« Dieu » est il universel ?

Publié le par 問道

   Il n’y a rien de plus agaçant à mes oreilles que d’entendre parler de machins trucs universels, une bouche dégoulinante de monothéisme abrahamique. Dieu serait naturellement universel, vraiment partout et tout le monde en serait les créatures. Ce serait ainsi, le fameux ordre naturel de l’existence de l’univers. C’est un fait qui n’a ni histoire, et n’a jamais été construit. Même aujourd’hui, des gens qui ne savent pas ce que c’est, mais ont subis acculturation, totale ou partielle, en parlent.

 

   Quand on regarde l’histoire des apparitions et des prises de parole de Dieu, son champ d’action, son univers se trouve au sud de l’Asie mineur, à l’ouest de la Perse et à l’est de la Lybie. Puis, après le déplacement des Hébreux, d’Egypte vers l’actuelle Palestine, son territoire s’est encore réduit. A l’échelle de la planète, il ne s’agit que d’un point, un espace minuscule. Les autres hommes, à travers le monde, vivaient leur existence, à leur façon, dans leurs sens. Ce n’est pas qu’ils se fichaient de ce qu’il se passait dans cette étroite zone, c’est qu’ils ne se doutaient même pas que « des choses à portée universelle » se passaient là bas (à leur dépend). Pire encore, ils ne se doutaient même pas que cet endroit existait.

 

   Il n’y a pas d’autres apparitions, ailleurs dans le monde, pas même la trace de quelque chose d’équivalent ailleurs. « Dieu » est une chose absolument marginale dans la façon dont les hommes vivent leur existence et la conçoivent. C’est l’apôtre Paul qui a déclaré, décrété, l’universalité de Dieu. Les non chrétiens et non juifs ? Des gens qui l’ignorent, et il faut aller les mettre au courant ces pauvres imbéciles ! Jacques et Pierre ont aussi joué un rôle important. L’universalité de « Dieu » n’est donc pas dût à Dieu lui-même, mais a une décision d’hommes, construisant et structurant leur doctrine. Est-il possible de dissocier « Dieu » des doctrines qui parlent de lui ? Ca se fait. Mais, nous venons de voir que cette idée, n’a jamais existé en dehors des contrées ou on été construites les religions Abrahamiste : pas de Christianisme, pas de « Dieu » !

 

   Au départ, les romains opprimaient les chrétiens, le paganisme était la culture dominante. Le christianisme existait en tant que doctrine marginale, une « sous culture » en quelque sorte. C’est un fait militaire et politique qui allait changer le statut de cette doctrine : Constantin prenant le pouvoir, se convertit au christianisme, et place le « Dieu » au dessus de lui. Il encourage ainsi son extenssion au sein de l’empire et en fait la culture dominante, au détriment des autres. Le christianisme bénéficie alors des institutions de l’empire romain et de sa domination sur les autres peuples qui l’entourent. L’universalité de « Dieu » n’est pas le fait de « Dieu » lui-même, par son action ou son existence, mais par la politique.

 

   Nous l’avons vue, lors de la dislocation de l’empire, les rois barbares étaient officiers de l’armée romaine, qui leur avait sous-traité la protection des frontières de l’empire. Les peuples étaient cependant, encore païens. Les conversions ne se sont pas faites naturellement ou spontanément, c’est un long travail de phagocytose qui s’est opéré. Au départ, le Christianisme accepte de coexister avec la culture païenne, le temps que les élites se convertissent et que le rapport de force entre culture ancienne et Christianisme s’inverse. Elle colle aux traditions et fêtes païennes, les accompagnes, habitue la société à sa présence. Puis, une fois la position de la doctrine installée, on rase, convertis de gré ou de force, condamne toutes les traditions non absorbables par la nouvelle idéologie dominante. C’est ainsi que le christianisme a tué les cultures, et donc les peuples, vivant alors sur les terres de l’actuelle occident. Il s’agit dans ce cas d’autochtones cherchant à convertir les siens. Quand il s’agit d’aller convertir les autres races, on ne s’embarrasse pas de tant de précautions : on massacre et écrase, déporte…

 

   Les conversions chez d’autres peuples sont le fait d’un autre processus. Comme le dit le grand Claude Levi-Strauss : « On commencera par remarquer que cette adhésion au genre de vie occidental, ou à certains de ses aspects, est loin d’être aussi spontanée que les Occidentaux aimeraient le croire. Elle résulte moins d’une décision libre que d’une absence de choix. La civilisation occidentale a établi ses soldats, ses comptoirs, ses plantations et ses missionnaires dans le monde entier; elle est, directement ou indirectement, intervenue dans la vie des populations de couleur; elle a bouleversé de font en comble leur mode traditionnel d’existence, soit en imposant le sien, soit en instaurant des conditions qui engendraient l’effondrement des cadres existants sans les remplacer par autre chose. Les peuples subjugués ou désorganisés ne pouvaient donc qu’accepter les solutions de remplacement qu’on leur offrait ».

