王夫之 Wáng Fūzhī: le langage

Publié le par 問道

   L’idée que la chute de l’empire chinois trouve racine dans la décadence morale des 明朝 Míng cháo. Il prolonge alors sa pensée politique par une pensée cosmologique et une vision du monde qui surpasse le langage.

 

La complexité du monde

   Pour382px-BatQuaiDo.svg.png comprendre la pensée de 王夫之 Wáng Fūzhī et sa position à propos du langage, il est important de comprendre sa vision du monde, de l’existence et comment tout ceci fonctionne. Pour lui, l’existence de toute chose est issue de phénomènes complexes qui donnent forme à des choses complexes. C’est ainsi que pour lui, la notion de « phase » est une notion erronée. En effet, parler de « phase » signifie qu’il y a rupture durant le passage d’un état à un autre. Cette rupture va également souvent de pair avec l’idée que ces « phases » sont opposées. C’est ainsi que dans la plupart des discours et des pensées, il est question de « mouvement/repos », « croissance/déclin », « puissance/faiblesse », « visible/invisible ». Pour 王夫之 Wáng Fūzhī, il ne s’agit pas de « phase » dans ce sens, mais au contraire, d’un seul et même mouvement, une seule et même existence. Les pôles contraires coexistent et l’un ne serait rien sans l’autre. C’est ainsi que, le yīn et le yáng, à la fois, s’opposent et se complètent. L’un n’existerait pas sans l’autre. Cette vision est considéré par le maître comme une loi de la nature, toute chose est composés de ces opposés qui se complètent et, engendre une seule et continue réalité. C’est ainsi que, le symbole du 太極 Tàijí,  illustre le passage insensible d’un terme à son opposé. Au sein du cercle, l’unité est continuité, l’évolution de l’un influe sur l’évolution de l’autre et leurs signes s’inversent que le temps d’un moment infinitésimal. Il ne s’agit donc pas de contradictions, mais de phénomènes naturels et biologiques, en continuité.

   La nature est également en mouvement permanent. Ainsi, dans le 太極 Tàijí, le mouvement contient du repos et inversement. Dans la pensée chinoise, le 太極 Tàijí (souvent traduit par le terme « fait suprême ») est le principe autour duquel s’articulent les transformations de l’univers, par l’évolution des yīn et yáng. Cependant, dans la pensée pré impériale, cette notion n’occupe qu’une place insignifiante, notamment dans l’école 道教 Dàojiào. Ce n’est qu’à une époque relativement tardive, la dynastie 宋朝 Sòng cháo, que cette notion est développée. Les lettrés confucéens réformaient alors leur doctrine en lui développant toute une pensée cosmogonique. 周敦頤 Zhōu Dūnyí (1017-1073)et 邵雍 Shào Yōng (1012-1077) sont alors les principaux penseurs du 太極 Tàijí. D’après 王夫之 Wáng Fūzhī, 周敦頤 Zhōu Dūnyí commet une erreur d’interprétation. En effet, pour ce dernier, yīn s’engendre en phase de repos et le yáng en phase de mouvement. Il lui reproche de séparer les deux. Hors, si tel était le cas, chacun aurait son propre fondement le constituant. Entre les deux phases, il y aurait alors repos et non mouvement. Pour 王夫之 Wáng Fūzhī, l’autre grand penseur de l’époque 宋朝 Sòng cháo, 張載 Zhāng Zǎi, qui disait que le mouvement est partout et permanent dans l’univers, est dans le vrai. L’ordre et le désordre se suivent au fur et à mesure du temps qui passe et les changements qu’il apporte. L’ordre contient des éléments désordre et inversement, permettant à chacun d’engendrer l’autre.

   C’est ainsi que tous les opposés prétendus, ne font en fait qu’un et un seul ensemble. Le vide est plein d’énergie, le repos s’opère dans le mouvement et non dans l’immobilité. Les choses qui sont assemblés à un endroit sont dissociées ailleurs. Par l’exemple du « trouble » et du « pure », 王夫之 Wáng Fūzhī explique le fait que le « trouble » pénètre le « pure », donne un corps à ce dernier. Il ne s’agit pas cependant d’une alliance ou d’un nœud, mais d’une unité naturelle. C’est là un phénomène naturel et non un artifice. C’est ainsi qu’il n’y a à ses yeux que du relatif. Il n’existe ni réalité substantielle ni contradictoire qui s’excluraient. La relativité des choses qui fait la différence entre yǒu (avoir/avec) et wú (sans), l’un et l’autre se complètent. Ce n’est donc pas une opposition entre ce qui « existe » et ce qui « n’existe pas », mais une perception du « visible » et de « invisible », aspect du même objet. Ainsi, en Chine, la question du « être » et du « non être » ne sont que des artifices du langage. C’est aussi une question de perception, « l’été est l’automne du blé, le soleil levant est le crépuscule de la luciole ». De même, nous sommes incapables de voir les phénomènes invisibles à l’œil, comme les dégradations physiques (ongles qui poussent, dents qui s’usent).

王夫之 Wáng Fūzhī ne distingue pas « jeunesse » et « vieillesse », il ne crée pas de discontinuité entre ces états. Les oppositions radicales sont absolument inexistantes dans l’univers.

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