L’école de la soumission

Publié le par 問道

Apprendre la vitale subordination

   D’après Ivan Illich, le système scolaire obligatoire endoctrine les élèves. En effet, il enseigne plus que des savoirs, un sentiment de dépendance vis-à-vis de l’institution et imprime dans son esprit l’idée que c’est un bienfait. A l’école, nous apprenons à confondre les valeurs comme l’éducation, avec l’institution elle-même. Ainsi, l’élève est incapable d’imaginer ces valeurs sans elle, en dehors de leur contrôle et donc, aux gens qui font les dites institutions et les contrôles. Toute la vie d’un homme n’est donc plus réduite à n’être qu’une simple question d’organisations et de crédits. Incapable d’imaginer son existence sans elles, l’esprit de l’élève est moulé au système en place et voit les choses de leur point de vue.

   Une institution n’est pas un organisme qui représente une valeur. C’est une organisation mise en place par la société (ou le pouvoir) pour rendre un service. Pour l’institution, les « valeurs » n’existent pas, il s’agit de jugements et de moralité purement humaine, permettant d’unir ou unifier un groupe. Les institutions ne sont que des machines permettant de rendre des services. Confondre « valeur » et « institution » revient à réduire les dites valeurs au rang de simples services, que l’on consomme. C’est ainsi que l’on confond « soin » et « hôpital », « vie communautaire » et « organismes sociaux », « sécurité » et « police » ou « armé ». Des organismes mis en place par le pouvoir, à qui l’on confie la société et sa personne (jusqu’au plus intime), avec une confiance aveugle, tout en étant persuadé de vivre démocratiquement.

   En politique, s’opposent deux camps : ceux qui veulent sauver les institutions en précarisant économiquement les habitants (les politiques de rigueurs) et ceux qui veulent continuer de mettre ceux-ci sous dépendance des organismes officiels. Ces derniers veulent approfondir l’enlisement dans les institutions et de créer plus de dépendance. Si les politiques de rigueurs peuvent sembler affaiblir les institutions, par des coupes budgétaires drastiques, il ne s’agit en aucun cas d’émanciper la société de l’Etat et des détenteurs du pouvoir. En effet, le système construisant méthodiquement la dépendance est maintenue et continue de fonctionner à plein régime. Ni l’enseignement, ni les autres aspects de la vie d’un homme, hors contrôle ne sont mis en lumières. Pendant que la droite française coupe les budgets des hôpitaux publics, la droite européenne vote des lois visant à éliminer les médecines traditionnelles hors système hospitalier. La rigueur bénéficie plutôt aux institutions privées.

   L’opposition à une telle politique vise à rendre les institutions encore plus présentes. Plus d’école, plus de police, plus de travailleurs sociaux, plus d’associations vantant les vertus de la participation au système. En dehors du système, point de salut. Illich emploi l’expression « d’enracinement plus profond des valeurs dans les institutions »[1]. Cela engendre une dépendance des hommes vis-à-vis des technocrates et administrateurs. Ceux-ci ont d’ailleurs confisqué les valeurs et le « réalisable » : rien ne peut-être fait sans qu’ils décident, à partir de leur champ de réflexion limité, de sa possibilité d’une chose. Ils exercent un monopole en matière d’imaginaire social. Confiance aveugle est faite vis-à-vis des institutions : se soigner en dehors de l’hôpital est « irresponsable », tout comme s’instruire en dehors de l’école.

   L’institution est une machine excluant. Nous avions vue dans « énergie et équité » que rendre incontournable une institution permet au pouvoir d’exclure qui bon lui semble[2]. Les Indiens des Andes, exploités et manipulés, du fait de leur manque d’année à l’école, sont exclus par le système tout en leur empêchant toute émancipation. Il s’agit de dépouiller les pauvres de toute autonomie, de toute liberté : créer de la dépendance et donc, du pouvoir accepté par le dominé, qui devient demandeur de domination du maître. Ainsi, dans les pays définis par le paradigme moderne comme étant comme « riches », des aides institutionnelles sont accordés aux pauvres, alors qu’elles sembleraient idiotes pour les modestes d’autres pays, autres systèmes, autres temps et autres sociétés. Il leur est empêché d’organiser leurs propres solidarités communautaires !

   Illich cherche alors le moyen d’émanciper les valeurs « éducation », de l’emprise et la confiscation des technocrates et autres « planificateurs d’avenir » . Il les accuse de « créer de la pauvreté ». En effet, alors que l’auteur défini la pauvreté comme étant l’impossibilité d’agir socialement, le système des institutions crée un sentiment d’impuissance. Les hommes sont écrasés par un sentiment d’accablement, et perdent toute volonté de se défendre. Il parle de « pauvreté modernisée », expression présente dans « énergie et équité » également. Celle-ci est codifiée, mesurée, définie par les technocrates, selon leurs critères. Ceux-ci, voyant tout de façon technique et institutionnel, voient forcément ces sujets dans la confusion « valeur=service ». L’on transforme alors les normes de la consommation qui servent à définir la pauvreté.

   Il est donné dans ce livre l’exemple de l’habitat au Mexique : traditionnellement, mourir dans sa maison de naissance, où l’on a passé sa vie était une chose absolument normale. C’est devenu, sous l’impulsion de la société de consommation, signe de pauvreté, ou alors, selon la maison, signe d’extrême richesse. La mort a été institutionnalisée, via l’hôpital et les pompes funèbres, alors qu’elle était auparavant du ressort de la solidarité familiale, ou de l’entourage. Dans le cas de l’école, Ivan Illich donne un exemple d’institution qu’il veut dévoiler au grand jour. Il cherche à dévoiler le « programme occulte de l’école » et ainsi, montrer ce que la société gagnerait à une déscolarisation.



[1] P. 12

[2] Energie et équité

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