La démocratie

Publié le par 問道

   J’y ai cru et je n’y crois plus. Même si j’avais une vision de la chose plutôt originale, vis-à-vis des autres démocrates, ce temps est révolu. Cela ne fait pas de moi un nouveau Chomsky ou un nouveau Mélanchon. Critiquer l’idéologie de l’adoption d’une démocratie à l’occidentale pour défendre des dictatures aussi spirituellement et moralement occidentales qui écrasent et détruisent des mondes non occidentaux ne m’intéresse pas et me semble même ridicule ! Manger de l’indigeste pain castriste ou l’infecte soupe du parti communiste en Chine n’est toujours pas à l’ordre du jour.

   J’exècre toujours, avec autant de force les dictatures, et je méprise toujours autant les malades mentaux, péripatéticiens moraux et autres brillants stratèges géopolitiques qui les admirent et les soutiennent. Ces gens mériteraient toujours, à mon idée, l’euthanasie de « phile ». Il ne s’agit donc aucunement d’un retournement de veste, pour rejoindre cette troupe d’indécents petits nains mentaux. Juste, donner le point de vue critique d’un homme indigné par l’arrogance occidental, fusse t’elle pavée de bonnes intentions, et par le complexe d’infériorité des gens culturellement et moralement dominés allant parfois jusqu’à la haine de soi.

 

-Pourquoi alors ce changement ?

    Quand j’entends les démocrates à la peau blanche, la démocratisation d’un pays et d’une société serait panacée. Hors, à écouter et lire soigneusement leurs discours, ils ne défendent pas la « demos cratie » en tant que « pouvoir du peuple », mais, l’adoption d’institutions occidentales. Des institutions qui, si elles sont démocratiques en théorie, à la lecture des théoriciens de l’époque moderne, ne le sont pas forcément. Qu’il s’agisse des institutions américaines, anglo-saxonnes ou françaises. Ces institutions n’ont jamais été au service des populations, mais des outils pour la révolution moderniste et son maintien. Une révolution moderniste qui n’a en fait été que le coup d’Etat de la classe marchande, contre la domination de la noblesse et de l’Eglise. Pour le petit peuple, elle n’a consisté qu’à les acculturer, les déraciner, les précariser et les exploiter. Alors l’on pourrait parler des libertés démocratiques accordées. Mais, force est de constater qu’une fois les autres castes dominantes avec qui les marchands devaient composer dans un premier temps : la noblesse et son pouvoir politique, l’Eglise et sa morale dominante, vaincu ou phagocyté, les libertés démocratiques n’existent qu’en principe. Ces libertés démocratiques ne valent que pour ceux qui savent s’en servir, ou qui ont l’ouïe du personnel de maintenance institutionnel.

 

   En fait, la cause démocrate, telle qu’elle est, de par son histoire et sa pensée, n’est que l’adoption par un Etat d’institutions occidentales devant dominer des sociétés non occidentales, et les forger à sa convenance. C’est une idéologie de colonialisme culturel. Le but est de « moderniser », pas de rendre libre ou paisible. La croyance générale est de croire que la « modernité » est une chose neutre. Rien n’est plus faux ! Elle a des théoriciens, des idéologues qui ont appartenu aux sociétés de leurs temps et qui ne sont pas universels. Et ils avaient des objectifs étroits, du fait même qu’ils définissaient un but à atteindre excluant toutes les autres possibles. En adoptant bêtement, sans les étudier sérieusement, ces gens et leurs messages, l’ont impose à sa propre weltanschauung le parasitage d’une autre qui lui est opposée et qui vise à la dominer. En effet, il semblerait que l’universel autoproclamé est contre toutes particularités et diversités. Parler honnêtement de « pouvoir du peuple » dans un pays en question, ça commencerait d’abord par désapprendre tout ce que l‘on a appris dans sa société moderne. Ensuite, apprendre à les connaître, au-delà des clichés. Puis, expérimenter leur weltanschauung, c'est-à-dire accepter de voir le monde comme eux, pour comprendre ce que c’est que d’être de ce peuple. Enfin, découlerait, peut-être, si l‘on est honnête et sincère, une définition plus profonde et respectueuse de ce « pouvoir au peuple » chez ces gens. Personne ne fait cet effort, peut-être quelques ethnologues.

