Démocratie formelle et pouvoir du peuple

Publié le par Winston Morgan Mc Clellan

   Dans cette ère marquée par la communication, tout le monde parle pour « tout dire » et « ne rien dire ». Certains mots, connotés comme positifs dans le paradigme dominant, enseignés et finalement partagés, sont sur-utilisés. De même, ceux à connotations négatifs sont également sur-utilisés, comme autant de flèches lancées sur l’ennemi. Sur-utilisé, le langage semble être une terre surexploitée, à force d’engrais chimiques, de culture intensive, perdant de sa vitalité et ne produisant que par le dopage de la terre aux produits chimiques (monsentage ?).

   A propos de l’«économie », Karl Polanyi explique que ce terme recouvre deux usages et donc deux sens absolument opposés : le sens formel et le sens substantif. Economie vient du grec « oikos » (qui signifie maison) et « nomos » (règle, usage, loi), les biens sont faits pour les besoins de la maison. L’usage substantif du terme désigne la dépendance d’un homme vis-à-vis de la nature pour satisfaire ses besoins matériels, dans une société « enchâssée » (c'est-à-dire ou les différents aspects de la vie sociale sont liés). L’usage formel est un usage idéologique : basé sur le postulat de la rareté (qui justifie qu’il faille produire et consommer), avec un marché autorégulateur, faisant vivre le système.

   Les disciples d’Ivan Illich parlent de « mot plastique ». Ce terme est dû au linguiste allemand Uwe Porsken, repris par Gilbert Rist et Serge Latouche notamment. Un mot plastique est un terme qui trouve son origine dans la langue courante, possédant un sens clair, pour ensuite être utilisé par la langue savante, et enfin, faire son entrée dans la langue des technocrates, dans un sens si extensif qu’il ne veut plus rien dire d’autre que le sens que lui octroie son utilisateur. C’est une sorte d’escroquerie linguistique, ou morale : l’on dit aux gens un mot qu’ils comprennent dans leur sens, alors qu’on emploie le terme pour  exprimer d’autres objectifs. D’autres comme Georges Orwell, ou Viktor Kemplerer ont étudié l’idéologisation d’une langue.

   A longueur de médias et de discussion, on emploie le terme « démocratie ». Tout le monde est démocrate, même les dictateurs. Les Etats-Unis sont qualifiés de « plus grande démocratie du monde », de par son prestige, l’Inde est qualifiée de même de par son volume d’habitants. L’Europe est pour certains une démocratie fédérant des démocraties. L’actualité semble montrer que le terme « démocratie » est relatif : partout ou le projet de constitution européenne fut rejeté par référendum, le personnel des institutions démocratiques n’a jamais respecté le choix et passé le texte en force. Aux Etats-Unis, le travail d’un sénateur, député, gouverneur, secrétaire d’Etat ou président, est d’être à l’écoute des lobbys, représentant d’occultes intérêts économiques et idéologiques. En Inde enfin, le travail des élus est de dissoudre les sociétés traditionnelles pour faire du sous-continent une contrefaçon d’occident (c’est la trahison de Nehru). Le terme « démocratie » semble donc être dans certains cas un terme dont il faut se méfier.

Publié dans Rectifier les noms

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