Le problème « école »

Publié le par 問道

Une confiscation de l’apprendre

   Illich pose trois postulats à la base de l’idéologie de « l’école » :

-les enfants doivent être à l’école

-ils apprennent à l’école

-l’école est le seul endroit où ils apprennent

Il reprend alors l’idée de Philipe Ariès sur la façon dont sont considérés les enfants de l’histoire. Celui-ci remarque que la façon dont on les considère n’est pas immobile ou éternelle, mais au contraire, évolue avec le temps et les changements d’époque et de mentalités. Illich constate une infantilisation des enfants par la modernité : la société de consommation et de la dépendance aux institutions retardent ou empêchent la maturité. En Amérique latine, encore de nos jours, les enfants sont vues comme des « Fils » ou des « Filles » et non comme des gamins.

250px-Huck-and-jim-on-raft.jpg   A contre courant de l’idéologie de l’école voulant que l’éducation ait pour racine l’enseignement, l’auteur affirme que c’est dans la vie hors système scolaire que nous apprenons le plus : vivre, parler, penser, aimer, sentir, jouer, jurer,  se débrouiller, travailler etc. Vouloir vertueusement améliorer l’instruction des modestes rend des résultats mauvais. En effet, qui décide du contenu de ce qui doit être enseigné et ce qui doit être exclus ? Qui décide de ce que doit apprendre un pauvre, si ce n’est ceux qui contrôlent l’institution ? C’est ainsi une machine à acculturation. Les parents modestes, prisonniers de l’idéologie de l’école attendent que l’enfant ait un diplôme dans le simple esprit d’ambition sociale (avoir un poste et un bon salaire). Inversement, les dominants attendent du précepteur qu’il éloigne leurs enfants de ce qu’apprend un pauvre.

   Du point de vue de l’élève, ce n’est pas le maître qui lui apprend. Un enfant ne parle quasiment jamais des leçons, mais d’avantage des récréations, des jeux et de ses camarades. Une fois adulte, après plusieurs années passées dans le système, il se met à penser qu’il doit tout au professeur. L’école éloigne de la réalité sociale. Elle isole les enfants pour mieux substituer son enseignement à la vie réelle. Sa présence en classe, longue et obligatoire permet ainsi de formater l’esprit de l’élève au système.

   Qu’est-ce qu’un diplômé ? La plupart des diplômes sanctionnent les étudiants aptes à devenir cadre en entreprise, dans l’administration ou dans un parti. Qu’est-ce donc si ce n’est servir les dominants ? Nous avons vue que les études supérieurs coûtent très chers et ne profitent pas aux plus pauvres. L’école forme des serviteurs compétents. Elle formate également l’esprit à la culture dominante. Un diplômé d’un pays dit « pauvre » se sent souvent plus à l’aise avec ses pairs nord-américains et européens qu’avec ses compatriotes. De plus, elle ne permet la contestation et la légitimité critique qu’à ceux qu’elle a le plus formatés : les docteurs universitaires.

   Le système de l’école obligatoire inculque le mythe de la consommation illimité[1]. Elle nous enseigne également l’idée selon laquelle l’éducation est le fruit de l’enseignement. Nous avons ainsi la foi en les institutions qui nous institutionalisent et nous apprend à nous méfier des personnes hors cadre et des marginaux. C’est ainsi que se construit une croyance faisant croire que plus l’on reste dans le système, plus l‘on est instruit, car l’on a un diplôme. Les diplômes quantifiant le temps passé dans l’institution, mais qui, en matière d’instruction et d’intelligence, n’ont aucune signification. C’est dans les esprits, la confusion entre le développement de la personnalité et la planification de l’enseignement, permettant de manipuler l’esprit de l’élève.

   A partir du moment où l’école formate les esprits au canon institutionnel, l’imagination des élèves est mise au service de l’institutionnalisme. Cela empêche d’aller au-delà du système et étouffe l’imagination au lieu de la développer. C’est clairement une mécanisation des hommes, une régression sociale et mentale. Dans son esprit, tout est étalonnée par le système, il croit que tout se mesure, y compris son développement personnel. L’école divise les savoirs entre : ce qui doit être enseigné et ce qui n’en vaut pas la peine. Mais aussi, ce qu’elle enseigne en matières distinctes, sans aucun rapport entre eux. Qu’en est-il du non mesurable ? Elle est considéré comme une menace ou elle n‘intéresse pas l’homme scolarisé. Les hommes confient tout, y compris ses valeurs à l’institution crée pour ça, et ne prend ainsi plus ses responsabilités. C’est ce que l‘on eut appelé une infantilisation.

   Séparant « éducation » et « travail créatif », l’école engendre le sentiment du besoin d’être enseigné. Elle rend dépendant en tuant dans l’œuf tout désir d’indépendance. Il y a un appauvrissement des rapports avec l’autre, car chacun se ferme à l’imprévu, aux surprises de l’existence. L’existence se limite au cadre restreint des définitions institutionnelles.

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[1]Mythe qui a pour fondation l’idée que le système de production construit des produits de qualité et que leur valeur crée de la demande

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