langue scientifique ou langues de bois?

Publié le par 問道

   Nous entendons souvent, des expressions telles que « langue scientifique », à propos des langues anglaise ou française. L’arabe est la langue du Coran, la langue sacrée, le latin et le grec les langues du savoir à l’époque médiéval. Ces expressions, ces simples mots, répétés à longueur de temps et de discours, sont considérés comme la plupart des humains comme des évidences, des vérités naturelles. S’il est vrai que l’arabe est la langue du Coran, la langue sacrée du point de vue musulman, faisant de l’islam un puissant instrument de génocide culturel, via la conversion des peuples colonisés par les arabes, qu’en est-il des deux autres exemples ? L’anglais et le français sont des « langues scientifiques ». Ce que ne sont ni le Khmer et son riche vocabulaire pour nommer les différents types d’eaux, ni les langues des peuples du grand nord, et leur aussi riche vocabulaire pour désigner les différentes variétés de neige. De même, les langues des peuples du désert, riche en termes astronomiques, les peuples des forêts pour parler des plantes et des herbes... Elles ne sont pas reconnues comme « scientifiques ». Le point commun de ces deux langues « scientifique », c’est qu’elles sont celles des deux grands empires coloniaux de l’ère technique, le XIXème et XXème siècle. C’est l’impérialisme et les rapports de force qui en font les langues principales exprimant l’ère du temps. Les peuples qui ont eu à souffrir de ces agressions finissent par croire ces discours. Je discutais un jour avec un jeune scientifique chinois me jurant que la science est une invention occidentale, alors que je soutenais l’idée que toutes les civilisations pratiquaient la science, mais l’exprimant avec leurs langages, à leur façon. Concernant le grec et le latin, il est à noter que les premiers rois barbares, étaient aussi officiers de l’armée romaine. Clovis a été enterré avec ses insignes d’officier romain. Le prestige de l’empire romain, qui s’était entre-temps déplacé dans le monde hellénophone faisait leur prestige et donc leur pouvoir.

   Une chose qui semble toujours d’actualité, depuis les temps féodaux jusqu’à aujourd’hui, c’est le rôle politique que joue le savoir, et plus particulièrement le « langage du savoir ». Il est cependant important que les élites aient une formation culturelle et intellectuelle forte, pour voir plus loin que les autres, même si ce n’est pas suffisant. Il ne s’agit pas de prêcher l’ignorance, ou une fin de l’étude, mais de parler de l’usage de la langue du savoir à but de domination. Il est naturel qu’une personne détenant réellement un savoir, une pensée, construisant un paradigme, emploi une langue de savoir, pleine de sens. Mais ce n’est pas le cas de tout ceux qui parlent, il arrive bien souvent qu’en fait, il ne s’agit que de « novlangue » idéologique, de coquille vide : la langue de bois. Dans le monde Abrahamique, l’usage de la langue du culte a servit ou sert encore, de langue du pouvoir. En occident chrétien, parler le latin signifiait être détenteur du savoir, donc dominer les gueux, subjugué et prompt à confier son destin au discoureur. En islam, c’est l’arabe qui joue ce rôle, et c’est encore le cas aujourd’hui. Dans ces cas, il ne s’agit pas de « savoir », mais d’idéologie avec lequel est endoctriné le petit homme. Le monde est ce qu’en dit le dogme, qui se fait passer pour « connaissance » et la légitimité du chef vient de sa maîtrise de l’idéologie. Il s’agit en fait de créer une illusion de savoir.

   Le langage du savoir, n’a jamais été autre chose que le langage du pouvoir, de la langue de bois. Il s’agit de parler de choses compliqués dans un jargon incompréhensible, pour transmettre le message « vous ne comprenez pas, pas de panique, moi je maîtrise, je suis donc légitime ». Plus la chose dont ils parlent est obscure, plus compliqué est leur langage, plus l’illusion du savoir s’accroit, plus leur prestige auprès des hommes grandit. Plus le langage technique s’accroit, moins le monde nous semble compréhensible, et plus les illusionnistes au langage du savoir nous paraissent indispensables. Dans mon cursus d’histoire, les professeurs disent aux étudiants : « le but de la rédaction d’un mémoire, c’est de rendre compréhensible et clair un sujet dont le lecteur ignore tout ». Ce n’est pas une « langue scientifique », ni une « langue de savoir », mais, un langage pédagogique. La pédagogie et l’étude serait le plus puissant des contre-pouvoirs politique, comme l’eau des taoïstes, patiemment, surement, de façon infinitésimale, use les fondations d’une domination. C’est peut-être aussi cela, l’utilité d’un tel langage : servir d’instrument de mesure de la stabilité d’un ordre établit et du pouvoir de ses chefs. Lorsque les hommes croient ce que disent les chefs, le pouvoir est stable et durable. Quand ils ne sont plus cru, mais moqués et méprisés, le pouvoir alors est remis en cause jusque ses fondations et n’a plus que la violence pour se maintenir. La violence, usage d’un pouvoir nerveux à l’idée de ne plus fasciner.

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Eugène 30/11/2010 09:46


Comme je ne savais pas où remettre mon message à ton intention sur le site de Fab N, il va bien ici, entre le savoir et le pouvoir.

Je ne suis pas, mais pas du tout, d'accord avec toi sur l'inutilité des théorisations et des abstractions que tu affirmes dans un de tes posts ci-dessous; ce qui fait que je comprends parfaitement
l'absence de réponse à:
Eugène le 25 novembre 2010
@ Winston Mac Clellan,

"l’écolo-ethnologie ou l’ethno-écologie existe-t-elle?

Je ne sais pas et je ne me suis pas posé la question sous cette forme, car il y a mieux de mon point de vue au sens où les deux sciences fondamentales de la culture ci-dessous ne nous ont pas
attendu pour se construire; la seule difficulté reste de les exemplifier, alors que çà ne pose pas trop de problème pour la glossologie et l’ergologie…
http://bcc.pagespro-orange.fr/Axiologie.htm
http://bcc.pagespro-orange.fr/Sociologie.htm

Réussir ne serait qu’atteindre l’idéal du job politique. Bon courage."

Pour simplifier, je veux te dire que sans carte et sans port, les marins ne sont sûrs d'aller nulle part. Ainsi de l'écologie qui rame à contre courant, et c'est aussi dramatiquement utile que
nécessaire et urgent, mais ce qui explique aussi qu'elle n'agit que marginalement contre toutes les attaques à la planète et ses habitants!


問道 30/11/2010 13:52



Pourqoi faire?