王夫之 Wáng Fūzhī: le langage (partie 2)

Publié le par 問道

Langage, cet artifice limité

   Comme les occidentaux et d’autres encore, la tradition chinoise utilise le langage, sous forme orale et écrite, pour contredire leurs adversaires. Ils usent même « d’argumentation », parfois de « logique ». 王夫之 Wáng Fūzhī lui-même, use du langage pour exprimer sa vision et le fond de sa pensée. Il a publié plus de 30 ouvrages depuis sa retraite au mont 船山 Chuánshān. Cependant, son usage du langage se fait avec modestie. Il condamne en effet la promptitude des hommes, en général, ériger leurs mots en principe suprême de toutes choses de l’existence. Le langage, les mots et discours sont à son avis, inapte à rendre compte de la réalité du monde. Il rabaisse ainsi le langage au rang de pur artifice. La séparation de « l’abstrait » et du « concret » est rejeté. Ce ne sont que de pauvres conventions incapables de saisir et de rendre compte de la réalité complexe et illimitée du monde. Pour illustrer son propos, il donne l’exemple du « oui » et du « non » et opère un retour à des réalités concrètes. « Oui » et « non » ne forment pas une opposition complémentaire appropriée à un univers relatif. Au contraire, l’infime et l’infini sont le même ensemble. Ces deux notions ne sont qu’artifices humains. C’est parce qu’il y a du « oui » qu’existe le « non ». En revanche, s’il y avait du « non », le « oui » n’existerait pas pour et il n’y aurait aucun moyen d’en rendre compte. Le « non » n’est que simple négation du « oui » et ne forment en aucun cas un « opposé complémentaire ». Nous ne somme là que dans le cadre restreint d’une convention humaine.

   Les sciences sont également à ses yeux limités. Il critiqua ainsi plusieurs brillants mathématiciens 宋朝 Sòng cháo, 邵雍 Shào Yōng (1012 à 1077) et蔡沈  Cài Shěn (1167-1230) qui ont tenté d’expliquer le 易經 Yìjīng par le calcul numérologique. Ces deux lettrés ont continués les travaux du savant de l’époque 漢朝 Hàncháo (206 Av. J.C. – 220), 京房 Jīng Fáng (78 Av. J.c- 37 Av. J.c). Hors, si les mathématiques pouvaient expliquer la nature, la partie aléatoire de celle-ci serait écarté. 王夫之 Wáng Fūzhī leur reproche de créer des séparations et des oppositions qui n’existent pas. L’idée de continuité, de transformation graduelle sans limite franche lui semble plus juste. Ces catégories ne tiennent pas compte de la spontanéité dans l’ordre naturel du monde. Il reproche alors aux mathématiciens d’aller à l’encontre de l’esprit du 易經 Yìjīng. Toutes ces divisions, rationalisations, ne sont qu’artifices, les noms n’ont de sens que pour l’homme. A ses yeux, l’homme n’a pas conscience du caractère relatif de sa vision du monde. Ainsi, par exemple, les animaux ne perçoivent pas les choses de la même façon. Ces classifications ne sont d’aucune valeur dans le 太處 Tàixū (Grand vide). Comme 張載 Zhāng Zǎi, 王夫之 Wáng Fūzhī décrit le 太處 Tàixū comme rempli d’énergie agitée et en mouvement. Dans ce chaos, les distinctions humaines n’ont absolument aucun sens. Les phénomènes échappent alors à nos perceptions d’hommes. Les combinaisons symboliques entre le yīn et le yáng dans le 易經 Yìjīng permettent d’en avoir une traduction symbolique.

   王夫之 Wáng Fūzhī propose alors un mode de pensé totalement différent, qui ne se base pas sur le langage, mais sur l’observation des phénomènes naturels. La pensée discursive exclue la nature et tend à faire voir le monde comme résultant de l’action humaine sur les choses. Celle-ci rend l’homme plus dépendant de la technique, et l’empêche de se référer à la vie animale et aux plantes. Cependant, les choses du monde sont aussi une infinité de détails échappant à tout classement et donc à la maitrise de l’homme. Tout dégagé du milieu naturel qu’il puisse être, ou s’imaginer être, l’homme reste soumis aux lois de la nature. Ceci, aussi bien dans son corps, que dans sa relation avec son monde. Il y subit les destructions de son milieu, y compris celles qu’il provoque. Pour lui, les choses fabriqués n’ont pas de xìng (nature), puisqu’artificielles. Ici, l’idée est que le naturel est toutes les choses dont tǐ (le corps) est indissociable de yòng (usage, activité). Cependant, il fait la distinction entre l’usage de facultés naturelles (voir, écouter, sentir, gouter ou toucher) et ce qui nécessite un instrument (par exemple faire de la musique avec un instrument, écrire). Corps et esprit est indissociable et sans le moindre intermédiaire. Hors, lorsque l’on se sert de problèmes techniques (équerre, compas), yòng (usage) se fait à l’extérieur de l’être. Dans son œuvre, le maître montre que la raison n’est pas dans l’abstraction des hommes à la nature, mais au contraire, dans celle-ci.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Eugène 29/12/2010 10:05


le langage n'est pas un objet scientifique mais doit comme les cheveux se couper en 4 (une fois sur la longueur, l'autre en coupe longitudinale sinon c'est trop facile, et on risque de ne rien
apprendre sur le dit cheveux!):

1- purement oral et c'est l'objet de la glossologie ( la redondance du concept en lui-même ne doit pas surprndre puisqu'on a que le langage pour expliciter cette faculté.
2- de s'écrire (incluant se danser) fait appel à la faculté d'Outil, ce qui met le langage en conserve. Cà devient du coup l'objet d'une Ergologie déclinée en ergolinguistique, mais sans cette
faculté d'outil pas d'écriture.
3- de se partager dans des frontières et par des groupes humains circonscrits mais en contact les uns avec les autres en fait une langue via la Personne. La sociolinguistique universitaire actuelle
n'est qu'une aimable plaisanterie à la recherche de l'origine ou d'une 'arché' ( des mots) alors qu'elle est d'abord en nous et c'est de çà qu'une sociologie (enfin scientifique) doit rendre
compte.

4- d'y dévoiler une intention où il faut rendre en compte aussi bien ce qui se dit que ce qui ne se dit pas. Ce qui fait ainsi du langage un discours; qui lui suppose une axiologie. celle ci
donnera les bases théoriques qui manquent à la psychanalyse qui mélange tout, surtout avec Lacan.

Bon réveillon