Le droit individuel et le peuple minoré

Publié le par Winston Morgan Mc Clellan

   Le « droit individuel », c'est l'arme fatale des ethnies majoritaires, pour dominer et phagocyter les ethnies minoritaires. Elle permet de nier les problèmes de génocides culturels, puisque tous les individus sont « égaux en droit ». Il n’y a d’ailleurs pas de génocide culturel, puisqu’il n’y a pas de peuple ou de groupe, mais des atomes ! Hors, les cultures se font dans les cadres collectifs, de la vie de groupe (mémoires communes, rituels, transmissions). Le droit individuel nuit systématiquement aux libertés et aux structures collectives, au nom de la cohésion de l’État-nation. Elle ne s'y oppose pas formellement, elle les nie (ce qui est pire). Le droit individuel ne reconnait que les individus seuls. Un individu seul face aux machines institutionnelles. Le but du droit individuel, est donc de fondre le peuple minoré dans la majorité dominante. Il s’agit d’une opération de découpe d’un peuple ou d’une communauté, en entités uniques et isolées, dont la vie sociale n’est que connections. Une société de droit construit une réalité anthropologique, il moule les hommes à la convenance du législateur. Ainsi, un droit individuel fabrique des monades, un droit collectif édifie des groupes. Accorder des droits individuels à des peuples minorés et opprimés, c’est une technique de destruction invisible à l’œil nu, la plus efficace qui soit. Mieux que le génocide archaïque ou industriel. Le dit peuple ne vie plus en fonction de sa « décence commune »[1], ses mœurs et sa mentalité, mais en fonction de ce que lui autorise les législateurs qui le dominent.

 

   Tuer un peuple en désolidarisant ses membres, pendant qu'en face, ils sont solidaires et homogènes, via les liens (artificiels certes, mais existants) des machines politico-institutionnels. Cette fourberie n'est pas sans faille. Il faut avoir le courage de refuser les droits ou « libertés » individuels que l'on nous propose (ou alors y renoncer). Son efficacité tient du fait qu'aujourd'hui, nous sommes prisonniers d'un discours social qui donne une image positive de notre oppression. Nous aimons les États-nations, les États de droit, les « démocraties représentatives » (ou formelles)... nous aimons le commerce, sensé être la négation de la guerre (alors que l'économie est le colonialisme), le progrès et le cosmopolitisme[2]. Nous n’aimons pas le conservatisme, les racines, les limites, le contentement ! Nous sommes prisonniers et embourbés dans une instruction libérale, qui tient plus de l’endoctrinement idéologique que de l’éducation. L’école nous forme à être libéral, nous apprend à mépriser nos grands parents, parce que, par le principe de progrès, nous sommes meilleurs, parce que d’aujourd’hui est mieux que de jadis. Steve Biko disait : « L’arme la plus puissante dans les mains des oppresseurs, est la mentalité des opprimés ! » En menant une démarche de revendication auprès d’un pouvoir qui veut, par principe sa perte, le peuple opprimé se condamne à s’agiter dans des sables mouvants. Il se débat dans le paradigme de l’oppresseur, ne demande finalement qu’à être une part de lui-même. La logique de la « revendication » est une impasse. A titre personnel, il me semble qu'il n'y ait aujourd'hui que la pleine et entière autonomie[3], sans concession qui vaille.



[1] Si cher à Georges Orwell !

[2] Ou l’universalisme déraciné, le « nomade attalien » pour reprendre encore Michéa

[3] Ne pas confondre « autonomie » dans le sens politique du terme, mais dans le sens premier. ici il s'agit du sens premier, l'autonomie politique est plus qu'inssufisante... disons le sens qu'accordait Cornelius Castoriadis à ce mot me semble aujourd'hui suffisant.

Commenter cet article