Modernisation et disvaleur

Publié le par Winston Morgan Mc Clellan

   Qu’est ce qu’une politique de modernisation ? Jean Baudrillard donne de la modernité, une définition qui commence de la sorte :

   « La modernité n'est ni un concept sociologique, ni un concept politique, ni proprement un concept historique. C'est un mode de civilisation caractéristique, qui s'oppose au mode de la tradition, c'est-à-dire à toutes les autres cultures antérieures ou traditionnelles : face à la diversité géographique et symbolique de celles-ci, la modernité s'impose comme une, homogène, irradiant mondialement à partir de l'Occident. »

      Moderniser signifie instaurer une société moderne. La modernité est à la fois fonctionnement, organisation, mais aussi croyance et culture. Une société moderne se conçoit comme une machine à produire des résultats économiques. Qui dit résultat dit donc « efficacité ». Elle doit donc être rationalisée dans un but d’efficacité économique. Hors, les sociétés traditionnelles (ou vernaculaires), ne se concevaient pas de la sorte : elle était là, telle qu’elles étaient, et c’était ainsi. Certaines se voyaient comme issus de l’ordre naturel[1], d’autres parce qu’un monarque hors-monde en avait décidé ainsi. La société n’avait pas de but à atteindre à l’avenir, elle est comme cela.

   Moderniser ne se faisant jamais sur un no man’s land, il faut faire le vide. C’est donc, dans un premier temps une entreprise de casse sociale, et culturelle qui s’opèrent, qu’il s’agisse d’une modernisation capitaliste, ou communiste. L’homme doit cesser de se concevoir comme l’héritier de ses ancêtres ou membre d’un groupe (famille, tribu, race), et doit se concevoir comme une monade agent économique : les uns comme travailleurs, les autres comme travailleurs-consommateurs, et l’élite comme les pilotes d’une telle machine. Il faut que ces gens acceptent de travailler longtemps, pour peu chers, chose difficile dans la mesure où l’homme traditionnel n’a pas beaucoup de besoins et sait les satisfaire de façon relativement autonome. Il faut donc les clochardiser, afin de les obliger à renoncer à leur indépendance et prospérité et se vendre au salariat. Pour cela, la modernisation confisque les terres libres appelées « communaux », qui deviennent propriétés privés, et l’on impose, par la politique, des règles et des lois déstructurant la société et l’organisation des tâches et de la répartition des ressources.

   L’activité est concentrée dans d’énormes unités centralisant les activités de productions, alors que la population majoritairement rurale, est répartit sur une vaste surface. Il faut donc lui faire quitter ses terres pour la concentrer dans les points d’activités de productions citadins, et les y fixer. Cette casse sociale et culturelle, permet ainsi la mise en place d’une société basée sur la production et l’écoulement de ladite production, par la consommation. Une société moderne digne de ce nom est donc à la fois productiviste et de consommation : une société de croissance[2].



[1] Après tout, d’après Marshal Sahlins, nos cultures sont plus vieilles que l’homo sapiens-sapiens.

[2] Il peu exister aussi des entreprises fonctionnant à flux tendu, c'est-à-dire produisant au minimum, en fonction des commandes pour ne pas avoir à stocker les marchandises, mais le but étant de vendre de plus en plus, il faut aussi produire en conséquence.

Publié dans Disvaleur

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