Le football comme un produit de consommation

Publié le par 問道

Le virage Havelange

Joao_havelange.jpg   Ce système soviétique a donné quelques résultats en club, mais négligeable en compétitions d’équipes nationales. L’impact de la mainmise de l’idéologie soviétique sur le foot est cependant limité à l’URSS. Elle n’a pas touché tout le football. Jusqu’ici, il ne s’agissait que d’incursions politiques et idéologiques dans le sport. La gangrène généralisée me semble daté de la présidence à la FIFA de Joao Havelange. Ce n’est certes pas lui qui inventa la FIFA, mais elle restait jusque là une institution de taille modeste, les coupes du monde restaient des compétitions à porté humaine. Avec ce notable sous la dictature fasciste au Brésil, la compétition prend une toute autre dimension. Sponsors, publicités, droits télévisés, a coupe du monde perd sa dimension humaine pour rentrer dans la dimension des personnes morales de tailles planétaires. Coca Cola est un fidèle partenaire de la coupe du monde, et les télévisions sont de plus en plus nombreuses à payer de plus en plus chères les diffusions. Les stades sont de plus en plus grands, de plus en plus de pays participent et les pays organisateurs de plus en plus variés. Cela peut sembler « généreux » et « équitable » à première vue. Mais en fait, il ne s’agit pas de partager le football avec tout le monde, mais d’ouvrir de « nouveaux marchés » au sport « football », et aux sponsors de toutes sortes : les télévisions, les équipementiers, les boissons, etc. Ainsi, la coupe du monde aux USA, alors que ce pays n’a que faire de ce sport que l’on ne nomme même pas par son vrai nom (football étant réservé à un sport au ballon ovale joué… à la main). En Corée du sud et au Japon, ou l’arbitrage fut ouvertement en faveur de la Corée du sud, ce fut la coupe du monde la plus vulgaire qui soit. Aussi, en Afrique du sud, les petits vendeurs à la sauvette furent littéralement dégagés manu-militari par la police sur ordre des sponsors de la FIFA… Joao Havelange, lui-même, dans son discours, ne parle que de « marchés », de « rentrées télévisés », de « médiatisation de la coupe du monde ».

 

 


 

 


L’arrêt Bosman

post-494-1229720072.jpg   C’est à partir de la seconde moitié des années 1990 que le football organisé passera en Europe le Rubicon. Jusqu’alors, le football était considéré comme quelque chose de culturel, patrimonial, collectif. Partir de 1995, la donne change. Profitant d’instaurer en jurisprudence une affaire mineure, les institutions européennes décident que les sportifs sont des salariés, au même titre que des cadres et des ouvriers. Ils ont alors droit à la libre circulation. Auparavant, les équipes ne pouvaient comporter que trois joueurs étrangers, tout le reste devait être composé de nationaux. Cette directive détruit les quotas, permettant aux clubs les plus riches de briser les concurrents moins fortunés, en achetant à volonté leurs bons joueurs. Ceux-ci, éduqués depuis l’enfance au paradigme moderne et le culte de la fortune, sont trop heureux de cette liberté de se marchandiser. Auparavant, les équipes françaises, belges, néerlandaises, portugaises ou yougoslaves, faisaient peur aux équipes italiennes, espagnoles et anglaises. Le talent était moins concentré et si une équipe présentait une composition moins prestigieuse, il y avait plus de matchs intéressants. Ainsi, un Glasgow Rangers-Olympique de Marseille s’avérait être un match d’une exceptionnelle intensité ! Un Anderlecht-Dynamo Kiev, ou un FC Porto-Steaua Bucarest une rencontre de très haut niveau. Aujourd’hui, les matchs de « champions-league » ne sont intéressant qu’à partir des quarts de finales, avec toujours les mêmes équipes. La valeur « beau jeu » ou « match intéressant » est également phagocyté par le titre de l’affiche. L’on considère qu’un match ne peut-être intéressant que s’il s’agit d’un « FC Barcelone-Manchester United ». Hors, dans l’histoire du football, un Borussia Monchengladbach-FC Liverpool, ou un FC Porto-Bayern Munich, furent de vrais grands matchs. Cette logique illustre parfaitement l’importance de la télévision et des médias dans la perception du football.

 

L’enjeu tumeur du jeu

elclasico20114x_422232.jpg   Il est de bon ton, dans les médias de masse et les hauts institutions du sport, de fustiger la violence des supporters. Pauvres, populaires, le supporter est violent, insultant, homophobe, raciste… tous les défauts du pauvre qu’il convient de corriger en leur faisant adopter des mœurs aussi lisses que celles des hommes à la vie facile. La violence grandit, au fur et à mesure que le football évolue dans le sens pris par le virage Havelangien. Le football prend de plus en plus d’importance, au fur et à mesure qu’augmentent les sommes en jeu, et sa « popularité ». Les clubs les plus médiatiques sont adorés jusqu’en Asie. C’est ainsi que des Chinois se tabassent entre eux, à cause d’une rivalité de clubs… italiens. C’est un moyen de coloniser les imaginaires et de faire admirer l’homme blanc dans l’esprit des peuples noirs, bruns et asiatiques. Les américains font de même avec leurs sports. C’est aussi un vecteur d’endoctrinement publicitaire. Les médias, collant au corps les compétitions, parasitent les plaisirs et la vision de l’amateur. A cause des revenus publicitaires, le match doit absolument être vu et la télévision dramatise l’enjeu à outrance. S’en suit un cercle vicieux ou l’augmentation des revenus publicitaires engendrent une dramatisation des matchs, et des réactions de plus en plus violentes. L’importance financier, médiatique, politique, font croitre les enjeux. Les défaites sont de plus en plus graves et humiliantes et de plus en plus difficiles à accepter. Les rencontres entre le FC Barcelone et le Réal Madrid sont pourries par l’enjeu et finissent toujours dans de véritables pugilas. Ceci, alors qu’il y a encore 15 ans, les matchs étaient musclés, engagés mais pas aussi dramatiques. Aucune des deux équipes, aucun des deux camps ne veut perdre ce que les médias et les sponsors qualifient audacieusement de « le match du siècle » et laisser un tel prestige au rival, devenu alors « ennemi ». La violence et le fanatisme dans les stades et supporters semblent être le fruit du système institutionnel du sport et de sa logique.

 

 


 

 

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