 

   Pire encore, l’on déforme les individus de ces peuples, leur offrant un cursus universitaire dans les universités occidentales et ils en reviennent porteurs du virus. Et de retour, ils prêchent la grandeur du paradigme moderne, impressionnent par les récits et les images les exploits de ces dieux vivants que sont les hommes blancs. Leur discours titille le narcissisme des humains de ces peuples, leur façon de transgresser les vitales limites sociales et morales feint la puissance : ils impressionnent, paraissent l’égal de ces dieux. Leur est donné le pouvoir et leur paradigme particulier devient la culture dominante. L’homme de ces peuples devient complexé, inférieur. Qu’il vote ou qu’il ne vote pas, il est dans son esprit dominé. Lorsque l’ont adopte une idéologie, ou une religion étrangère, il se passe un phénomène d’autodénigrement, de haine de soi. L’on se reproche de ne pas être de la race du théoricien, du maître et, l’on cherche l’autodestruction du « soi » originale pour la consécration de la copie de « l’autre » qui nous subjugue et nous domine. C’est ainsi les auto-génocides culturels en Afrique du nord, pour l‘arabe et l’islam, et en Asie, pour la modernité. Dans cet objectif commun, dictatures et démocraties se rejoignent. Les dictatures communistes ou autres, en Asie, ont cherchés à détruire les sociétés asiatiques pour construire la modernité. Et tous se sont données comme référence l‘exemple occidentales. C’est à celui dont la capitale ressemblera le plus à New York… ou au fantasme qui entoure ce type de villes.

 

   Car, il ne faut pas être dupe. Si en occident, un Liu Xiaobo est célébré et considéré comme un grand dissident, ce n’est pas parce qu’il affronte courageusement le Parti Communiste Chinois ! C’est parce qu’il se prosterne moralement et intellectuellement devant l’occident, comme un musulman se prosterne cinq fois par jour vers la Mecque ! Mais dans le fond, en quoi son paradigme personnel diffère t-il de celui du Parti? Un Parti Communiste qui n’a d’autres objectifs que la construction d’une société moderne en Chine, de force plutôt que de gré. L’adhésion des intellectuels chinois du XXe siècle au communisme, n’étant pas dût au « communisme pour le communisme », mais parce que considéré comme « idéologie la plus moderne ». Dans cette voie, l’attitude des gens du Parti, aussi incultes et idiots qu’ils soient (bien que vicieux et malins) est plus réaliste et censé. Mao et ses compagnons de route avaient effectivement compris que jamais, les hommes, en groupe ou en société, ne se laisseraient déraciner volontairement. Seules la terreur et la violence pouvaient alors fonctionner dans cette entreprise. Les démocrates modernistes sont dupes et s’agitent pour rien. Leur paradigme et superstitions sont les mêmes que ceux de la dictature et jamais la société ne les suivront. A moins, qu’ils leur mentent… ce qu’ils font !

 

   Ils leur mentent, parce qu’ils leur font croire que la solution à tout leurs problèmes, c’est la démocratisation. Hors, dans leur langue, leur discours, le passage de la dictature à la démocratie, ne consiste qu’à un changement de procédure et de rituels. Au lieu d’organiser des réunions du Parti, ou des discours présidentiels fleuves, l’ont convoque le peuple dans des élections. Ce peut sembler louable et vraiment « pouvoir du peuple » ! Sauf que, dans cette voie, il s’agit de ne considérer un homme que comme un bras qui dépose un papier dans une boite. Il a été préalablement vidé de sa substance, son essence morale, spirituelle, sociale : spolié de son héritage culturel, de son originalité, de sa façon unique d’appréhender l’existence. Il voit le monde comme une vulgaire pièce de mécanique : « la machine à faire de la croissance économique ». Les discussions sans aucun sens, juste des experts qui parlent un langage incompréhensible pour ces humains, voilà la contenance d’un « débat démocratique ». Ils ne savent pas de quoi on leur parle. Juste, ils se font manipuler par les discours fascinants, promettant d’être l’égal du dominant, par l’adhésion à son paradigme. Mais, il ne s’agit que de devenir de simples copies, ou des ersatz. Qu’est ce qu’une démocratie d’hommes déracinés et acculturés ? Qu’est ce que la démocratie pour les Mapuches ?

 

Publié dans Rectifier les noms

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