La religion

Publié le par 問道

   Une des choses qui anime les religions (monothéiste abrahamique, christianisme-islam, le judaïsme renonçant à judaïser tout le monde), est ce besoin d’unifier le monde entier sous la même doctrine. Elles se prétendent et s’autoproclament universelles, malgré les autres hommes. C’est ainsi que les royaumes et institutions des royaumes du Portugal et d’Espagne ont organisé un partage du monde : le traité de Tordesillas me 7 juin 1494. Sous le parrainage de l’Eglise romaine, les deux royaumes se sont partage de christianiser le monde. L’est de la limite tracée pour les Portugais, l’ouest pour les Espagnols[1]. Avec pour récompense et pour nourrir les machines à christianiser, la libre exploitation des denrées naturelles.

lu-xun.jpg   Ainsi, les Jésuites sont allés en Asie, et notamment en Chine, dans l’idée de christianiser ce vaste monde et ses si nombreuses âmes. Au XIXe siècle, devant l’échec de la christianisation, c’est sous la bannière de la religion « modernité » que l’occident fit son retour en Asie (les protestants du nord donnent l’impulsion à cette nouvelle croisade). Ces attaques furent un succès. Et l’on put voir que ce sont des autochtones éduqués par le système scolaire occidentales qui proclamèrent la supériorité de l’occident sur leurs civilisations. Il ne s’agit pas d’un phénomène passé. Les Eglises rivales de l’Eglise romaine ont pris la relève et usent de dollars, de techniques et de la puissance de l’Etat américain pour uniformiser le monde à leur convenance.

   Illich voyait, à son époque, de très nombreux industriels américains proposant « d’aider » l’Amérique latine. Ces propositions consistaient à la spécialisation des professeurs et des programmes, voir même, d’utiliser la télévision. Il est vrai qu’aux Etats-Unis, l’enseignement par un travail d’équipe de spécialistes, experts et techniciens était déjà largement accepté. Il s’agit de conditionner la marchandise « enseignement », dans un packaging séduisant. Une observation historique, faite par l’historien Arnold Toynbee à propos de la décadence d’une civilisation : il y apparait toujours une religion qui donne de l’espoir aux pauvres, mais qui sert en réalité les desseins de la caste guerrière. Il s’est toujours trouvé de très nombreuses sectes qui vendent de l’espoir aux marginalisés ou aux colonisés. L’école agit de même, mais son prophète est impersonnel et universel : les croyants auto-construisent leur sauveur.

Tiananmen Square protests   L’individu conforme aux canons du dogme est admiré et envié par les autres. Il est un exemple, un être d’élite. Ce fossé qui existe entre « être d’élite » et gens simple est plus profond encore en pays socialistes ou communistes. En effet, ceux qui sont diplômés par le système et en forment l’armé de cadres, jouissent de privilèges matériels auxquels n’ont pas accès le commun des mortels (four, télévision, voiture). Existe cependant des gens qui contestent cet ordre et ce système. Mais la société les méprise à cause du danger qu’ils représentent pour la société de consommation. Il existe aussi des critiques et contestations, mais du fait qu’elles sont le privilège de gens formatés et convaincus, elles demeurent superficielles.

   Il existe des hommes qui n’ont pas de contactes l’école. Mais ils baignent dans la propagande du « il faut des écoles, il en faut de plus en plus ». Des précepteurs payent ainsi pour construire des écoles et des démagogues[2] en vantent ses bienfaits. On fait passer celui qui n’est pas allé à l’école pour un inférieur. Pire, les enfants éduques par le système se mettent à mépriser leurs parents qui n’ont pas été scolarisés. C’est le même phénomène qui se passe avec la religion. L’on y fait baigner les esprits de propagande, des fonds sont trouvés pour construits églises, mosquées ou dispensaires, pendant que des beaux-parleurs vantent les bienfaits de leur doctrine. Les convertis se mettent ainsi à mépriser leurs parents ou ancêtres qui n’étaient pas « dans le droit chemin ».

Chine--la-r-volution-capitaliste.jpg   Le convertit singe le maître. Illich parle du « culte du cargo »[3]. C’est un phénomène observé dans le Pacifique sud : dans les années 1940, les autochtones voyant les chrétiens en cravate se faire livrer du ravitaillement pensaient qu’il suffisait de porter une cravate noire pour se faire livrer, en objets et denrées, par des cargos appelés Jésus. Les Etats et leurs élites du monde sont un petit peu comme ces hommes : ils croient qu’il suffit de copier les structures, idéologies et religions des occidentaux être comme eux (sans poser la question « pourquoi être comme eux ? ») L’école inspirée du système occidental permet d’instaurer dans les paradigmes les logiques de l’idéologie des occidentaux. Ainsi, cette idéologie sanctifie la concurrence entre les individus et les convertis y adhérent sans critique. En Chine communiste, un classement des universités est fait à Shanghai, mettant les institutions d’études supérieures en concurrence sur la base des résultats dans la course aux médailles et aux prix. Dans la logique des gens qui pensent un tel classement, le rôle d’une institution d’enseignement est de courir aux médailles et aux prix.

   L’enfant qui arrive à garder son esprit libre est plus difficile à formater. Il se rebelle et devient un « mauvais élève ». Pour Illich, il s’agit de se libérer l’esprit de l’Eglise de la scolarisation. La libération vis à vs de l’Eglise établit, inculquant la doctrine de l’ancien système de domination permit de s’affranchir de la monarchie. Beaucoup se fantasment révolutionnaires ou opposants, mais ils attendent qu’une institution les sauve (Etat de droit, Etat démocratique, école, tribunal indépendant, presse et médias, instances internationales). Ils n’ont d’autres idées que de réformer la machine à réprimer.

 Il s’agit d’affranchir le cœur de la société de consommation en s’affranchissant de l’école obligatoire. L’école sert à perpétuer et même, préparer le système de domination renouvelé. Ce système crée des besoins qu’il inculque aux futurs consommateurs.

   Certes, l’école n’a pas les armes à feu de l’Etat-nation ou de l’entreprise pour réprimer une révolte. Mais, il existe tout un arsenal répressif pour sanctionner l’absence des cours. Cet arsenal est remarquablement efficace devant des cas isolés, mais face à un mouvement de masse, il peut s‘avérer impuissant. C’est une question de choix : se soumettre à un ordre de plus en plus totalitaire.

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