Technique et savoir

Publié le par 問道

   La dite « société technique » est né avec la « modernité » occidentale, c'est-à-dire durant le XIXème siècle. Durant cette époque, confusion a été et, est encore fait entre « technique » et « science ». Chez les élites de l’époque, le principal critère de civilisation est la capacité à fabriquer des trains, des bateaux à vapeur et des cuirassiers. C’est pour l’homme européen un bouleversement qu’il va s’empresser d’aller partager avec les autres êtres, qu’il ne considère pas comme tel. C’est dorénavant la technique et la capacité à fabriquer des objets qui va faire « l’humanité » des peuples.

 

De la société de marché à la société de consommation

   En 1947, Karl Polanyi disait, dans son article « la mentalité de marché est obsolète », que « le premier siècle de l’ère de la machine s’achève dans un climat de crainte et d’anxiété ». Il est vrai que l’on sortait de la seconde guerre mondiale et que, la technique moderne mit au point l’arme la plus destructrice et spectaculaire jamais observé alors : la bombe atomique. S’il reconnait ses réussites, il les met, non pas sur le compte d’une vertu intrinsèque de la « technique » et de ses progrès, mais plutôt d’une « soumission volontaire et enthousiaste des hommes aux besoins de la machine ». De son point de vue, alors que l’on nous expliquait que la technique servirait les hommes, il observait au contraire, que ce sont les hommes qui finissent par servir la technique. Force est de constater que cette vision de l’histoire contemporaine, originale, n’est pas dénué de sens. Le XIXème siècle vie les campagnes se vider au profit des villes, l’immigration de masse animer les continents, allant de paire avec les progrès techniques en matière aussi bien de circulation (les chemins de fer, les bateaux à vapeur), l’information ou la communication et la production industrielle. Les usines remplacent les manufactures. Les hommes viennent alors de contrées de plus en plus lointaines, pour travailler dans ces usines et augmenter la population urbaine de véritables villes champignons, où s’accumule une main d’œuvre mise en concurrence pour le plus grand intérêt du patronnât. La consécration d’une civilisation technique semble alors indissociable de l’idéologie du XIXème siècle, qui fait, aussi bien pour les capitalistes que pour les marxistes, de l’économie, une activité à part de la société, et qui fini par la phagocyter. A l’instar de son frère siamois, le communisme, l’idéologie capitaliste semble user de la technique comme d’un moyen de remodeler les hommes et la société à son vouloir, selon ses intérêts et ses buts.

   Il semble ainsi primordiale, voir vital, pour l’idéologie moderne de rendre les hommes dépendant à la technique. La veille de la sortie d’un nouvel ordinateur ou d’une nouvelle console de jeu, l’on voit des gens venir passer la nuit devant le magasin pour être les premiers à avoir le précieux objet de leur désir. Et au fur et à mesure du temps, la queue s’allonge, devient une foule interminable. L’homme moderne, qui n’a plus le temps de faire à manger, de s’occuper de ses enfants ou de polir son cœur, trouve le temps de faire cinq ou six heures de queue pour s’acheter ce nouvel objet technique, que bien souvent, il a déjà chez lui, dans la version précédente. Il en est de même pour la voiture, qui devient un objet de prestige, comme le fut dans certaines sociétés le cheval ou l’éléphant. L’automobile, qui dans le monde moderne, tient une place centrale. C’est en effet pour la voiture individuelle que ce sont organisés les villes, l’urbanisme moderne. L’industrie automobile ayant même été la principale industrie des pays capitalistes durant la seconde moitié du XXème siècle. Ceux-ci organisant à foison des salons, ou conciles, dédiés à cet objet, suivit par ceux qui se laissent entrainés dans ce tourbillon. L’homme moderne est assoiffé d’objets techniques, comme l’enfant est fasciné devant les jouets colorés et lumineux du marchant. Des objets à la durée de vie courte, au contraire de ceux construit auparavant ! En effet, alors que les musées regorgent d’objets anciens, artisanaux qui passent le temps sans être, apparemment touché par l‘usure, l’objet technique moderne tombe en panne, se casse… elle doit être changé, car prisonnier de notre addiction, nous ne pouvons plus vivre sans !

   L’objet technique, instrument de la société de marché, ne doit donc pas être un objet durable ou performant ! La société de marché, et de consommation a besoin de voir les hommes acheter et consommer ce qui est fabriqué à l’usine. C’est cette addiction qui permet ainsi de faire travailler, faisant tourner les gens dans un cercle vicieux de la servitude volontaire. L’on a peur de mourir de faim, l’ordre établit après avoir précarisé les hommes créer un système ou la seule possibilité de subsister est de rentrer dans le système, pour y travailler. Pour faire tourner la machine, lui donner envie de travailler, il doit avoir envie d’acheter, de plus en plus, pour accepter de travailler de plus en plus. De nouveaux produits superflues sont alors inventés (sèche cheveux, la télévision…), qu’il faut rendre séduisant et indispensable aux yeux du consommateur : la publicité. Ce système montre alors ses limites, une fois tout les objets crée acheté, il, le même problème qu’au moment ou le travailleur ne craignait plus la fin se pose : renouveler le système pour maintenir le cercle de la servitude volontaire en marche. C’est la création de l’obsolescence programmé. Alors qu’une simple machine à coudre de grand-mère peut encore fonctionner, à condition de huiler les mécanismes, une machine à coudre actuelle est programmé pour ne plus fonctionner au bout d’un temps donné. La technique et notamment l’électronisation de tout objet le permet. L’on ne peut savoir quand un rouage va céder, mais une puce peut-être programmer pour mourir ! Il faut donc renouveler son équipement. Autre création, l’obsolescence que je qualifierai de planifié qui caractérise bien le marché de l’informatique : lorsqu’un ordinateur ou un logiciel est commercialisé, sa technologie sera obsolète dans les mois à venir. Il faut soit acheter un nouvel engin, soit acheter une mise à jour du logiciel. Et, l’homme moderne, dans ce qu’un confucéen qualifierait de « médiocrité » ne peut pas, ne pas se mettre à jour !

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