Démocratie substantive

Publié le par Winston Morgan Mc Clellan

   « Pouvoir du peuple », mais sans le peuple, puisque les institutions centralisées (y compris en état fédéral) prime sur les aspirations, souvent antinomiques, des populations. La démocratie, dans le sens substantif, est radicalement étrangère aux théories et à la démocratie formelle. Dans son livre « la nature humain : une illusion occidentale », Marshall Sahlin conclut son ouvrage par l’idée que « la culture est la nature humaine ». En effet, depuis que les hommes ont commencé à se mettre en groupes, ils ont au fur et à mesure construit des formes sociales, des rituels, des techniques, des symboles, des croyances, ainsi que des goûts et des valeurs. Les cultures du monde sont plus anciennes que l’homo-sapiens ! La vie de groupe n’est pas chose facile, il y a des contradictions, des conflits et des mésententes, parfois des haines. Mais les sociétés ont perduré, car elles ont canalisé les haines et codifié les rapports sociaux pour construire la paix commune.

   L’anthropologie, et notamment Claude levi Strauss, semble montrer que la taille optimum d’une société vivable et durable de façon autonome, ne dépasse pas les 300 personnes. Au-delà, il y a masse critique et se ressent le besoin de former des institutions, qui croissent et menacent les hommes. Une société tribale exige la participation de toutes les familles, afin de prendre la meilleur décision possible, c'est-à-dire celle acceptée par tous. Les sociétés plus petites font participer tout les hommes, en fonction de leurs lois, traditions, organisations et besoins. Ainsi, les rapports sont plus directs, francs. Les problèmes sont à portée des hommes. C’est ainsi qu’un individu original, se fait tout de suite remarquer, il a un impact sur ses comparses. Ce n’est pas une société ou l’on se parle par médias interposé, mais où l’on se parle en se regardant les yeux dans les yeux.

   Ivan Illich parle de société vernaculaire. En latin, « vernaculum » désigne ce qu’une maison s’est procurée par ses propres moyens, par opposition à ce que l’on se procure par l‘échange. Une société vernaculaire, est composée de deux sous-ensembles genrés et complémentaires. Ainsi, contrairement à une société moderne, une société vernaculaire n’échange que pour se procurer ce qui lui manque, alors qu’une la société moderne échange pour échanger. C’est la solidarité qui anime cette société et non les rapports marchands.  La doxa moderne, prétend qu’une telle société est figée, mais en fait, il n’en est rien. Farouche pour défendre ses traditions contre l’agression du « véhiculaire » (pouvoir impérieux), de telles sociétés changent pourtant, mais ce sont des changements endogènes, et non dictées par un pouvoir qui lui est extérieur. Elle prend son temps à changer, préservant ainsi ses membres de la misère et de l’exclusion. L’apport étranger est forgé et adapté à la mesure du groupe[1].

   C’est une démocratie durable et solide. Ce peut sembler un paradoxe, dans la mesure où les institutions ne sont pas importantes, ni très présentes, mais c’est cette faiblesse des institutions qui la rend plus vigoureuse. Majid Rahnema explique que la vie du groupe est animée par la volonté de chacun de vivre ensemble. Les liens y sont humains, et non juridiques ou institutionnels. Il cite André Gorz qui parle d’un lien vécu, existentiel, qui perd de sa qualité communautaire aussitôt institutionnalisé. Les hommes y sont puissants car ils ont les moyens d’agir sur leur vie. Elle est plus raisonnable et « efficace » car elle prend son temps, rien ne la presse.



[1] Le Bouddhisme en Asie et notamment en Chine est un fort emblématique exemple

Publié dans Rectifier les noms

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