Emprise du paradigme marchand:« la Raison [ø] »

Publié le par 問道

 

   En plein été, j’essaye de comprendre et décrypter le paradigme moderne. Bon, j’écris un truc qui ne sera certainement jamais publié en France, car trop virulent à l’égard de la religion officielle… voici quelques réflexions…

 

   La nature est vue au travers le prisme de « utile/inutile ». Descartes décrivait les animaux comme des machines, et la nature comme un ensemble mécanique. Les animaux sont des denrées ou des biens, à exploiter ou à consommer. De même pour la terre. Les races sont ainsi « améliorées ». Ici, « améliorer » dans le sens de la raison marchande, que l’on appel tout simplement « la Raison ». Les vaches donnent plus de viande, plus de lait, pour la production industrielle. Les catastrophes sont bonnes car les réparations et reconstructions créent de l’activité et de la croissance etc. Les communaux ne sont pas utiles dans ce sens, donc privatisés. Les plantes et les animaux sont classés en catégories et étudiés en fonction de ce qu’elles peuvent apporter en termes d’exploitation. Il en va de même des mœurs des hommes. La société doit être efficace, et seul l’utile a droit d’existence.

   « La Raison » est un mot pervers. L’usage de ce terme par les proclamés « lumières », sans le moindre adjectif qualificatif permet d’exclure toutes les autres raisons, de leur enlever toute légitimité voir même, de les ridiculiser. L’usage de « la Raison [ø] », permet d’affirmer qu’il n’existe qu’une seule façon d’être vraiment raisonnable, dans une raison unique, grandiose et universelle qui domine. Les autres, qualifiées (raison militaire, raison  agricole, raison sociale etc.) ne sont que partielles et donc en quelque sorte, minable. C’est un terme dictatorial, qui tiens les gens par la terreur : personne ne veut être « fou », ou « arriéré », « partiel », « partial » ou tout simplement « nul », tout le monde veut être raisonnable et universel ! Il adhère donc à « La Raison », et défend cette mythique et divine « Raison », y compris en s’agitant en prétendant vouloir vraiment s’opposer à l’ordre capitaliste et le pouvoir des marchands.

   Regardons les choses en face : « La Raison », ce n’est rien d’autre que la raison marchande ! Une simple raison particulière, d’une caste (ou classe) particulière, qui a compris l’intérêt d’effacer sa trace et sa particularité pour imposer ses normes et ses codes, ainsi que ses intérêts, comme dominants. En retirant le terme « marchand », ils font passer leur raison particulière comme la seule, et excluant ainsi les autres, qui gardent leur compléments, et passent ainsi pour « partiel ». La Raison est scientifique, elle compte, classe, catégorise tout ce qui existe, dans le « but de connaissance » dit le naïf scientifique formé à être la termite accumulatrice de renseignements… Dans « le but d’être exploité » dit « La Raison » ! Pour « La Raison » tout doit être utile et l‘inutile, l’inexploitable, soit disparaître, soit trouver une façon d’être exploitable... Mais utile à quoi ? L’homme qui vie avec le monde, connait le mot « inutile » dans la langue, mais dans son langage, utiliser ce terme à propos de la nature, ce peut lui sembler absolument incompréhensible.

   Cette pensée de la raison (non qualifiée donc), théorise et explique comment doit être la société. Ils l’expliquent dans un esprit de machiniste, qui écrit un livre sur « comment construire une machine qui fonctionne ». L’on fustige les ingénieurs sociaux, communistes, nazis, fascistes etc., mais on idolâtre certains, parce qu’ils seraient « lumineux ». Ainsi, un Adam Smith parle de « l’égoïsme créant de l’altruisme », justifiant ainsi ce qu’une société peut considérer comme un défaut et chose à éviter, par sa prétendue utilité. Sur l’exemple du traitement de la pauvreté, Jeremy Bentham préconise un traitement scientifique des pauvres. Il justifiait l’indigence, par son utilité pour arriver à la prospérité ! Les pauvres, en effet, son exploitable et peuvent travailler pour le « bien de la patrie ». Le « bien de la patrie », en voici un autre mot qui mérite d’être décodé.

   L’utile, c’est ce qui est exploitable, qui peut faire gagner de l’argent à l’exploitant. Ainsi, dans une société moderne, l’oisif, celui qui ne produit ni bien, ni nourriture, ni marchandise, et qui ne cherche pas à produire, est déconsidéré, insulté, qualifié de parasite. Ce type de qualificatif démontrant bien le caractère étroit de l’utilitarisme moderne, car il semble que dans la nature, rien, pas même les parasites, n’est inutile. C’est parce qu’il ne s’agit d’utilité que dans le paradigme marchand. Toutes les valeurs modernes, démocratiques, tout le langage positiviste, tournent autour du paradigme dominant. Et il est ancré, profondément ancré, via l’école obligatoire. Les « Lumières », c’est en fait l‘exclusion des valeurs des humains non marchands, pour l’exclusivité des valeurs de cette si particulière espèce. Sans remise en cause, jusqu’aux plus profond, le « brave new world » me semble inévitable.

Publié dans Modernité

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