王夫之 Wáng Fūzhī : un homme de son temps (partie 3)

Publié le par 問道

3/ Sa vie et ses engagements

   王夫之 Wáng Fūzhī nait en 1619 à Hengyang dans le Hunan. Il grandit au sein d’une famille de lettrés, qui privilégie la probité plutôt que la carrière. Ce n’est donc pas une famille très importante dans l’histoire politique des 明朝 Míng cháo en plein déconfiture. En 1639, il crée dans sa région natale une société appelé 匡社 Kuāngshè (société pour la réforme). Il nourri une détestation farouche des envahisseurs Mandchous, et s’engage auprès des 南明 Nán Míng qui doivent lutter à la fois contre les envahisseurs et contre les autres groupes armés chinois. Durant cette période, il rencontre l’érudit Fang Yizhi, qui finira sa vie en moine Bouddhiste. Lorsque Beijing tombe, il retourne auprès de son père et rédige un commentaire du 春秋 Chūnqīu (annales des printemps et automnes). Autour de ses trente ans, il renonce à la politique, découragé par l’impuissance des Chinois devant les Mandchous et leurs alliés chinois. Ce qu’il se passe alors est pour lui une véritable fin du monde. Il s’isole dans un studieux ermitage, caché des Mandchous, refusant de porter la natte, ainsi que toute forme de soumission. Cela ne signifie pas forcément la capitulation et l’abandon, mais au contraire, la recherche d’une nouvelle forme d’action et de résistance contre l’impérialisme venant des steppes. Durant cet isolement, il étudie le 易經 Yìjīng, rédige vers 1656 le 黃書 Huángshū et 1687 le 讀通鑑論 Dú tōngjiànlùn (traduit en français « miroir complet à l’usage des gouvernants »). Ce n’est pas moins de 34 ouvrages qu’il rédige, sur des thèmes divers et variés, autre que l’histoire et la politique, tel que la poésie, les sciences etc.

   La doctrine de son groupe 匡社 Kuāngshè s’inspire très fortement de celle de la société 复社 Fùshè, qui politiquement s’opposait au pouvoir des eunuques. Du point de vue de la doctrine, la société prônait un retour aux études classiques, non pas pour revenir en arrière, mais au contraire, pour réforme et renouveler la pensée chinoise. Ses membres rejetaient le discours inconsistant de la philosophie spéculative, et prônaient le 實學 shí xué (étude pratique). Ils considèrent également que la déliquescence politique n’est que la conséquence d’une décadence morale. De même avec d’autres lettrés rebelles, tel que 黃宗羲 Huáng Zōngxī (1610-1695) ou encore 顧炎武 Gù Yánwǔ (1613-1682), il s’attaque au système politique de l’ancienne dynastie 明朝 Míng cháo. Autocrate, les premiers empereurs 明朝 Míng cháo ayant systématiquement court-circuité l’administration pour gouverner. Les lettrés du XVIe siècle leur reproche le despotisme, ayant instauré la corruption et le népotisme comme culture du gouvernement. Les lettrés, fonctionnaires et habitués au pouvoir se sont vue supplanté par les eunuques, des serviteurs proches de l’empereur et corrompus. Alors que dans la pensée politique de 孟子  Mèng Zǐ, l’ordre politique s’inscrit dans un schéma : « peuple-Etat-souverain », 明朝 Míng cháo fonctionnait sur le principe « Souverain-Etat-peuple », les lettrés prônaient alors un retour à l’ordre politique Mencienne. Le premier devoir de l’empereur est ainsi de protéger ses sujets des attaques étrangères, mission qui n’a pas été respecté par les pouvoirs impériaux passés.

   Intellectuellement, 王夫之 Wáng Fūzhī se situe dans la continuité de la réforme du 儒家 Rújiā et plus particulièrement, du maitre 張載 Zhāng Zǎi (1020-1077). A cette époque, l’école des lettrés doit faire face au succès grandissant du Bouddhisme, depuis la dynastie 唐朝 Tángcháo (618-907) qui apportait au peuple des questions et des apaisements à l’angoisse de l’existence humaine et représentait pour les empereurs un contrepoids à l’influence et pouvoir des lettrés. Sous la dynastie 宋朝 Sòngcháo, les lettrés s’emparent des questions posées par le Bouddhisme pour y développer ses recherches et propres points de vue. C’est ainsi, de nombreux grands lettrés apparaissent dans un mouvement de foisonnement intellectuel et moral sans précédent dans l’histoire impériale de la Chine. Parmi eux, figure donc 張載 Zhāng Zǎi, que 王夫之 Wáng Fūzhī considère comme son maître. Celui-ci opposé fermement au Bouddhisme affirme l’existence effective du monde. Pour affirmer l’effective réalité du monde, il explique qu’en fait, le vide est rempli d’énergie. C’est autour de la question de l’énergie, le qì que tourne une bonne partie de sa réflexion et notamment sur la nature morale ou immorale de la nature humaine. Il opère ainsi une synthèse entre l’optimisme de 孟子 Mèng Zǐ (372-289 Av. J.C) et le pessimisme de 荀子 Xún Zǐ (321-230 Av. J.C). Il a également étudié le 易經 Yìjīng. Bien que ses œuvres aient été mal conservés, mais sous les 明朝 Míng cháo et 清朝 Qīng cháo, sa pensée sera remise à l’ordre du jour, contre la prédominance de la pensée de 朱熹 Zhū (1130-1200).

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