Le travail

Publié le par 問道

 

xavier-bertrand.jpg   L’autre jour, à la TV, Xavier Bertrand, premier secrétaire de l’UMP et l’un des courtisans les plus en vue de France. Il devait affronter en débat, notamment Laurent Fabius, François Chereque, des journalistes après l’intervention de Sarko à la télévision, censé répondre aux questions des Français. Pendant ce débat, nous avions eu droit au même verbiage habituel de l’UMP, qui n’a rien à envier aux maoïstes d’antan (de qui sont-ils les amis aujourd’hui au fait ?), à la même langue de bois. Son opposant, Laurent Fabius s’est lui montré très offensif, il est vrai que le contexte actuel favorise ce genre de comportement… Une phrase attirait mon attention : « Vous à gauche vous êtes pour une société basée sur l’assistanat, nous à l’UMP nous sommes pour une société basée sur le travail ». J’ai donc trouvé cette phrase très emblématique de l’idéologie de l’UMP, mais à condition de savoir ce qu’elle cache !

 

   Une société basée sur le travail. L’UMP serait-donc un parti marxiste, puisque c’est Marx qui opposait le Capital à ce qu’il appelait « la valeur travail » ? En effet, pour un capitaliste lambda, ce qui prime, c’est l’apport de capitaux dans l’entreprise qui doit être récompensé et rétribué, c’est l’un des points de détail qui le sépare de la pensée de Marx qui lui, donne la primauté à l’activité, au travail. Mais en fait, il n’en est rien, en vérité, il s’agit de faire travailler les gens, que ce soit le labeur qui constitue le sens de la vie. Alors que pour d’autres, ce sens peut se trouver dans l’art, la méditation, le voyage, l’écriture ou l’étude. Pour eux, c’est le travail et rien d’autre. Mais, qu’est ce que le « travail » ?

 

   Dans le monde merveilleux de ces personnes, les gens sourient lorsqu’ils travaillent, parce qu’ils sont heureux de se lever tôt, d’avoir un petit chef sur le dos qui est là pour les surveiller et parfois, les harceler. Quelle joie de passer ses journée entouré de gens montés les uns contre les autres, par le management, dans ce petit jeu de récompense sanction, de mise en concurrence absurde et absolument inefficace ! Et le tout pour un salaire juste suffisant pour subvenir aux besoins de bases, rendant en fait à l’employeur son argent en achetant les produits de consommation qu’il fabrique ! Le tout, dans le stress et la précarité, car nos chers amis précarisent la situation de ceux qui doivent s’accomplir, en faveur de ces gens malheureux du patronat ou de toucher des dividendes. Le chômage augmente et pour y remédier, nos bienfaiteurs qui veulent nous faire travailler le plus longtemps possible, de plus en plus longtemps, rendent les licenciements plus faciles. Je m’arrête là, car faire l’inventaire de toutes les contradictions et débilités de ce mouvement sectaire reviendrait à nettoyer les écuries d’Augias.

 

   Il s’agit de parler du travail et du rôle du travail d’un point de vue des relations humaines, de la civilisation. Il y a plusieurs façons de mettre des gens au travail. L’esclavage par exemple, consiste à mettre des hommes au travail, à son service sans aucune rémunération, juste, l’intérêt pour l’esclave de se faire soigner par le maître, qui en contre partie, doit prendre soin de ses unités de production. L’esclavage met donc les hommes au travail, les libère t-il pour autant ? Il y a aussi le travail de type féodal, en général agricole, le vassal paye un tribu à un protecteur, le suzerain, qui a les moyens de les protéger des envahisseurs, et qui, s’approprie les moyens de production, afin de faire payer d’autres impôts à l’occasion. Les hommes travaillent, mais sont-il pour autant libérés ? Enfin le salariat, l’homme travaille au sein d’une entreprise dans le but de faire grandir les bénéfices du propriétaire des moyens de production et de l’entreprise. Il touche un salaire en argent, mais perd tout le temps de la journée au travail, pour arriver le soir être fatigué, manger, dormir et parfois, se réunir auprès d’autres gens pour partager des verres et des mots sur leur fatigue et leur détestation du travail. Ils sont liés à leur patron par un contrat, mettant le patron en propriétaire du temps diurne de ses salariés. Le salariat, met lui aussi les hommes au travail, mais sont-ils pour autant libres ?

 

xin_977a95eab9194ca48cbf0b5c3f991f09.gif   Les Chinois, du temps où ils étaient civilisés, ce qui n’est plus du tout le cas aujourd’hui, ni de la classe citadine, ni des bananes, avaient développé une très fine pensée des relations humaines. Cela, aussi bien des relations sociales, que hiérarchiques ou entre l’homme et son environnement. Une finesse que les sciences humaines occidentales sont bien loin d’égaler! L’école dite des légistes, avait développé toute une pensée des relations entre le souverain dominant et les sujets dominés, et Shang Yang en particulier, le rôle du travail dans le maintien de la domination du maître. A son époque, la Chine était un univers principalement agricole. Il conseilla au roi du royaume de Qin d’envoyer tout le monde travailler la terre, d’uniformiser la société dans une caste unique de « paysans soldats ». Le labeur, outre le fait de produire des ressources permettant d’être assez fort pour envahir les autres royaumes, jouait un rôle social très important : il permettait de maintenir une population soumise et de lui faire durablement accepter sa situation de serviteur ! Dans « Danger du discours » Jean Lévi explique que le labeur agricole joue un rôle à proprement parlé, principalement politique : « faciliter la surveillance de la population en empêchant sa mobilité, interdire la formation de puissances économiques qui pourraient s’ériger en rivale de l’Etat et annihiler les facultés intellectuelles des hommes ». Le travail n’est pas qu’un sujet d’économie, mais semble davantage lié au pouvoir.

 

   Karl Polanyi reprend cette idée, le capitalisme, ce n’est pas de la simple économie, mais surtout du politique et du social. Il décrit remarquablement la chose, vous vous en rendez compte au fur et à mesure de sa lecture (je continuerai de vous en mettre des morceaux choisis, mais allez vous procurer la grande transformation !)

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   Les gens de la secte au pull over noué parlent donc d’une société fondée sur le travail. Ils ne font pas de l’économie, ils font de la politique ! Il faut lier cette vision de la société basé sur le travail aux affaires de flicage du net, aux personnes poursuivies en justice pour outrage au président ou à une courtisane vulgaire du gouvernement traitée de « menteuse » sur internet (alors qu’elle mentait effectivement), aux abus de la police instaurant un climat de peur dans la société, à la culture du « barbouze » encore vivante, à la suppression du juge d’instruction, à l’enthousiasme de l’UMP pour la vidéosurveillance… et les relations amicales de ladite secte avec des gens qu’ils jugent fréquentables ici ou leurs moeurs politiques .

Publié dans Capitalisme

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