Narcissisme

Publié le par 問道

   Autre partie de notre humanité que touche le totalitarisme, c’est notre narcissisme. Sentiment fort ambigüe, le narcissisme est à la fois mêlé d’une adoration démesurée pour sa personne et d’une forte détestation de soi.  Comme nous l’avons, nous nous détestons autant que nous nous aimons, nous ne pouvons donc nous faire totalement de mal. Cette énergie négative, cette haine de nous est déviée vers ceux qui nous détestent le plus (les haines franco-germano-anglaises, sino-japonaises, la haine du révolutionnaire pour sa société d’origine). Une autre déviance de ce narcissisme semble être par la création frénétique de technologie, repoussant les limites de l’homme afin de le faire ressembler à Dieu ou au surhomme. Le narcissisme nous fait considérer que nous tenons dans la nature une place à part et même une place supérieur à celle-ci. Le monothéisme nous donne ainsi la propriété de la nature, cédé par Dieu, la modernité nous explique qu’elle est imparfaite et doit être remodelé à notre convenance ou consommer pour notre plaisir et notre jouissance. Ce rejet de la nature telle qu’elle est, sonne comme un rejet de l’homme lui-même. Qu’il le veuille ou non, il en fait partit, il est soumis à ses lois, c’est la nature qui fait l’homme et non l’inverse. Et cela semble le frustrer et le rendre d’autant plus amer. L’esprit de l’homme, sous l’influence du totalitarisme, est toujours nourri en pessimisme et en idées négatives quand à la nature humaine, ce qui n’est pas sans incidence : elle encourage ainsi la soif de destruction de soi, déviée vers la destruction de celui qui nous ressemble, sans être tout à fait nous. Curieux mélange donc entre une adoration irraisonné de soi, de l’égo et, haine de ce que l‘on est. Pourtant le narcissique ne tarie pas d’éloge sur sa personne, il ne se lasse pas de son image ! Il semble vraiment s’adorer. Mais comment s’aimer quand l’on a une si mauvaise vision de l’humanité et donc de soi ? Peut-être une fuite en avant, pour d’autre, une monté vers une altitude très élevé avant une terrible et douloureuse chute.

   Dans un monde totalitaire, le narcissisme saute aux yeux. Partout des portraits du leader charismatique et de ses successeurs, ou du théoricien ou idéologue ou des symboles de Dieu. Il semble se plaire à voir son portrait, partout, ou en tout cas, les endroits ou il peut-être vue. Ses portraits restent figées, représente un leader d’une immaculée jeunesse, même au crépuscule de l’idole. Dans certains pays arabes, avoir le portrait du raïs à son domicile est fréquent. Les médias répètent à longueur d’émissions la vie du maître, son état de forme exemplaire, l’amour qui lui est porté par le peuple, son génie. Ainsi, le narcissisme du leader contamine les sujets, qui partagent ce narcissisme. Sauf, que ne s’agissant pas de leur image, ils entretiennent l’image du guide, ressemblant plus à une idolâtrie. Mais d’idolâtrie, il semble s’agir d’une sorte de narcissisme par procuration. En effet, la vie d’un homme ne lui appartient pas, il appartient à dieu ou au parti ou encore au système. En islam, le suicide est interdit car seul Allah décide de la mort ou de la vie. En République Populaire de Chine, durant la révolution culturelle, l’écrivain Deng Tuo écrivait une lettre d’excuse au Parti pour son suicide. Dans le capitalisme, c’est le marché qui décide de s’il est judicieux de prendre soin des plus faibles. L’idolâtrie serait donc une espèce de narcissisme par procuration. Le narcissisme est entretenu en partie par l’intransigeance de l’idéologie, allant de pair avec son pessimisme. En effet, le totalitarisme condamnant l’humanité et consacrant sa médiocrité comme nature humaine, elle renforce l’idée que ceux qui sont sur la voie du dogme totalitaire sont les meilleurs, l’élite de l’humanité. Le Parti Communiste dit être à l‘avant-garde du progrès, le capitalisme juge ce qui est développé et qualifie de « sous développée » ce qui n’est pas dans sa voie, l’islam enfin, affirme que la Oumma est la meilleur des communautés. L’intransigeance et intolérance de l’idéologie entretien de fait le narcissisme.

   Néanmoins, ce narcissisme a besoin de victoires, pour être entretenu. Comme une fatalité, le totalitarisme semble condamné à échouer, à cause de l’absurdité et l’extravagance d’un système emprunter un chemin étroit et ne connaissant pas la remise en cause. S’il tient quand même, avec l’aide politiques de ce que Simon Leys qualifiait « d’internationale des chefs » à propos de l’amitié entre les USA et le parti communiste chinois construit par le républicain Nixon, ou encore l’admiration pour ce même parti par cet homme de droite qu’est Alain Peyrefitte. Le totalitarisme a besoin de victoires pour convaincre de son bien fondé et pour flatter le narcissisme des sujets. Le totalitarisme est généreux quand il s’agit de partager la victoire, mais, le mérite en revient cependant au leader. Ce savant équilibre permet ainsi à la fois de flatter le soumis dans une image de grandeur, tout en lui faisant comprendre de la précarité de cette grandeur sans son maître. Il doit donc, pour la maintenir, abreuver de succès en tout genre son peuple : productivité et expansion économique, conquête de l’espace, jeux olympiques et autres événements sportifs, expositions universelles et souvent les guerres. Georges Orwell a remarquablement décrit le rôle de la guerre dans 1984. Il peut arriver que le mensonge ne prenne plus, lorsque le décalage entre le vécu des hommes et les discours est trop large et que le fanatisme s’émousse. Le totalitarisme créé donc une propagande et une communication à propos d’un âge d’or, appartenant au passé, et dont ils seraient les héritiers. Ce discours met ainsi du baume au cœur blessé par une vie insupportable et, fait fantasmer, occupant l’esprit des hommes à jouir d’une gloire par procuration là encore. Par procuration, est la vie de l’homme vivant sous le totalitarisme.

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