Le capitalisme ou la modernité

Publié le par 問道

   Au contraire du christianisme qui est le fait d’une importation dans l’empire romain et sa périphérie, le capitalisme est le fruit de ce qui est devenu depuis la « chrétienté », puis l’occident. Né dans les pays protestants, cette idéologie fut théorisée d’abord par des philosophes et des moralistes. Montesquieu vantait le « commerce sensé adoucir les mœurs et éviter les guerres », Adam Smith voulant penser les relations humaines parlait du soin porté à l’intérêt personnel créant de l’intérêt général. Pour ces penseurs, c’est le « Marché » qui fait tourner le monde, les civilisations étant animées par l’échange et le commerce, c’est la création de ce que l’on appel « homo-économicus ». Comme le dit Karl Polanyi, cette idéologie va agir sur les études et la connaissance comme une sorte de nappe aqueuse et gluante recouvrant les découvertes et la compréhension des hommes. Bien que les connaissances avancent, la croyance de l’Homme naturellement commerçant persiste. A l’instar du christianisme et de son petit frère, l’islam, avec une foi certainement sincère, l’idéologie capitaliste se prétend, également réalité universelle du monde et vérité de l’ordre naturelle de l’existence dans ce que, toujours Karl Polanyi, appelait « le déterminisme économique ». L’humanité, et plus encore, le monde, la nature, l’espace tournent autour du marché et toute existence y est déterminée. De même, le temps forme soit une droite croissant au fur et à mesure qu’elle avance, ou une courbe montante sans jamais dévier. Pourtant, bizarrement, cette « prétendu réalité humaine » dut affronter des situations humaines qu’il fallait « réformer » ou « libérer ». Cette idéologie sera un moteur révolutionnaire, renversant un ancien ordre féodal ou issu de la féodalité pour faire rentrer les commerçants et les bourgeois dans le monde des décideurs.

   En Europe, alors que l’ordre ancien était basé sur la noblesse issue de la guerre et sur la religion, le commerce vint s’ajouter pour former une sorte de triumvirat. La société est ainsi bouleversée de gré ou de force, pour l’intérêt de cet ordre nouveau, par les lois décloisonnant les activités professionnelles. Le fait historique le plus remarquable, que l’on peu qualifié de genèse du capitalisme est le mouvement des enclosures, commençant au XIIe siècle, mais accélérant aux XIVème et XVème siècles. Ce mouvement de réformes visait à transformer les communaux, c'est-à-dire les pâturages communs, sans propriétaires, en propriétés privées. En France, la loi Le Chapelier en 1789 met fin au système des corporations et donne naissance au prolétariat. Les sujets, artisans, paysans etc., autrefois professionnellement stable, se retrouve de ce point de vue précarisé. Au cour du XIXe siècle, la révolution industrielle, la ville, centres du pouvoir et du commerce, se trouve avoir besoin de main d’œuvre, alors que le peuple précarisé par la loi le Chapelier devait remédier à sa nouvelle situation. C’est ainsi que commencèrent les grandes vagues d’immigrations, l’exode rural, et entre les pays européens. Puis, la colonisation, il s’agissait d’exporter le « progrès et la civilisation » chez les peuples qui ne connaissaient pas la « modernité ». Il s’agissait pour eux de déstructurer aussi leurs sociétés et leurs sens de l’existence, créé le vide pour le combler par la « modernité », c'est-à-dire le capitalisme. Parfois, dans certains cas, ce n’est pas la colonisation militaire ou politique qui s’en occupe, mais un coup d’état mené par des autochtones formés (ou déformés) par une idéologie de révolutionnaire de modernité. Ceux-ci mènent une vraie politique d’autodestruction culturelle et morale, afin de consacrer la sacro-sainte « modernité ».

   Capitalisme et modernité sont deux termes très proches, quasiment synonyme. En effet, les deux sont nés en même temps, au moment ou les intellectuels attaquaient la morale d’alors pour la substituer à leur vision des choses qu’ils voulaient en rupture. La morale moderniste se veut émanciper de la morale traditionnelle, religieuse et sociale. Elle surpasse les barrières psychologiques, au nom de sa supériorité technique et son efficacité. La morale moderniste est intimement liée au résultat, la capacité à battre des records de vitesse, surpasser les barrages naturels ou grossir la production. En opposition avec les sociétés traditionnelles, que le modernisme veut écraser, par la performance et le record, elle semble ainsi intimement liées à l’ostentation, les capacités techniques sont montrées et diffusés. Cela aussi bien concernant les techniques que l’activité économique, il faut également irradier la société de ce que l’on appel « signes extérieur de richesse » et par là imposer une sorte de pouvoir moral et mental sur les autres. Dans une vision de la société ou l’égoïsme créé du bien collectif et la concurrence du bienfait protégeant la société des « profiteurs » et autres « escrocs oisifs », le cynisme se trouve conforté comme valeur de respectabilité, confondu avec intelligence. Les idéologues théorisant sur un équilibre social pur et parfait, en théorie, qui semblent ne pas avoir d’existence ni sociale, ni naturelles. Chacun des membres de la société étant encouragés à ne consacrer leur existence qu’à leur propre intérêt, cet intérêt n’est pas dans l’éventuel maintien d’un équilibre, mais d’un basculement en leur faveur ! La morale est d’être parvenue à ses fins, qui justifient dans tout les cas les moyens. Il est souvent opposé au capitalisme, le communisme ou autre marxisme. Si Marx a laissé une œuvre importante en matière de sociologie, à propos du capitalisme du XIXème siècle en Angleterre, il n’en demeure pas moins un adepte du modernisme, qui reprenait à son compte « l’œuvre civilisatrice », une vision déterministe d’une humanité unique et centré sur l’économie, aussi à l’écart de la société, et l’homme nouveau avec l’efficacité comme moralité. La nuance principale étant que pour le capitaliste, le moteur du monde moderniste, c’est le capital, l’argent, alors que pour Marx, c’est le travail, l’activité. Il s’agit là davantage de nuance, que de vraies oppositions et différences.

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