Prisonnier d’un paradigme

Publié le par 問道

   Illich pointe les idées voulant changer l’école. Il les considère comme superficielles. Effectivement, aussi différentes et opposées qu’elles puissent paraîtres, les deux courants restent sur la même vision institutionnelles de l’apprendre. Le professeur est prit entre trois feux :

 

deux feux

ecoleoppo

   Apparemment en opposition, ces deux courants baignent en fait dans le même jus idéologique : celui de la scolarité. Loin d’être contradictoires, mais au contraire complémentaires, la droite vise le contrôle social, alors que la gauche vise à développer l’initiative, mais uniquement dans le cadre restreint de la société telle qu’ils la veulent (la seule possible). Ces disputes n’ont pour but qu’une consolidation du système, selon les points de vue des différents camps. C’est une amélioration de l’usine à fabriquer des consommateurs. Ils sont réunis par l’idéologie de la croissance économique, et l’école doit continuer à exister pour continuer à discipliner et rendre compétents les pauvres dans le travail de production et le soutien de la consommation.

   Avec la croissance de l’urbanisation, et de l’anonymat de chacun, les enfants ne sont plus considérés comme les fils d’une maison ou d’un homme, ou un membre de la société, mais comme un chiffre, un corps, une statistique. Il n’a plus ni visage ni existence. Le système ne le considère plus que comme une ressource naturelle, traité et raffiné par l’école. Ce système catalogue les élèves dans des cases rigides à une dimension, dans le but de les rendre exploitables. Chaque classement obéis à une logique de contrôle et d’exploitation. Ainsi, nous sommes étudiants en histoire, en art, en musique, en cinéma, en économie etc. et dans chacune de ces cases, existe d’autres cases plus petites, la spécialisation se faisant de plus en plus précise. L’école calibre et uniformise la connaissance et l’apprentissage. La connaissance ne devient qu’une activité de stockage d’informations marchandisées. C’est ainsi, que l’on peut rencontrer des personnes très érudites en matière de bouddhisme et de connaissance des bodhisattvas, faire l’apologie de général d’armée ayant pratiqué ou couvert la torture.

   C’est un système administratif absurde animé par un paradigme absurde et étroit. La modernité fait la confusion entre croissance technologique et contrôle technocratique. Pour le technocrate, la société n’est à considérer que s’il peut la reprogrammer vers plus d’efficacité vers l’objectif qu’il fixe et s’il peut prévoir les rapports et interactions avec l’environnement. C’est le planificateur qui décide alors de ce qu’est la liberté des « bénéficiaires » qui peuvent choisir entre plusieurs produits d’une gamme conditionnée. L’école rend le système encore plus absurde du fait qu’elle fait participer les administrés à leur propre emprisonnement.

   L’école est le cœur du système. Sa standardisation à l’échelle mondiale, fussent changeant les couleurs ou les rituels folkloriques, n’a pour but que d’uniformiser le monde à la domination bureaucratique. Si les leaders politiques feignent le désaccord et l’opposition, ils partagent la même logique : instaurer chez le peuple la soumission volontaire, qui sollicite la bienveillance de la sainte institution. C’est elle qui forme et conditionne l’économique et le politique. Se contenter de changer quelques structures économiques et politiques ne consiste qu’en un petit peu de maquillage, mais rien ne changerait au fond.

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