王夫之 Wáng Fūzhī : un homme de son temps (partie 2)

Publié le par 問道

2/ l’avènement des 清朝 Qīng cháo

IMGQing_1759.jpg   Alors que la Chine des Ming s’écroulait, les Mandchous étaient en plein ascension. Venant de l’actuelle région du nord-est, les Mandchous sont des nomades de la steppe, vivant principalement de la chasse. L’appellation « Mandchou » est relativement récente, auparavant, ce peuple se nommait « Jürchen ». Déjà, à l’époque de la dynastie 宋朝 Sòng cháo (960-1279), ils avaient fondé un empire 金朝 Jīn Cháo (1115-1234) occupant le nord de la Chine, structurant un Etat sur le modèle chinois. Mais celui s’effondra sous l’irrésistible avancé des Mongoles de Genghis Khan (1155-1227). C’est à partir du règne de Nuharchi (1559-1626) que commence la remonté en puissance des Jürchen. En effet, celui-ci structure un Etat Jürchen avec l’aide de Chinois vivants dans la région, autour des « bannières militaires ». Incorporant des soldats Chinois, une distinction est alors crée entre bannières Mandchous, dites « intérieurs » et bannières composés d’étrangers dites « extérieurs ». En référence à Genghis Khan, il se proclame Khan des Jürchen en 1616 et attaque la Chine à partir de 1618. Il prend 瀋陽 Shěnyáng en 1625 et en fait sa capitale, qu’il rebaptise « Moukden ». Abahaï (1592-1643) (lui succéde en 1626 et change le nom des Jürchens en 滿族 Mǎn zú (Mandchous), et baptise sa dynastie 大清 Dà Qīng (grande pureté). Il achève l’œuvre de son prédécesseur et meurt peut avant d’attaquer Beijing en 1645. 順治 Shùnzhì (1643-1661)lui succède et continue l’irrésistible avancé des Mandchous. Cependant, au fur et à mesure que les envahisseurs pénètrent dans la Chine, l’avancé rencontre un certain nombre de résistances. C’est également 順治 Shùnzhì qui proclama la dynastie 清朝 Qīng cháo dans la continuité historique de l’histoire impériale. C’est 康熙 Kāngxī (1644-1722) qui à partir de 1661 et jusqu’en 1684 acheva définitivement la conquête de la Chine. Cette conquête Mandchous fut cependant facilitée par la situation née de la déchéance des 明朝 Míng cháo. Nombres de fonctionnaires rejoignent les nouveaux maîtres du pays, certains pour se sauver, d’autres, fautes de trouver un accord avec les rébellions.

   La conquête de l’empire, s’accompagnait aussi d’un changement de régime pour les Chinois. Les nouveaux maîtres de l’empire, écrasant toute résistance, qu’elles soient loyalistes envers la défunte dynastie 明朝 Míng cháo que les rebelles de 李自成 Lĭ Zìchéng et 張獻忠 Zhāng Xiànzhōng, impose leur domination  non sans brutalité. En 1668, le nord-est est interdit aux Chinois, afin de préserver la pureté de leur pays d’origine et le monopole de l’exploitation du Gingseng. La capitale, Beijing est ségrégué, la partie nord de la ville, dont se voient expulser ses vieux habitants chinois devient domaine réservé à l’habitation Mandchous. Dans certaines villes, les populations sont massacrées. Autre humiliation, l’obligation de se vêtir comme les nouveaux maîtres, coiffé d’une natte, sous peine de mort à partir de 1645. Cette décision provoque des émeutes durement réprimés. Autre pratique, les terres et pâturages sont confisqués les paysans chassés, et sont crées de vastes domaines à travers la Chine du nord. Nombres sont réduits en esclavage et soumis aux corvées les plus durs. La fuite ou l’insoumission engendre punition de mort pour soi et toute sa maison. Bien que moins nombreux, la domination des envahisseurs des steppes est totale et cruelles. Ceci, dut en fait à la complicité de Chinois, ralliés à la cause du nouvel ordre. Ils permettent ainsi de facilité la surveillance et de faire régner encore plus profondément la terreur chez les occupés. Chez les lettrés, ils sont d’abord brutalisés, pourchassés, pour leur loyauté envers l’ancien pouvoir. Cependant, à partir du règne de 康熙 Kāngxī, la donne change. Plutôt que de les pourchasser sans fin, celui-ci préfère les tenir sous son contrôle. Il les séduit et les soigne, créant autour d’eux une prison dorée. A partir de 1670, il publie le « Saint Edit » rentrant dans le cursus des étudiants et dictant la conduite à suivre pour le lettré sous peine des pires châtiments. Ceux qui refusent la soumission sont pourchassés et leurs écrits brulés.

