Les Jésuites en Chine (suite

Publié le par 問道

 

 

 

   Ricci et Ruggieri, petit à petit, font leur troue parmi les élites. Reconnus comme de remarquables penseurs et moralistes, leurs compétences techniques et scientifiques sont appréciées en haut lieu. Mais, tout n’est pas si rose. Le temps qui passe, occupé par les uns et les autres à étudier la doctrine d’en face joue contre eux.

 

   Au sein de la chrétienté, l’on contestait l’attitude conciliante des Jésuites. La vraie religion, l’unique vérité du Dieu unique n’est pas négociable, on ne transige pas ! Et puis, en creusant, ce qui rapproche l’école de Kong zi et le Christianisme, ça reste des principes superficiels, plus l’on étudie la question, plus l’on se rend compte de ce qui sépare. Cruel pour vous autres, chers amis « universalistes » et « citoyens du monde », qui rêvez d’unir l’univers sous une seule humanité (bien entendu, l’humanité à votre image)… c’est la querelle des rites. Voyez, ces gens qui n’ont rien d’autre à foutre que de se chamailler sur les rites d’une civilisation à l’autre bout du monde… et puis de toute façon, le temps est avec eux, les intellos Chinois modernes, que le blanc aime tant (parce qu’il n’aime l’autre que si celui-ci se rejette pour lui ressembler) vont régler la question de façon radicale…

 

   En Chine, l’on a traduit la Bible et l’on commence à le lire et, apparait alors aux yeux des intellectuels ce qu’ils considèrent comme des lacunes et même, la nature profondément immorale de la religion chrétienne. L’on relève alors que certaines « vérités absolues » tiennent plus du pari que de l’étude, l’omniprésence du dieu, que l’on veut à la fois parfait, omniscient mais en même temps autoritaire et colérique, voir même souvent fourbe ! Fourbe, parce que laisse ses créatures se faire corrompre, en toute connaissance de cause, pour ensuite les punir… à moins qu’il ne le sache pas, ce qui remet en cause son caractère omniscient.

 

   Les Ming jartes, place aux Qing, d’origine Mandchous, c'est-à-dire des steppes, au contraire des Hans… mais quelle importance, Hans, Mandchous, Tibétains, Viet, Cambodgiens, Japonais, Philippins… tout ça c’est des Chinois hein ! Kang Xi les laisse croire qu’il pourrait, éventuellement, un jour, pourquoi pas, s’il était convaincu, à moins que… mais peut-être que si… se convertir et se fait envoyer des Jésuites, soit par Rome via le Portugal, soit par Louis XIV qui, tout en organisant des fêtes bling bling à Versailles, aide son royaume à plonger dans la misère… mais Louis XIV, alors sur le trône de la « royauté tournante de l’Europe » pense que « l’on ne peut pas boycotter ¼ de  la planète »… Kang Xi et Louis XIV se ressemblent et semble se reconnaître l’un de l’autre. Les deux se veulent « protecteur des arts et des lettres » tout en censurant à mort, s’assurent la soumission des uns en les caressant tout en tapant sur les autres…

 

« Mais que diriez-vous si j’envoyais une troupe de bonzes et de lamas dans votre pays pour y prêcher leur loi ? Comment les recevriez-vous ? » dit Yongzheng aux Jésuites. Hostile aux chrétiens, le successeur de Kang Xi ( à partir de 1722) se montre franchement hostile aux chrétiens, réprimant les convertis de l’empire. Il faut dire que l’idée que c’est au Pape de décider du mot qui devait en Chinois le mot Dieu, ça a tendance à énerver  Beijing… en 1724, il décide de faire du Christianisme une doctrine interdite ! Qianlong à partir de 1736 ne se montre pas plus sympathique à l’égard des barbares, utiles mais trop bavards avec leur religion. Les Français sont donc très présents en Chine, mais avec le temps qui passe, encore, leur situation change. De diplomates ou techniciens, ils ne deviennent plus que les valets du Fils du Ciel, là pour décorer et amuser le maître. C’était un peu les Raffarin ou les Peyrefitte de l’époque… en plus lucides, donc en moins ridicules. Ils s’agacent de leur sort. Mais un événement allait mettre fin à ce calvaire, pour qu’un autre prenne la place : la dissolution de la Compagnie de Jésus décidé par le Pape !

 

   La suite, est une autre histoire.

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