Matrice Terre-Ciel-Eau, critère de création de valeur ?

Publié le par Winston Morgan Mc Clellan

La matrice « Ciel-terre-eau »

   Yoshiro Tamanoï, universitaire à Tokyo, en plus d’être l’ami d’Ivan Illich, était le traducteur japonais de Karl Polanyi. Il a développé une pensée écologique typiquement japonaise, où le culturel et le physique (la nature) sont intimement liés. Son étude porte sur l’idéologie économique d’une époque et le rapport à la matrice ciel-terre-eau, correspondant à la vie sociale des hommes. Il développe l’idée que lorsqu’une culture renforce l’interaction entre le soleil, la terre et l’eau, sa contribution au « Cosmos » est positive. Elle peut ainsi être considérée comme créatrice de valeur ! Ainsi, une société génératrice de déchets détruit cette matrice. Il est faux de croire que toutes les sociétés produisent des déchets, créent de l’entropie. Une société rurale, par exemple, réutilise tout pour renouveler ses cultures.

   Un exemple concret, de société se fondant sur ce modèle, semble être la civilisation chinoise pré-modernisation. Cela, aussi bien les cultures populaires, paysannes, que savantes. A la base de toute existence, se trouve le Qi , énergie ou souffle présent autour et au sein des êtres et des objets, faisant du monde, bien que composé d’objets distincts, un tout unique. Ainsi, et au contraire de l’Abrahamisme, et sa dernière descendante, la modernité, la tradition chinoise ne trace pas de ligne de démarcation entre les hommes et le monde. Il s’agit d’une constante de la pensée chinoise savante qui a traversé les époques.

   Autre fondement, le Yin Yang [. Symbole usé à toutes les sauces, y compris les plus pesantes, le Yin-Yang symbolise une sorte de principe cosmique permettant d’engendrer les êtres vivants, à partir du Qi. Contrairement aux idées reçus, il ne s’agit ni d’une dualité opposée, ni de simple complémentarité figée, mais tient davantage du mouvement : l’alternance entre repos et action, extension et repli, se succédant. C’est également un symbole de phénomènes concrets (mâle-femelle, jour-nuit, chaud-froid). Ainsi, ce qui existe (mont, animaux, plantes) est le résultat du Ciel (mâle) qui a fécondé la terre (femelle).

   Les cinq éléments (eau, feu, bois, métal, terre) sont dynamiques et en relation les uns avec les autres. Vers la fin des Royaumes Combattants, ces éléments qui interagissent, sont mis en relation avec le Yin-Yang dans un mouvement cyclique qu’Anne Cheng présente dans son livre « histoire de la pensée chinoise », de la sorte :

Yang croissant qui cède sa place au Yin croissant

Bois

Feu

Terre

Métal

Eau

Printemps

Eté

Transition

Automne

Hiver

Est

Sud

Centre

Ouest

Nord

  

   Dans ce schéma, chaque élément donne la matière devant servir à travailler et transformer l’autre matière : la relation entre les éléments est ici claire, ceci à plus forte raison que les hommes semblent être l’agent devant faciliter ces relations ! C’est à partir de cette matrice que se développe, époque après époque, dynastie après dynastie, la civilisation chinoise. Evoluant avec le temps, changeant parfois de façon radicale, cette matrice semble avoir échappé à toutes les turpitudes de l’histoire, jusqu’aux invasions barbares précipitant la chute de la dynastie mandchoue des Qing en 1912.

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