 

   C’est ainsi les Chrétiens d’Asie ou d’Inde, en Afrique… l’ambition des Américains étaient et est toujours semble t-il, de faire de l’Asie, une terre « américainement » démocratique, capitaliste et Chrétienne. Le Parti Communiste en Chine, en échange de l’allégeance (temporaire, comme toujours dans l’histoire) des Eglises évangéliques d’origine Américaine, soutien la construction d’Eglise et la diffusion de Bibles. Celle-ci acceptant l’allégeance, en attendant de devenir la culture dominante. En Corée du sud, les chrétiens agressent les Coréens « authentiquement Coréens », pour les convertir. A Taïwan, ils sont très présents au sein des élites politiques. Au Japon, aller se marier à l’Eglise en robe blanche à l’occidentale est appelé « mariage normal ». Quel est donc l’ambition de cet évangélisme, si ce n’est de faire des cultures et civilisations, ce qu’elles ont fait aux civilisations et cultures dites « barbares ». En attendant que les Chrétiens au yeux bridés, dans une culture Chrétienne en Asie, appellent les Asiatiques actuels, leurs ancêtres, Hans, Viets, Khmers, Laos, Japonais, Coréens, et tout les peuples sans nationalités vivant sur ce continent : « barbares ».

 

   « Dieu » n’est donc qu’une idée marginale dans l’humanité et ses histoires, dont l’universalité n’est que décision d’idéologue et actions politique et militaire !

Publié dans Monothéisme

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Eugène 17/12/2010 21:57


http://www.editionsdupromontoire.com/livre-dieu-homme.html


Eugène 10/12/2010 09:49


L'universel s'oppose à singulier (comme chez les paranoïaques relativement aux schizophrènes qui poussent ce petit jeu à donf du fait d'une abolition ou d'une fusion ds la faculté de la distinction
entre un "soi" et autrui).

Si au contraire 'universel' peut être confondu avec 'général' dans les 'lois' des sciences dures, il n'en va plus de même en sciences humaines qd elles cherchent les lois générales qui nous font
humains.

Petite précision pour défriser le 'catholicon'

A+


Eugène 04/12/2010 10:45


Le lien ci-dessous ds mes messages (Adrien Morel)? l'auteur montre que dieu n'est jamais que la projection anthropologique de nos propres facultés, mais dans leur part la plus cachée dont on
ignorait à peu près tout jusqu' à l'avènement de ces sciences humaines qui permettent:
1-d'expliciter les aphasies,
2-de découvrir des pathologies dites atechnies sur la base d'un modèle théorique analogue, mais rendant compte au passage de notre faculté de faire,
3 et 4 elaborer des modèles théoriques (sociologie et axiologie dialectiques), toujours analogues, mais plus clairs que ce que la psychanalyse et divers sciences avaient pu imaginer pour rendre
compte de notre historicité et de la faculté d'autolimitation de nos désirs-envies, comme leurs divers pathologies.

Au passage c'est jusqu'à l'idée de science qui elle même se trouve modifiée du fait d'être cette fois confrontée à des modèles théoriques avec leurs propres procédures de vérification-falsification
qui n'ont plus rien à voir avec les mathématiques (ce serait comme vouloir vérifier la théorie de la relativité dans la mécanique newtonienne).

Cet autre lien te montre en résumé le boulversement réorganisation épistémologique auquel tout celà donne lieu:
http://bcc.pagespro-orange.fr/idxmed.htm

Enfin, concernant les sciences humaines en général, ce qu'aucun chercheur en science humaines voire en philosophie ne pourra plus ignorer:

http://leportique.revues.org/index1563.html


問道 04/12/2010 14:45



deux très bons liens!!! Le premier est un peu technique, mais le second est plus pédagogue!



Bruno 04/12/2010 10:13


Heureusement qu'il y a aussi Deus sive Natura - non ?


問道 04/12/2010 14:39



Entre autre! Il me semble que la diversité est une règle de la nature, et uniformiser les hommes, que ce soit religieusement ou idéologiquement (capitalisme et communisme etc.) est aussi
dangereux et lié aux problèmes écologiques!