L’état totalitaire

Publié le par 問道

   Beaucoup de clichés sont véhiculés à propos du totalitarisme. Les images marquantes des régimes de terreurs de masse brouillent la vision que l’on peu en avoir. C’est de cette vision superficielle des choses que l’on jauge de ce qui est totalitaire ou non totalitaire (l’on prétend qu’un régime devient autoritaire après une phase totalitaire). Nous croyons que le totalitarisme se mesure au nombre de victimes, à la répression et terreur de masse, mais c’est d’avantage, semble t-il, un état dans lequel se trouve la société, un organisme vivant, qui évolue, pour survivre. Il convient alors d’en faire sortir les fondements organiques, les principes moraux de base pour ensuite parcourir leurs évolutions.

 

Les piliers de l’Etat

   Le premier pilier d’un Etat totalitaire est l’idéologie. L’idéologie joue le rôle du dogme devant servir au pouvoir nouvellement en place à se légitimer, et réunir les forces du pays autour de lui, à son service. L’idéologie dans l’Etat totalitaire est la voie à suivre pour permettre aux hommes de vivre dans un paradis de leur vivant. Le but à atteindre est idéal et représente le bien absolu. En fait, qu’importe ce que vise l’idéologie, ce qui compte, c’est d’y coller les mots « bonheur », « bien » et « amour de l’homme », quel que puisse être le sens de son discours, il s’agit de parler aux pulsions sentimentales et non à la réflexion. L’idéologie doit donc promettre un monde meilleur pour les plus nombreux, et par les médias et la confiscation de la parole, imprimer sa propre définition de ces notions de « bonheur » ou de « bien » dans le cœur des gens, et éventuellement, dans l’esprit des plus potentiellement intelligents. L’idéologie ne peut être remise en cause, elle est tout et, tout ce qui n’en est pas est « mal ». C’est d’ailleurs cela le « mal », tout ce qui en sort. Les gens doivent croire que sans l’idéologie, ils ne seraient rien et s’ils ont été quelque chose avant l’idéologie, dans leur histoire, il faut dénigrer cette histoire, expliquer qu’elle n’a été qu’obscurantisme, barbarie et oppression. Ainsi, grâce aux lumières de l’idéologie, l’homme peut enfin s’émanciper et s’améliorer, pour atteindre le développement. Ainsi, pour le totalitarisme, il s’agit de détruire l’ancienne morale, pour instituer la sienne, l’inculquer à la société et rendre ainsi son pouvoir indiscutable.

   Le leader charismatique est aussi une donné importante dans l’identification du totalitarisme moderne. Le leader, sanctifié, divinisé même, représente l’homme qu’il faut aimer, adorer, le glorifier à longueur de temps. Il faut même le remercier pour le triste sort que l’on subi. Sa biographie est chanté et écrite, sa vie est tout ce qu’il y a de plus parfaite et glorieuse, il n’a jamais ni mal agit, ni fait preuve de monstruosités. Et certaines de ses actes qui peuvent sembler moralement condamnable étaient, du fait que ce sont ses actes, justifiés. C’est ainsi une question de contexte, le contexte expliquant certains actes pour un homme représentant la plus pure perfection, un exemple intemporel. Ce même guide ne se trompe pas, il est infaillible, toutes ses décisions sont bonnes et vertueuses et aboutissent sur le bonheur du peuple et la fierté du pays. Il arrive cependant que des fuites font état de situations catastrophiques, causés par les décisions du grand leader. Mais dans ce cas, ce n’est ni sa clairvoyance, ni son génie qui sont remis en cause, mais, les complots, tantôt internes, tantôt étrangers, qui visent à lui nuire et par extension nuire au pays. Car le leader n’est jamais vraiment un simple leader, il est la personnification du pays, ou plutôt, le pays est lui. Le pays est lui car, s’attaquer ou critiquer le leader, parce qu’il est responsable d’un climat de terreur, de millions de morts ou d’un abrutissement général de la population est un acte antipatriotique, au contraire des actes du leader qui, peuvent provoquer d’irréparables dégâts et nuisances. Ainsi, sa photo est partout, ses discours récités à longueur de journées, il est omniprésent.

   Autre caractéristique, c’est le gouvernement par la violence. Les massacres, les purges massives sont organisés dans une violence qui terrorise même les simples spectateurs vivant à l’étranger. Tout les Etat totalitaires modernes ont menés des opérations de purges, dans leurs quêtes de pureté idéologique, on institués des camps, soit pour « rééduquer », soit pour exterminer, soit simplement pour exploiter au profit de la gloire du régime, de son leader charismatique et de son idéologie. La terreur de masse consiste en la nomination d’un ennemi interne, une situation critique pour la marche vers le bonheur national et la mobilisation des forces dont l’on dispose pour chasser cet ennemi intérieur. Tous les pans de la société sont touchés, même les enfants, invités parfois à dénoncer leurs parents, à qui donc, l’on apprend à préférer le gouvernement aux siens. Sous le totalitarisme, nous n’avons pas d’enfants, nous enfantons les enfants du régime. Ainsi, les rapports sociaux entre les gens perdent leurs natures sociales ou rituelles, pour laisser la place à la peur, la suspicion et la haine. La violence devient l’un des piliers de la société, le sentiment qui anime la journée d’un homme. D’autres fois, cette logique est la guerre à l’extérieur, trouver un ennemi qu’il faut haïr, pour mobiliser derrière soit et, envoyer les hommes batailler contre cet ennemi. Chose intéressante avec les techniques de guerre totalitaire, c’est la faiblesse du raisonnement stratégique : l’usage de la vague humaine, massive, censé submerger l’ennemi qui ne pourra tuer tout les soldats. C’est la technique des communistes chinois en Corée en 1953, des Viêt-Cong face aux américains notamment. Pour l’Etat totalitaire, il ne s’agit que de sacrifices faits durant cet important rituel qu’est la guerre.

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