   Tout cela ne va pas sans résistances. Au fur et à mesure que l’envahisseur avançait vers le sud, l’invasion s’avérait de plus en plus difficile. Les 明朝 Míng cháo tentaient de reconstruire un semblant d’Etat, mais devait fuir province après province. Ils s’installent dans un premier temps à Nanjing, mais doivent fuir et sont repoussés petit à petit jusqu’au Yunnan. Malgré un cour sursaut sous le règne de 永曆 Yǒnglì (1623-1662) entre 1646 et 1662, mais ce fut en vain. Les 南明 Nán Míngdu sud, entre 1644 et 1662 verront se succéder pas moins de 7 empereurs. Il subir les événements plus qu’ils y participèrent. Il est vrai que la dynastie avait perdu le soutien du peuple, le 天命  Tiānmìng. Du côté de Taïwan, un puissant pirate du nom de 鄭成功 Zhèng Chénggōng, qui porte le surnom de 國姓爺 Guóxìngyé (1624-1662) ou « Koxinga » en néerlandais lutte contre les Mandchous. Né d’un père chinois et d’une mère japonaise, les 南明 Nán Míng lui accorde le droit de porter le nom d’origine de la famille impériale : Zhū. C’est de là que lui viens son surnom. Il tente de rapprocher la dynastie mourante et le Japon récemment unis sous le 徳川幕府, Tokugawa bafuku,(shogunat). Militairement, il doit se contenter d’action de harcèlement ou de guérilla maritime. Les 清朝 Qīng cháo, pour lutter font évacuer manu militari toutes les côtes de l’empire, du Shandong au Guangdong, rasant les villes et les villages de toutes ces régions. Contraint à battre en retrait, il chasse alors les Hollandais de Taïwan en 1661 et s’y installe. Il meurt en 1662, son fils 鄭經 Zhèngjīng (1642-1681) lui succède. Les 清朝 Qīng cháo envahissent l’île en 1683 et annexent ce territoire à leur empire. Troisième foyer de rébellion, toujours les provinces du sud. Sous contrôle de serviteurs chinois, ralliés à la cause de l’envahisseur, le nouveau pouvoir se voit obligé d’accorder à ces seigneurs méridionaux une large autonomie, faute de pouvoir vraiment les contrôler. Il est vrai que ceux-ci avaient été de précieux alliés dans l’écrasement contre l’ancienne dynastie. Ces seigneurs, armés et hors de contrôle, exploitaient ressources naturelles et le commerce avec les pays voisins (le Tibet notamment). A partir de 1673, une crise politique dans le Guangdong provoque une fissure entre les Mandchous et les seigneurs chinois du sud et commence le 三藩之亂 Sānfānzhīluàn (rébellion des trois feudataires). Ce conflit durera jusqu’en 1681, mais l’armée impériale reprendra une à une les provinces rebelles, écrasant la révolte et stabilise du même coup son emprise sur la Chine. Les Mandchous peuvent alors exploiter leur nouveau territoire et se lancer dans une politique impérieuse envers les pays voisins, des steppes aux royaumes himalayens.

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