Langue de bois politique : la réforme

Publié le par 問道

Les réformes

 

   La réforme, c’est le travail d’un homme politique, surtout ceux de la fin du XXeme siècle et du début de XXIeme siècle. Quand l’on demande à un homme politique ce qu’il fait, il vous répond à longueur d’interview, de débats ou de discours officiels « je réforme ». Il faut réformer à tout pris, tout le temps, rejeter la conservation, tout doit bouger tout le temps. Un homme politique modèle d’intelligence et de sagesse, c’est une personne qui a mené de très importantes réformes, qui ont bouleversé la face du pays. Cette notion semble contradictoire avec la notion de « pragmatisme », plus conservatrice, mais, nous l’avons vue, le sens des mots dans le langage politique est particulier. Le réformateur, serait celui qui change la société non pas par une révolution violente, mais de façon plus soft. Les hommes politiques réforment donc, comme pour dire aux gens qui regardent la télévision, écoutent la radio ou lisent les journaux « nous travaillons, nous nous occupons de vous ». Ils réforment donc et c’est là tout… qu’est-ce qu’il y a derrière ce « on réforme », quels sont ces réformes, réformer quoi, pour quels objectifs, qu’est ce que ces réformes font perdre et qu’est ce qu’elles font gagner et, pour qui ? L’homme politique n’en dit pas plus, il reste muet, se contentant de dire « on réforme ». Qu’importe qu’il s’agisse de bonnes ou de mauvaises réformes, qu’elles soient nécessaires ou non, il faut réformer et « on réforme ». Il n’est donc plus question de juger la qualité d’un mandat sur la qualité de la politique mené, son bien fondé et ses résultats sur la société, mais sur le nombre de réformes prises, le culte de la quantité sur la qualité. Tout doit être réformé, même les bonnes mesures d’antan. En fait, que ce soit en dictature dure, où en démocratie occidentale, le chef de l’élite politique ne travail que pour ceux qui ont leurs oreilles et, ceux qui ont leurs oreilles, ce sont ceux qui représentent pour eux un intérêt, leur permettant de rester au pouvoir et éventuellement de l’accroitre. Le dictateur réforme pour le parti ou l’armée, pour sa cour aussi, l’homme politique pour ceux qui font l’opinion, qui possèdent les journaux, les chaines de télévision, les radios, les fournisseurs d’accès à l’internet, les éditeurs. Ce n’est pas de l’électeur ou du citoyen qu’un homme politique tiens son élection, mais de la façon dont les médias le présentent, dans un pays trop grand ou le prince est loin de tous. En fait, la réforme ne va que dans l’intérêt de son pouvoir et donc, de sa cour, mais en aucun cas dans le sens de l’intérêt général, des citoyens. Pour les socialistes scientifiques, il s’agissait de changer la société pour la rendre à la convenance du parti, réformer le peuple en URSS, en Chine, au Cambodge. Avec les capitalistes, il s’agit de réformer la société pour en faire une unité de production efficace d’un point de vue industrielle. Avec le Libéralisme, il faut réformer dans le sens de l’intérêt de la bourse, des différents actionnaires. Derrière le terme de « réforme », ne se cachent en fait que l’action politique d’une élite politique allant dans l’intérêt de cette élite politique, garder le pouvoir, et de ceux qui lui sont intimement liés, les élites économiques, variant selon leurs idéologies et leurs façons d’assouvir leur soif obsessionnelle de possession.

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