en résumé: le bon football et le mauvais football

Publié le par 問道

Conclusion de la partie 1

AFP_080302beckham_shangai_n.jpg   L’histoire du football rejoint ainsi l’histoire de la modernité : c’est l’histoire d’une confiscation. Confiscation par l’élite, d’une activité de pauvres, populaires, « traditionnalisée » dans la campagne et les autres continents. L’élite institutionnalise pour mieux contrôler le jeu et en faire un sport. Cela permet de contrôler les populations en contrôlant leurs activités et leurs goûts. C’est aussi, un instrument d’impérialisme, culturel et commercial. Le football cherche à pénétrer des peuples et des cultures qui n’ont que faire du jeu. Ceux-ci ont les leurs, qui ne sont pas moins marrants ni moins inintéressants. Juste, ces activités ne sont portées par aucunes institutions, aucuns médias et aucuns sponsors. Cette entreprise contribue de coloniser l’imaginaire de ces peuples, qui, fascinés par sa mise en scène télévisuelle, se mettent à singer l’homme consommateur occidental. Les matchs ne sont que des produits de consommation, tout comme es équipes. En Asie, on connait les footballeurs par leurs visibilités publicitaires, non par leurs qualités. Ces publics sont privilégiés aux mépris des passionnés et des jeux vernaculaires des autres peuples.

   Les compétitions sont ainsi organisées de façon à ce que ce soit les plus « bancable ». Tout le jeu est organisé de façon à empêcher la progression d’un club de pays de taille moyenne. Si le FC Porto arrive à réaliser de temps en temps de belles performances, ce club grand par la culture football, mais petit médiatiquement, se fait aussitôt dépouiller durant le « mercato ». Période sans compétitions ou les clubs les plus riches ont loisir d’équarrir les clubs les moins fortunés, pour maintenir leur domination. Le sport n’est plus réduit à n’être qu’une vaste hypocrisie. Un problème qui va de pair avec la question de la formation des jeunes joueurs, qui mériterait plus profonde réflexion. Mais les directions des clubs pillés ne sont pas non plus exemptes de tout reproche.

   Autre hypocrisie, les médias fustigeant la violence. Alors qu’en gonflant artificiellement les enjeux, pour mieux vendre du spectacle et des publicités, gonfle en même temps le fanatisme des supporters. Ceux-ci, à force d’entendre l’importance des matchs exagérés en viennent à le croire. Et ils y investissent sentiment d’honneur ou de perte de face de façon exagérés. Ces campagnes médiatiques excitent les sentiments et éteint la raison sociale, culturelle et sportive de chacun. C’est un enjeu démesuré, sans limites, à l’image de l’idéologie médiatique et moderne du « toujours plus ». Un enjeu qui n’est pas décidé ni engendré par les supporters et les équipes.

 Cependant, il convient de peaufiner notre compréhension du discours médiatique. Plus que la violence, ce sont les mœurs populaires qui sont en cause. Le langage populaire, la non-idolâtrie de ce qui est hors de leurs valeurs populaires… Les institutions du football moderne, qui se targuent de lutter contre le racisme et l’homophobie (tout en confiant l’organisation de la coupe du monde au Bédouins xénophobes du Qatar et en Russie).

   Les clubs sont confisqués. Patrimoines collectifs, ils sont privatisés par des milliardaires ou des groupes financiers. Ces personnes (physiques et morales), sauf dans des pays à grande tradition de football n’aiment pas les clubs. Les milliardaires bédouins dépensent leur argent en dilettante ou à des fins publicitaires. Les financiers gèrent les clubs « comme une entreprise », e dépit de tout bon sens. Le football n’est pas une activité commerciale, mais un jeu ! Ceux-ci développent les clubs de tas de choses sportivement inutiles : départements communication, juridique, des nouveaux stades-centres commerciaux (que le novlangue qualifie de « lieux de vie »), chaines de télévisions. A défaut de pouvoir briller par de belles performances sportives, les patrons d’entreprises font des clubs des machines commerciales. Confisqués de leurs biens, face à des directions sourdes à toute remise en cause de leurs politiques, bornée à n’en faire qu’à leurs têtes, les supporters sont de plus en plus violents.

   Enfin le football n’étant réduit à ne plus être qu’un spectacle. Comme un spectacle de danse ou un concert. Cette expression représente le sommet de la confiscation. Alors qu’un club, une équipe, est une entité sociale ancrée dans une culture locale ou un imaginaire culturel, le football ne peut-être qu’un simple spectacle. Pour en faire un spectacle, il faut au préalable déraciner les clubs de leurs ancrages. D’où les privatisations de ceux-ci et la condamnation des supporters aux « mauvaises mœurs ». Les stades sont changés, de nouvelles couleurs, des joueurs changeant régulièrement et des matchs amicaux dans des endroits improbables.

   S’oppose alors le « bon supporter » et le « mauvais supporter ». Le bon supporter toujours chante et applaudit, même quand les résultats sont mauvais. Le mauvais supporter siffle le joueur mauvais ou qu’il juge indigne de porter les couleurs. Le bon supporter croit que le football est un spectacle. Le mauvais supporter veut la victoire ou être représenté avec dignité. Le bon supporter achète les produits dérivés et les troisièmes maillots. Le mauvais supporter est en colère devant ce qu’il considère comme un travestissement du club. Le bon supporter va au stade pour se distraire, avec ses enfants, comme s’il allait à Disneyland. Le mauvais supporter va au stade pour voir ses favoris gagner et amène ses enfants dans un rite musclé et viril. Le bon supporter est « fair-play » (ou tout simplement indifférent à la défaite, heureux dans la victoire), le mauvais supporter est mauvais perdant (comprendre « sentimentalement investit »). Le bon supporter est abonné au stade comme on s’abonne à une chaine de télévision à péage. Le mauvais supporter est un supporter qui aime plus son club que sa mise en scène.

   Le bon football est un produit de consommation institutionnalisé, le mauvais football est un jeu populaire.

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