Islam et modernité

Publié le par 問道

   Il est une question, sans réponse, qui taraude les esprits les plus brillants de France et peut-être même d’occident : l’islam et la modernité. « Pourquoi donc, l’islam n’a pas  passé le cap de la modernité, alors que sa civilisation médiévale était si lumineuse ? » Cette question, que j’entends depuis un certain temps maintenant, me faisait « tiquer ». Il est vrai que je ne comprenais pas ce que l’islam pouvait avoir de si lumineux pour ces gens. Je me disais « ils font de la diplomatie » ou encore « font leur intéressant avec des trucs exotiques ». Il ne m’était, jusqu’ici, jamais venu à l’idée, que ces gens pouvaient être sots ou obscures, ni que leur questionnement soit idiot.

 

   Cette question est en effet idiote. Après tout, la modernité n’est rien d’autre qu’une évolution des mentalités et de la culture dans l’actuelle occident, poussée par la monté en puissance des marchants. Ce n’est qu’une vision du monde parmi d’autres possibles qui appartient à un monde précis, et même à une caste précise, qui s’est imposée comme dominante. Il y a dans cette question que se posent touts ces brillants esprits une sorte de vision déterministe de l’histoire. Les mondes de l’univers ne devraient vivre qu’une seule et même histoire, une même évolution : celle de l’occident. Hors, il s’agit de sociétés différentes, visions du monde différentes, sens de l’existence différents : moult façon d’être des humains (ou inhumain dans le cas qui nous intéresse ici). Ainsi l’esprit occidental croit que l’univers est un patchwork de sociétés occidentales juxtaposées… preuve de la fausseté et de la folie de l’homme moderne : la modernité ne s’est imposée partout que par la force : les révolutions, les guerres, le colonialisme ou le totalitarisme.

 

   Un des piliers de ce vaste chantier, est l’idée que la civilisation de l’islam médiéval était brillante. Vous savez maintenant que cette idée me faisait tiquer, alors qu’aujourd’hui elle me fait rire. Il est vrai que je viens d’un peuple qui dans son histoire, sa tradition et sa mémoire, y a goûté à cette « si brillante civilisation ». Pour les Français en particulier, elle est « si brillante », parce que « elle nous a transmis les penseurs grecs qui étaient oubliés par la chrétienté ». Une idée qui est exagéré. Cependant, ce postulat a la force d’un lieu commun presque unanimement reconnue. C’est là le mystère de la « non modernisation du monde islamique », puisqu’ils y avaient les grecs ! Nous touchons alors là, un des pêchés mignons de l’homo-occidens : sa superficialité et sa négligence à l’égard des faits sociaux et culturels non académiques, échappant à la politique.

 

   Effectivement, pendant que l’Europe médiévale faisait sa mue, les milieux culturels syriens, perses et persans, ainsi qu’égyptiens, de culture grecque, traduisaient dans la langue du maître bédouin, l’arabe, leurs classiques. Mais, pendant qu’ils s’attelaient à cela, les sociétés, l’esprit des sociétés, étaient dominées par la pire des doctrines qu’ait enfanté le monde sémite : l’islam. S’imposant par la force, elle coupait les hommes de leurs milieux, leurs héritages et leurs rapports à l’existence, pour y imposer un dogme propre à la weltanschauung bédouin, structurée par un très sympathique individu. Imposer à des hommes la rupture avec ce qu’ils sont pour la remplacer par un système rigide clé en main : planter des sapins dans le désert.

 

   L’homme à l’esprit déraciné dépense toute son énergie dans la soumission au dogme et à défaut d’être créatif, use de zèle pour coller à la conception dominante. L’idéologie, la religion imposée, dominante, s’impose dans touts les aspects de la vie des hommes. Ceci aussi bien dans l’intimité de sa personne, que dans la vie avec les autres. L’islam casse les cultures vernaculaires des pays conquis pour leur imposer ses normes. A partir de là, que sont donc ces fameux « penseurs grecs » ? Ce sont des discours, autour de thèmes propre à leurs époques et leurs sociétés. Ils sont traduit dans la langue du pouvoir mais condamné, à terme, à ne plus être compris et leurs messages plus renouvelés. Ce ne sont plus que des taches d’encre, formant des lettres puis des mots, et enfin des phrases qui n’ont plus de sens. Juste des partitions de sons sans queue ni tête.

 

   Dans cette façon de raisonner les évolutions historiques, les occidentaux se condamnent à ne jamais rien comprendre de l’histoire et du monde. Ils négligent les hommes, leurs sociétés, mentalités et vécus pour ne s’intéresser qu’aux vieux textes et aux institutions. Cette négligence à l’égard des mondes vernaculaires s’exprime par cette façon de faire des cartes ou de vastes blocs colorés homogènes se juxtaposent, alors que les réalités sont plus complexes : cités emmurées, monde tribale, nomades, absence d’états unifiant ici où là… L’intellectuel occidental aime trop les vieux papiers couverts de mots et les empires. C’est son pêché mignon. Mais, une habitude qui tend au simplisme et rend idiot ainsi que dupe plus qu’autre chose. La question à poser serait de savoir d’où viens cette  habitude. Peut-être de ce besoin compulsif de classifier tout ce qui existe dans des catégories rigides et hermétiques. Une petite peur de ne pas maîtrise ou contrôler quelque chose ? Peut-être…

Publié dans Monothéisme

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