Le 法家 légisme

Publié le par 問道

   L’origine du Légisme se trouve dans la Chine des royaumes combattants. La Chine n’y était pas un Etat unifié, mais un monde à part entière, certes uni autour de principes culturels communs, mais indépendants et différents d’un pays à un autre. Nombre de royaumes et de principautés atomisant l’empire Zhou, devenant au fur et à mesure de plus grands royaumes, imposant leur protections aux plus petits et plus faibles, avant de les absorber. Ce fut donc une période de forte concurrence entre entités politiques, dans une course à la puissance et à la domination. Du Légisme, il semble en sortir une sorte d’apologie du pouvoir qui s’impose aux hommes, y compris par la force. Ce serait de cette imposition de l’ordre d’un homme plus intelligent ou efficace que les autres, qui auraient fondé la civilisation et sortit les hommes de la sauvagerie. La « morale » d’après eux serait un poids empêchant l’efficacité de la politique, elle doit pour donner des résultats probants, s’en affranchir complètement. C’est au IVe siècle av. J.C., que le légisme passa du stade de théorie à la pratique. 商鞅 Shang Yang, fonctionnaire au service de l’Etat de Qin, lui-même originaire de Wei, initia un certain nombre de réformes afin d’accroitre l’efficacité de l’Etat, dans sa relation de domination avec les pays voisins, et la domination du Prince sur la société. Son discours, simple et entré sur l’efficacité, eut vite faire de séduire le Prince. Il est vrai que celui-ci eut la malice de baser son discours sur ce qu’une oreille de monarque ou de chef écoute le plus volontiers : le pouvoir et la domination, là ou d’autres lettrés parlent de cultures et de traditions, limitant les pouvoirs du monarque dans un souci d’équilibre. Ses théories, collant au contexte d’un monde en guerre, trouva ses limites dans la fin de celle-ci, avec le triomphe de Qin, unifiant la Chine sous sa domination. 韓非子 Han Fei Tse pris donc la relève et théorisa une sorte de « légisme de stabilité », avec les mêmes bases, une société ou seul compte la domination du monarque, coûte que coûte, dans un rationalisme politique froid et libre de toute considération morale. Le but étant dans ce cas, la morale. Shang Yang, comme Han Fei Tse, finir emprisonné et exécutés, victimes du système qu’ils ont grandement contribués à mettre en place.

   Shang Yang, théoricien de l’Etat de guerre dans ses discours et les conseils au prince de Qin donne ainsi les recettes de l’efficacité. Une des premières choses qui frappe, c’est un certain mépris de tous ceux qui ne sont pas le prince et qui ne sont pas de ses avis. Le peuple n’est là que pour se réjouir des succès de la politique du maitre et en rien collaborer à ses décisions. C’est donc l’efficacité du point de vue de l’objectif du pouvoir qui a primauté sur la condition de ceux qui sont administrés par celui-ci. Le politique se retrouve donc coupé de touts liens avec les autres agrégats formants la civilisation (cultuel, culturel, social et économique) et, semble siphonner toute l’attention des hommes. C’est ainsi qu’il affirme qu’il faut rejeter les traditions et la culture, au nom de l’efficacité politique et militaire, au nom de la nécessité de l’époque, et de la mobilisation de toutes forces pour le but de domination. La culture rendrait oisif et apporterait la corruption dans le cœur des hommes, « corruption » étant dans la parole de Shang Yang synonyme de remise en cause des ordres, de l’autorité et même de l’éventuel légitimité du prince. Il faut faire marcher la société au pas, les hommes sont né pour obéir, et rien d’autre. Au contraire de Confucius, il prêche alors la primauté du châtiment sur l’éducation, l’obéissance doit se faire sans discuter, l’ordre ne devant donc être soumis à aucun examen de la part de l’obéissant. En cas de contrevenance, le châtiment doit alors être très sévère et collectif. Un homme tenté par la désobéissance doit savoir qu’il engendre par son acte la responsabilité de toute sa famille. Enfin, la société doit être uniformisée, au service du prince dans une unique classe de « paysans soldats ». Paysans pour produire des vivres nourrissant les hommes pour la guerre, toute autre activité étant jugé inutile et dangereuse. Chaque homme, soldat étant d’abord le serviteur du prince, il à le devoir de surveiller autrui et de dénoncer au besoin l’autre, quel qu’il soit. Le rapport « prince/serviteur » passe avant tout autre forme de rapport.

   Han Fei Tse appartient à un autre contexte. Il ne s’agit plus de faire la guerre aux royaumes ennemis et concurrents, il s’agit de maintenir le pouvoir en place, l’ordre établit. Le pouvoir du maitre d’après lui est total, il doit même être plus que cela : devenir aux yeux du dominé non plus un pouvoir politique légitime ou illégitime, mais la normalité naturelle de l’univers. Il rejoint cependant Shang Yang dans son mépris pour la culture et la morale. Il faut également que le peuple travail, qu’il s’épuise au labeur afin d’être trop fatigué pour penser et éventuellement remettre en cause l’ordre établit. Chaque esprit animant un homme est une sorte de substance dangereuse pour l’Etat. Cependant, en ce qui concerne l’intelligence, il semble s’opposer à Shang Yang qui prônait un abrutissement pur et simple des sujets par le travail agricole et la guerre. Cependant, plus que simple opposition, le but étant le même entre eux, il s’agirait plutôt d’affiner les techniques d’asservissement des hommes. Ainsi, même ceux qui seraient tenté de critiquer le pouvoir en place, doit le faire avec l’esprit, non pas de changer le pouvoir, mais de le servir, de l’aider à s’améliorer. L’ordre politique du prince doit donc également imprégner le cœur de ses « opposants », qui n’en sont plus que des serviteurs, certes critiques, mais serviteurs quand même. Enfin, la sécurité de l’ordre établit passe aussi par la construction d’une société de surveillance mutuelle. Néanmoins, chez Han Fei Tse, le système est plus nuancé. Les puissants et les ambitieux pouvant être tenté de mentir et de faire éliminer un rival par la répression du prince, la surveillance de Han Fei Tse est le fait des plus petits et plus faibles de la société, qui sont eux totalement dépendant de l’autorité. Enfin, autre particularité de la pensée de Han Fei Tse, l’opposition entre les sujets. Le prince doit en effet savoir jouer des intérêts personnels de chacun, même opposés. Le lien social y est le petit intérêt égoïste de chacun, unifiant les hommes par leurs interactions, mais, au final, servant l’intérêt suprême du prince.

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