Les institutions

Publié le par 問道

L’institutionnalisme et ses perversions

   Ivan Illich tente ce qu’il appel une « analyse spectrale des institutions », c'est-à-dire de dresser un spectre permettant de les définir. La naïveté contemporaine fait croire que les institutions sont neutres, chose absolument fausse. Les divisions classiques de démocraties parlementaires « gauche/droite » ne sont que superficialités. En effet, l’homme de gauche s’oppose aux méthodes et aux priorités de l’homme de droite, mais n’est pas opposé aux institutions. Dans son classement spectral, il existe des nuances, l’on est plus à gauche, ou plus à droite que d’autres. Ce n’est pas non plus une structure figée, une institution peut commencer à gauche, pour enfin finir à droite.


Spectre des institutions


Institutions

« ouvertes »

Activités concurrentielles mais sans publicités intensives

Institutions « manipulatrices »

-Facilitent l’activité humaine.

Règles pour assurer l’égal usage à tous

-Service augmentant les possibilités dans le cadre de limites définies mais permettant l’indépendance de la personne

-Institution en réseau facilitant la communication et la coopération entre gens qui le désir.

 

-Petits commerces, artisans, professions libérales. Ce sont des services certes institutionnalisés, mais la publicité ne l’est pas.

 

-Chargé de manipuler les esprits aux intérêts de la production.

-Règles pour pousser à consommer et produire. Use de manipulation, endoctrinement, et publicités.

-Institutions complexes, car la méthode de production nécessite qu’il faille consommer. Convaincre que l‘on ne peut vivre sans le produit ou service offert (donc augmentation exponentiel du budget)

 

 

-Les institutions ouvertes ne sont pas faites pour produire, mais être utilisées. Les règles sont contraignantes, mais ont pour but d’éviter des abus. Les innovations poussent d’ailleurs à en créer de nouvelles.

-Les institutions manipulatrices, regroupent toutes les institutions modernes. Elles sont contre productives. Pour illustrer son propos, Illich évoque le cas des prisons : elles produisent plus de criminalité qu’elles en résorbent. Une des manipulations de tels institutions consistent en y prêter des vertus thérapeutiques. Les prisons n’enferment plus, mais soigne et insèrent dans la société. De même les hospices, elles prétendent prendre soin des vieux, mais elle donne une image d’eux négative et destructrice (impotent, inutiles, incapables). Ces institutions provoquent des maux servant à justifier certains métiers (thérapeutes, infirmiers) et leurs bénéficières sont recrutés de force.

 

   Entre institutions de droite et du centre, une différence fondamentale : l’institution du centre rend un service mais ne pousse pas à la consommation. Sa communication indique, mais ne vante pas. Par exemple, un hôtel indique la présence d’un lieu pour dormir, mais sans prétendre être le meilleur inévitable. De même pour les producteurs de biens alimentaires de base. Pour le fabriquant de bien de consommation durable la chose est différente. Elle modélise la demande à sa convenance et fait des marges bénéficières exagérés.

   Ex : l’automobile transforme le besoin de transport en besoin d’automobile. On y aménage le territoire et on vend, via la publicité, le désir de vitesse. C’est ainsi que les autoroutes nous semblent être un service publique, mais il n’en est rien. Elles imposent en effet de rouler en véhicule puissamment motorisés et exclus les vélos. C’est un service pour l’industrie, mais non pour le publique[1].

   La technologie moderne s’implante dans les pays prétendus pauvres sous trois aspects ::

-Les biens de consommation

-Les usines qui produisent les biens de consommation

-Les institutions qui transforment les hommes en consommateurs. Ceux-ci une fois formés créent des demandes de consommation engendrant la production etc. c’est une réaction en chaine.

   C’est ainsi que du point de vue d’Illich, l’école est la pire des institutions. Une autre institution ne crée qu’un seul besoin de consommation spécifique et limité, alors que l’école crée le consommateur en lui-même. Elle engendre ainsi tout les autres besoins en même temps. Cette institution se place donc à la droite du schéma proposé par l’auteur. Elle enseigne le renoncement à la responsabilité concernant la croissance de sa personnalité. En y confiant son apprentissage et son instruction, l’on commet un suicide intellectuel.

   Aussi bien les écoles que toutes autres institutions, ont opérées une transformation pour devenir des bureaucraties. Les écoles aux Etats-Unis, en République Populaire de Chine, au brésil, en Corée ou en France se ressemblent toutes. Il y a plus de différences entre deux écoles chinoises aux époques impériales qu’entre une école en Chine et aux USA aujourd’hui. Elles obéissent en effet à des normes internationales, sous les coups de la globalisation et des coopérations entre institutions politiques obéissant à l’idéologie du développement. L’aide aux autres pays n’est en fait que l’autre nom de l’impérialisme. Elle consiste en la fabrication des mêmes institutions manipulatrices dans touts les pays ou de transformer les « ouvertes » déjà existantes en « manipulatrices ».

   La technique permet d’avoir plus de temps, mais pour quoi faire ? Stimuler des demandes plus grandes de consommation de biens et de services. On augmente la diversité des choix et des choses nouvelles qui sont : fabriquées, consommées, gâchées, recyclées. Pour ce qui est des services, il s’agit de leur donner une valeur morale aux institutions de service :

Ex :

service

Valeurs morales

Scolarité

Education

Hôpital

Santé

Spectacle

Divertissement

déplacement

Vitesse

 

Attali-Jacques.jpg   Illich évoque alors les utopies de l’avenir, les « futurologues », et leurs idées du futur remplies de fantasmes. Leur réflexion est limitée au « économiquement et techniquement faisable ». Le « socialement souhaitable » est en revanche absolument absent de leurs raisonnements. Ignorant les conséquences sociales de leurs idées, ils ignorent que la société de consommation est une réaction en chaîne. Leur futur est sans spontanéité, l’homme n’y sait que produire, consommer et détruire. Ceux qui s’aventureraient à critiquer les institutions, produits et leurs utopies sont considérés comme étant des « passéistes » ou des « nostalgiques ». Ainsi qualifié et vue de façon aussi péjoratives, on ne les entend pas. Il en va de même pour ceux qui critiqueraient l’école : de tels gens sont qualifiés soit « d’impérialistes », soit « d’être sans entrailles ».

   La question et les conséquences sont difficiles à appréhender pour des gens qui vivent déjà dans une société moderne. Pour comprendre la chose, il convient d’entrer en contact d’une société non « développé », non modernisés. L’on se rend compte, ainsi  du décalage et des conséquences des institutions modernes. Par exemple, tout les pays, y compris les moins modernes, font des routes adaptés aux voitures des privilégiés épris de vitesse, en dépit du bon sens. L’étudiant chinois étudie pour avoir un diplôme, dans l’optique d'une vie professionnelle, non pour apprendre ou se cultiver. L’auteur entrevoit cependant une alternative : une société « conviviale ». Les objets fabriqués y seraient plus durable, les hommes reprendraient en main leur vie, hors de la mainmise de la bureaucratie. L’intensité d’une action serait supérieure à la production[2].



[1] Voir énergie et équité

[2] Lire « la convivialité »


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