Le lumpen joue au football

Publié le par Winston Morgan Mc Clellan

   A observer l’espèce, la bête semble passionné de football ! Ce sport, semble l’intéresser au plus haut point ! Il est vrai que le football est un jeu merveilleux : basé sur l’agilité dans le maniement de la balle, le footballeur n’est rien sans ses coéquipiers[1]. Dans son livre « le complexe d’Orphée », Jean Claude Michéa donne cette anecdote :

« Il est philosophiquement intéressant de noter que dans l’Angleterre, de la fin du XIXe siècle, les clubs de l’élite aristocratique et bourgeoise ( qui, a l’origine dominaient ce nouveau sport) pratiquaient le dribbling gamme ( jeu fonde uniquement sur le dribble et l’exploit individuel) . Ce sont les premiers clubs ouvriers qui inventèrent le passing gamme (jeu fondé, à l’inverse sur l’art de la passe et le primat de l’organisation collective). Le 31 mars 1883 autrement dit, pour les amateurs de coïncidences, quelques jours seulement après la mort de Karl Marx,) la victoire en finale de la Cup, du Blackburn Olympic (le club des ouvriers du textile et de la métallurgie) sur les Old Etonians (le club des élites libérales) constitue, de ce point de vue, une date symbolique, aussi bien dans la mémoire du prolétariat anglais que dans l’histoire tactique du football. »

   Nous avons là, deux façons de concevoir le jeu : le collectif et la solidarité d’un côté, contre l’individualisme narcissique de l’élite de l’autre. Comme nous l’avons vue, le Lumpen est le chien de garde des élites. Cela sous entend que celui-ci partage l’imaginaire et l’esprit de son maître, y compris dans une chose aussi apparemment innocente que sa façon de concevoir le football.

 

   Dans les quartiers populaires, ou à l’école, les jeunes garçons jouent beaucoup au foot. Il faut dire que ce sont des quartiers un peu nul où il n’y a rien à faire, rien de très épanouissant, mis à part le ballon rond. Il y en a qui jouent au basket, nombreux depuis… que la télévision diffuse le spectacle de la NBA. Mais, c’est le football qui reste le seigneur du monde des pauvres. Nous avons tous joués sur un terrain de handball, avec les poteaux carrés en rouge et blanc, sans filet, et des panneaux de basket au dessus. Il arrive que le ballon parte au loin, le fautif à alors « gagner un voyage »… Bien entendu, il n’y a pas de tactique, pas de technique, juste de l’imagination, de la dextérité et de la fantaisie. Il est d’ailleurs rare qu’un grand joueur sorte de ces jeux, malgré les efforts des centres de formation pour enseigner le football professionnel à ces jeunes gens. Néanmoins, l‘amusement est certain, des palmarès et record se font, une mythologie locale se forme… les rivalités aussi.

 

   Toutes les composantes se retrouvent sur ces terrains de handball, et se mettent à jouer ensemble au sein d’équipes qui ne sont jamais les mêmes. Ces matchs sont parmi les meilleurs moments de la vie d’un jeune homme vivant dans ces forteresses de béton. Et puis, il y a toujours un mec, qui « fait chier ». Le hasard[2], faut que ce genre de type soit toujours un spécimen pur « jus d’orange d’abricot »[3] ! Il n’est pas violent dans ses interventions, ne triche pas, mais… il ne fait de passes à personne ! Dés qu’il a le ballon, il tente de dribbler tout les adversaires, pour marquer ce qu’il pense être le plus beau but possible. Il n’y arrive pas toujours, fait perdre son équipe et dégoute ses coéquipiers, mais qu’à cela ne tienne : s’il arrive à marquer son but, il est content. Il vie dans le mythe du « Diego Maradona gagnant la coupe du monde à lui tout seul », et de son fameux second but contre l’Angleterre… mais ce type d’action n’était pas une tentative systématique d’El pibe de oro !

 

   Je me permets alors d’évoquer un souvenir. Bien qu’en ayant connu à tout les âges (école primaire, collège, lycée), c’est avant de passer mon bac qu’un cas particulièrement marquant me revient en mémoire. Le lumpen en question était dans mon équipe et nous avions e ballon devant la défense adverse, quand soudain, l’un d’entre nous, eu la merveilleuse idée de lui passer le ballon. Et le pauvre commençait à essayer de dribbler ses adversaire, qui avaient lâché le marquage du reste de l’équipe… bien que tous démarqués et bougeant pour offrir une solution, il ne lâcha pas le ballon ! Et, commençant sa série incroyable de feinte et de dribble devant la surface adverse, il se retrouve devant notre but, par une série incroyable de feintes et de dribbles… avec pour résultat final un but pour l’adversaire. Sans nous parler, juste avec les regards, les autres gars de nous nous comprenions : plus jamais il ne lui fut fait de passe. Et cette décision non dites, fut couronnée de succès !

 

   Le pauvre, se voulait El Pibe de oro, beau et admiré sous l’œil des matchs du quartier retransmit en mondovision… mais il n’a finalement jamais été autre chose qu’El pibe des blaireaux…



[1] Même si une légende urbaine tend à faire croire que Maradona pu gagner une coupe du monde à lui tout seul.

[2] Ou une certaine nature des choses…

[3] Cette expression trouveras son explication à l’avenir…

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