonnes grâces : ils pouvaient compter sur leur influence sur la communauté pour les protéger contre les conséquences d’une révolte avortée, ce qui écartait les risques de révolution. […]
   Un pays approchant de la phase fasciste présentait des symptômes parmi lesquels l’existence d’un mouvement proprement fasciste n’était pas nécessaire. On y apercevait des signes au moins aussi importants : la diffusion de philosophie irrationalistes, d’une esthétique raciale, d’une démagogie anticapitaliste, d’opinions hétérodoxes sur la monnaie, de critiques du système des partis, d’un dénigrement général du « régime », quelqu’ en fut le nom donné à l’organisation démocratique existante.
» p. 306 et suiv
   Historiquement, le fascisme est donc la solution des élites, pour remédier à une agitation sociale pouvant aboutir à une remise en cause sérieuse de sa position d’élite. Il est un pays qui m’inquiète, qui présente à mon avis tout les symptômes pour être le nouveau Japon totalitaire du XXIe siècle : la République populaire de Chine. Tout ce qui est mis en gras juste au dessus existe et circule dans l’anti-culture urbaine de Shanghai ou Beijing. Et nos élites libérales continuent d’adorer et d’admirer ce qui s’y passe. Ils nous jurent qu’il s’agit du « pays du XXIe siècle »… faut-il voir là ce à quoi aspirent ces gens ? M’arrive alors une autre question : le fascisme peut-il vivre et survivre sans guerre ?


   Un chose me semble de plus en plus claire : l’homme moderne est soumis au déterminisme !

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Karl Polanyi la grande transformation, trad. Catherine Malamoud et Maurice Angeno, Paris, Gallimard, 1988

Publié dans Karl Polanyi

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HAK 27/12/2009 16:53


Pas mal!!! Emmanuel Todd parle aussi du fascisme comme méthode naturelle découlant du libéralisme, quand les gouvernements n'arrivent pas à résoudre les problemes économiques et sociales. Ils
cherchent alors un bouc émissaire afin d'attiser la haine du prochain parce que la solidarité ne fait pas partie du plan quinquénal!! On apppelle cela aussi le "Sarkozisme" et il n'est vraiment pas
éxagéré de dire qu'on va droit dans la vision post apocalyptique des auteurs de science fiction!!!