Economie, modernité et disvaleur

Publié le par Winston Morgan Mc Clellan

Création de valeurs et dégradations

   Qu’est ce qu’alors la « création de valeur » du point de vue de l’économiste ? Cette caste jouie de quelques outils comme la « croissance » ou encore le « produit intérieur brut » / « produit national brut ». Définir la « croissance » en se fiant à l’économie est vain, faute de définition clair du concept. Ce mot semble n’être qu’un outil en plastique à l’usage du discours politique. En revanche, le « produit intérieur brut » et le « produit national brut », ont des définitions. Formellement, le produit intérieur brut est la somme des valeurs ajoutées brutes,  des emplois finaux de production de biens et de services, des rémunérations et des taxes. Le PIB se mesure en général par la production. On additionne les valeurs ajoutées sur la base des résultats des entreprises et des administrations.

   Le PIB est annexé à la quantité d’argent échangé, de marchandise quels quelles soient (biens et services). Le bien vivre d’une population n’est absolument pas prise en compte dans le calcule du PIB. En effet, le PIB ne calcule et ne peux pas dire si la vie des habitants d’un pays est agréable. Par exemple, manger le fruit de son travail autonome (manger des fruits et légumes frais de son jardin, les œufs de ses poules, ou la confiture du voisin) peut-être agréable au goût, mais n’est pas mesurable. En revanche, manger ce que l’on appel « junk-food », dans l’établissement d’une chaine de fastfood, payer son sandwich fabriqué à la chaine, dans des conditions douteuses, contribue à l’augmentation du PIB. De même, la solidarité ou la mise en commun d’une ressource ou d’un outil (par exemple, un puits) ne fait en rien progresser l’agrégat, à partir du moment où l’accès à l’eau est mise en commun et gratuite. En revanche, la confiscation de la denrée, par une personne morale ou physique, qui échange l’accès en échange d’un paiement, contribue au produit intérieur brut.

   André Gorz, un des penseurs les plus original et réellement brillant de son époque, donne un exemple encore plus édifiant : si des terres incultes sont distribuées à 100 000 familles qui y produisent leur subsistance, vivent en communautés solidaires, pratiquent le troc de produits et de services, leur apport au PIB est nul. En revanche, si 100 fois moins de personnes expulsent ces 100 000 familles, exploitent les terres pour produire des marchandises (c'est-à-dire des produits destinés à être vendus), payant les ouvriers avec des salaires de misères, le PIB augmente. Cet agrégat ne peut mesurer que ce qui est mesurable, c'est-à-dire une quantité. Elle n’indique en aucun cas une qualité. Le mesurable, c’est la marchandise, le profit et le salariat. Ainsi, un Etat moderne, qui tire sa légitimité de sa rationalité économique, et de ses résultats, doit présenter des résultats annuels de PIB importants : permettre la « création de richesse » (comme on dit en langage économiciste). C’est ainsi les politiques dites de « modernisation ».

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