王夫之Wang Fuzhi (1619-1692)

Publié le par 問道

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   Parmi les nombreux clichés qui sortent à propos de la civilisation chinoise et des Chinois, l’un des plus tenaces est celle qui montre les Chinois comme des êtres toujours d’accord avec l’autorité et dénués de tout sens critique et morale. A l’inverse, les Chinois ont à propos de l’Occident nombres de clichés. Les « anti-occidents » schizophrènes qui rejettent la démocratie occidentale au nom du particularisme chinois, tout en se félicitant de voir leur pays s’occidentaliser de la pire des façons (consumérisme, pollution, individualisation et technicisation). Un certains nombres de démocrates Chinois ne valent pas mieux que les premiers cités, ils croient eux aussi que c’est l’occidentalisation de la Chine qui peut les sauver et les civiliser. Dans leurs visions idéalistes et naïves de l’occident, les uns et les autres créent des cultes pour des personnes au teint blanc et yeux ouverts, mais très idiotes et à la pensée rustre comme Adam Smith, Marx et Engels ou Sartres. Ils ne connaissent en revanche pas Karl Polanyi, Jacques Ellul ou Levi-Strauss.

   C’est ainsi que le dernier prix Nobel, si je l’ai pris comme un encouragement pour les victimes et les résistants à l’ordre pervers et nocif du Parti Communiste, la personne de Liu Xiaobo ne m’inspire absolument aucune sympathie, comme toutes personnes à l’esprit colonisée qui, consacre sa vie à se cracher dans les veines et maudire le monde qui l’a fait naître chinois et non occidental. Régulièrement, mes rencontres de nationalité chinoise république populaire, me pose la question « comment sauver la Chine ? » Il est vrai que la Chine n’est pas aussi optimiste sur son avenir que les occidentaux qui la voient et l’espèrent dans le fond, dominant le monde. La Chine Populaire, officielle et citadine n’est-elle pas la plus motivé à s’acculturer, s’autodétruire pour s’occidentaliser ? L’occident dans son optimisme béat sur l’avenir de la Chine rêve en fait de voir son élève le plus fanatique lui succéder.

   A la question posé plus haut, je n’ai qu’une réponse : « je ne suis qu’un  老外 lǎowài, si tu veux sauver ton univers, tu peux commencer par désapprendre tout ce que ton école de la république populaire t’a enseigné et tu libères ton être chinois en allant étudier et te réapproprier ton histoire et ton héritage. Les solutions te paraîtront alors claires et net. » Ce n’est pas facile pour des hommes habitués à l’odeur de l’essence d’apprécier le parfum de l‘herbe ou des fleurs. Au sein de cet héritage, se trouve un lettré, dissident en son temps, mais Confucéen jusqu’au bout des ongles, du nom de 王夫之 Wáng Fūzhī. Sa pensée, complexe mais brillante, date d’il y a déjà quatre siècles et demi, mais se trouve être terriblement actuelle. Sa pensée peut aussi aider les marginaux non-chinois que cela intéresse pour comprendre les problèmes dans lesquels ils sont embourbés et dont nous n’arrivons pas à sortir.

   Sa pensée est difficile à comprendre cependant pour un occidental. En effet, le monde occidental à cette tare systémique de confondre « réalité concrète du monde » avec le « langage ». Les Grecs passant leur temps à discuter et fabriquer des discours logiques à partir de leurs simples mots, se sont mis à se prendre au sérieux et à mettre la nature et le monde concret hors jeu. Les monothéistes se basent sur des discours, des mots, devenus des textes écris et les remettre en cause fit par le passé de vous une personne condamnée (c’est toujours le cas dans nombre de contrées). La modernité à juste remplacé la parole de Dieu par la parole des hommes, et la réalité ne se juge plus que par l’éloquence des discours et le charisme de l’auteur. Il faut alors, comme pour ces amis Chinois, désapprendre tout nos clichés et arrogances d’homme moderne occidental ou occidentalisé pour comprendre. Ce n’est pas facile, car la modernité titille notre narcissisme et nous proclame plus grand que l’on n’est.

   Dans ce travail, il ne s’agit pas de faire le panorama de l’œuvre de 王夫之 Wáng Fūzhī, elle est trop colossale. Il ne s’agit pas non plus de présenter l’homme et sa pensée comme vestige figée d’un passé révolu. En notre période qui sent la fin d’un monde, la fin d’une humanité, ce type de personne peut nous servir pour trouver ce fameux « autre possible ». Il parle certes de son monde, mais il offre aussi des clés de compréhension de nous-mêmes. C’est le livre « la raison des choses » et son chapitre sur la critique du langage qui m’a servi de base pour rédiger ce dossier. Pour comprendre qui était 王夫之 Wáng Fūzhī, je vous propose tout d’abord d’étudier l’homme de son époque, la fin de la dynastie 明朝 Míng cháo (1368-1644), puis la monté et la consécration des 清朝 Qīng cháo (1644-1912), puis le parcours de l’homme et ses références morales et intellectuelles. Dans un second temps, nous allons toucher du doigt sa pensée, d’abord politique puis sa vision du monde et de l’existence des hommes.

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