Formé à être libéral !

Publié le par 問道

   Il y a  encore quelques heures, en surfant, je suis tombé sur un blog ou l’auteur vantait la « pensée » utilitarisme et libérale. Il y écrit des textes très longs, sans se rendre compte qu’il écrit à vide, pour ne rien dire. En fait, il tourne en rond dans son bocal en se croyant libre d’explorer tout l’univers. L’utilitarisme est une personne qui a un rapport corrompu au monde et à l’existence. Il n’a pas de morale, juste des calcules, des objectifs et le culte de l’efficacité. Bien entendu, beaucoup de livres utilitaristes, très volumineux, des textes et articles ont été publiés. Mais ce ne sont que des textes, des mots et des phrases qui servent à mentir et à nous faire croire qu’il existe une morale utilitariste.

 

   Ces bouquins, dont la publication ne contribue qu’aux entreprises de déforestation, sont aussitôt contredits par l’application concrète des idées utilitaristes. L’ingénierie sociale et culturelle, pour fabriquer une société utilitariste donne des résultats très visibles, qu’il suffit d’accepter de voir, pour le voir. Mais, l’utilitariste ne veux pas le voir, enfermé qu’il est dans le dogmatisme débilitant de sa secte pervers. (En écrivant cette dernière phrase, je suis en train de me demander comment réagirait l’utilitariste en se voyant traité comme lui traite les autres. Tentez l’expérience de faire goûter aux méprisant ce que c’est que d’être méprisé)…

 

   Ces textes sont très désagréables à lire. Le style est typique du croyant, plein de foi, de superstitions et de cet aveuglement qui caractérise celui qui se laisse griser par l’illusion de la maîtrise. Je me dis alors « ouais bon, elle est banale cette pauvre brebis ». Puis, autre chose viens s’incruster dans la danse : « j’aurai pus y croire ! » Devant la lecture de ce texte, j’ai en effet pensé à ce qu’aurait pu être ma lecture si j’avais croisé ces textes aux heures les plus sombres de mon adolescence. J’y aurais cru, non pas parce que j‘étais un jeune garçon brillant, loin de là, mais parce que j’avais une activité cérébrale intense et que, j’étais immature et asses idiot pour gober ce qui pouvait me donner l’illusion d’être plus intelligent que ce que j’étais réellement.

 

   Le langage et la rhétorique libéral en général, utilitariste ou autre, est très séduisant pour un adolescent. On y parle de « liberté », de « progrès », de « grandeur », avec cette arrogance typique des gens qui essayent de voiler leur médiocrité. C’est l’un de ses points communs avec la rhétorique marxiste. Ces textes flattent le narcissisme de l’adolescent qui se cherche, qui a besoin d’avoir confiance en lui, jusqu’à le pousser à l’arrogance. Il se sent meilleurs que les autres, plus libre, plus malin, dans un microcosme scolaire humant la concurrence entre les élèves. Ce qui fait la force de ces mots, c’est la vanité du lecteur. L’on adhère aux idées, parce qu’impressionné par l’arrogance de l’auteur, on veut impressionner l’autre de la même façon.

 

   Outre les difficultés psychologiques de l’adolescent, il y a le système scolaire. Nous croyons naïvement que le système de l’école public nous transmet des savoirs, neutres et non orientés. Nous croyons que l’instruction, appelé audacieusement « éducation » nationale, nous protège du formatage par la transmission du « savoir ». En fait, c’est du formatage. Lorsque nous allons dans une institution d’enseignement, l’enseignement transmit n’est pas neutre. C’est surtout, en filigrane, le paradigme de l’idéologie à l’origine de l’institution en question, qui est transmis. Le premier ministre actuel de l’Inde, ancien étudiant dans les universités anglaises, raisonne en libéral britannique ! Léopold Cedar Senghor était un « bounty » (comme on dit en Afrique), Deng Xiaoping était quand à lui une banane!

 

   Dans les programmes scolaires en France, en classe de français, d’histoire géographie ou de philosophie, l’idéologie née entre le XVe et le XVIIIe siècle, est omniprésente et valorisée. Les temps médiévaux sont appelés « moyen âge », avec tout le sens péjoratif que ce terme nous inspire. Inversement, les idéologues à la base du paradigme dominant notre époque sont appelés « Lumières ». Ce sont eux que l’on nous inculque, pour nous faire adopter à leur paradigme et, nous finissons par nous croire sincèrement chanceux d’être dans la meilleure de sociétés possibles quand les autres sont si nulles. Si je m’étais contenté de ma formation académique, j’aurai adhéré aux thèses libérales, utilitaristes, ou inversement marxistes ou primairement socialistes, avec toute la force que peu produire ma puérilité d’adolescent.

 

   Mais, je suis devenu un adulte. Pas un adulte aboutit, loin de là (qui peut se prétendre être un homme aboutit est un bien pauvre homme). Mon parcours m’a fait autre que ce que j’aurai dut être du point de vue du système académique. Déjà, ce n’est pas l’instruction nationale qui m’a éduqué. Plus haut, j’ai différencié l’instruction et l’éducation en niant la mission éducatrice de l’école. Eduquer est bien la mission de l’école tel que la défini l’Etat moderne. Elle est là pour éduquer, c'est-à-dire forger notre morale et notre vision du monde et le sens de notre existence : formater. Me concernant, c’est ma famille qui m’a éduqué, me transmettant ce qui leur est resté de valeurs vernaculaires (après plus d’un siècle d’acculturation colonial). Un de mes amis est encore meilleur que moi ! L’école ne m’a qu’instruit, en partie.

   

   En partie, et je dois dire, pas la partie que je préfère. Arrivé à l’université, à la bibliothèque, à la rencontre de gens d’autres horizons, je me suis lancé dans une entreprise d’auto-instruction, à la découverte de ce qui ne nous est pas enseigné comme pensées, civilisations, paradigmes et weltanschauung. Des tas de « pensés rebelles » que je n’aurai jamais connu sans cette survivance de pensée vernaculaire que m’on transmit les parents. Celles-ci qui entrant en tension avec l’agression de l’éducation académique, m’ont mis mal à l’aise et poussé vers l’exploration. Grâce à ça, je me rends compte de certaines choses, et de l’imposture de certaines rhétoriques.

 

 9782213616292 9782213619545FS

A lire : œuvres complètes d’Ivan Illich, chez Fayard

Publié dans Anecdotes

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