La formation et l’uniformisation du jeu

Publié le par 問道

Un jeu d’hommes

   Je parlerai maintenant directement du jeu. Il ne s’agit pas de prôner un style de jeu que tout le monde doit adopter, pour un football uniformisé. Bien au contraire. Depuis le temps que je regarde le football, j’ai remarqué un profond changement dans le jeu, au niveau du pressing. Autrefois, le pressing était à la fois organisé et à la fois vivant. J’appel « pressing vivant » la pression qu’un joueur individuel met sur son adversaire, hors du cadre restreint du quadrillage du terrain. Les joueurs sortaient de l’organisation tactique pour prendre leurs responsabilités en hommes. Et ses coéquipiers accompagnaient leur collègue pour prendre le ballon. Dans la construction du jeu, plus de prises de responsabilités de chacun des joueurs. Il y avait également plus de virilités dans les contacts. Aussi, techniquement, il y avait certes moins de passements de jambes ou de jolies arabesques télévisuels. Mais, d’avantage de crochets et de gestes qui étaient efficaces en plus d’être beaux. Le jeu se jouait d’avantage en « première intention », pour l’efficacité du jeu. Ce n’était pas les petits gris-gris superflus et systématiques qui faisaient la beauté du geste : c’était ce savant mélange de talents s’exprimant avec spontanéité. La virtuosité n’était alors pas un concept marketing pour faire de jolies publicités, mais une réalité ayant un sens vis-à-vis du jeu. Enfin, C’était un jeu d’Hommes joué par de jeunes adultes. C’était aussi une chose frappante comparé à aujourd’hui. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir les amateurs de football ayant connu les joueurs passés, d’être atterré par l’immaturité et l’inintelligence absolue des footballeurs présents.

 

 


 

 

 

 

Le culte de la tactique ou la culture du « on reste bien en place »

   C’est ce qui fait la différence entre les meilleures équipes actuelles et les figurants. Les équipes en tête d’affiche actuellement (FC Barcelone et Manchester United) ne sont pas bloqués et sclérosés dans leur schémas tactiques et leurs quadrillages du terrain. Leurs pressing est haut et la prise de risque est forte, bien que maîtrisé. Les autres équipes sont coincées dans leurs quadrillages et leurs couvertures du terrain. Leur pressing sur le porteur du ballon est ainsi limité : elles ne commencent à chercher le duel que dans leur camps, et non dans le camp adverse. Quand on perd le ballon, l’on se dépêche d’aller reprendre sa place dans le dispositif mis en place à l’entrainement. C’est la culture du « on reste bien en place ». Cette mentalité semble trouver son origine dans une sorte de culte de la tactique et de la technique. L’attitude de ce genre de joueur est guidée par une sorte de confiance aveugle en la mise en place tactique, pour sauver l’équipe. Ce n’est ni le talent individuel, ni l’intelligence dans l’action, et encore moins, la combativité du joueur (à ne pas confondre avec « brutalité ») qui ferait la différence. Le joueur considère que c’est la tactique qui fait le match, alors qu’elle ne sert qu’à commencer la rencontre ou à organiser l’unité du groupe. Les joueurs sont prisonniers du schéma et ne prennent aucune responsabilité, sauf en de rares exceptions. En phase offensive, les joueurs recherchent toujours la position idéale, la plus confortable pour faire le geste. Ils perdent en surprise et en vitesse. Seuls les meilleurs joueurs aujourd’hui sont capables de gestes classiques de l’attaquant d’un certain passé. Ce défaut en phase offensive rejoint le problème du pressing : il y a une perte de spontanéité dans le jeu.

 

 


 

 

Dans cette vidéo, les images d’OM-Lille sont symptomatiques, en comparaison avec OM-AS Monaco 1992-1993

 

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