La disvaleur

Publié le par Winston Morgan Mc Clellan

   Illich propose alors le terme de « disvaleur ». Ce terme désigne les mises en friche des cultures, des communaux, avec comme résultat le dépouillement du travail traditionnel de sa capacité à assurer la subsistance. Si le terme « valeur » est omniprésent dans le langage moderne, le terme « disvaleur » est inexistant ! Ce terme montre ainsi les homologies et contradictions entre les dégradations sociales et physiques : la productivité économique provoque la dévaluation du travail traditionnel. La « valeur » économique ne s’accumule qu’en raison de la dévastation préalable de la culture.

   Une disvaleur est invisible à deux conditions :

-          la croyance en une idée. Les catégories économiques peuvent évoquer le « bien » et non la « valeur ». Le bien est une chose définie par les croyances et le paradigme (ou weltanschauung)  local d’un groupe. Cette notion est ainsi liée à tout ce qui fait la vie locale des hommes.

-          La croyance aveugle en l’idéologie du progrès. L’idée que la « Convivialité »est le fait d’une économie primitive, ainsi qu’une espèce d’allergie à la tradition, une volonté de détruire le passer pour consacrer le « nouveau ».

   Pris dans ce tourbillon de croyances et de mythes aliénants, les paysans migrants sont tiraillés entre leur embrigadement par l’idéologie de la production et de la consommation (avec comme paradigme une nature marquée par la rareté), et l’emploi et l’argent hors de leur portée. S’opère alors une auto-dégradation, auto-rabaissement, auto-déchéance. Ce sont là les conditions favorisant la mise en place d’une économie monétarisée.

   Si pendant les 70 premières années du XXe siècle, l’idée de progrès semblait véridique, on assiste à un phénomène de concentration : une élite concentre ainsi les moyens de se protéger des disvaleurs qu’engendre le système moderne. Il y a aussi une colonisation mentale, que s’imposent les pays non occidentaux : les Etats se définissant comme « sous-développés » vivent à l’heure des « pays développés ». Rien n’y est décidé de façon souveraine, lesdites élites des « sous-développés » attendent de voir ce qui se décide au « Nord » (ou le jugement du « Nord »), pour ensuite copier. Voilà l’occident qui dicte la voie à suivre et les élites des autres pays qui suivent, tel un troupeau, sans avoir besoin de bureaux, d’administrations ou de forces armées occupantes. Ainsi, l’idéologie du progrès (économique) jette un voile de disvaleur sur l’activité traditionnelle échappant au contrôle de la monnaie, et façonnée en dehors de son contrôle.

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