Démocratie formelle

Publié le par Winston Morgan Mc Clellan

   La démocratie semble se généraliser dans le monde. Après la chute du mur de Berlin et la disparition de l’URSS, les anciens états communistes sous contrôle de l’empire soviétique, se démocratisent. De même, les dictatures fascistes d’Amérique latine, ainsi que quelques états africains, suivent dans la foulée. Seule la République populaire de Chine et ses vassaux, ainsi que les états arabo-islamiques, ne suivent pas. Ces Etats, sous l’impulsion de dissidents ou d’opposants, libéraux, adoptent les institutions et les principes issus du mouvement dit « les lumières » : séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, chef d’Etat, parlements. Dans le fonctionnement de ces institutions, la presse se diversifie et les titres se multiplient, le droit définit le fonctionnement de l’Etat et la vie nationale.

   Enfin la démocratie était consacrée ! Cependant, avec les ans, les populations semblent se sentir de moins en moins en démocratie. Le libéralisme et la mondialisation de l’économie, l’acculturation généralisée font que les peuples perçoivent que leur destin leur échappe. Les élites se ressemblent au point qu’à la tête des institutions internationales, se succèdent des directeurs généraux aux premiers secrétaires originaires de différentes nationalités, continent, sans que cela ne change quoi que ce soit au fonctionnement de la machine. Ces élites échappent à leurs sociétés et civilisations d’origine, ils appartiennent à une race à part : les experts (ou technocrates).

   Elles ne sont pas des dictatures, dans le sens classique du terme. Il n’y a pas de pouvoir personnel, d’abus de pouvoir et le droit est globalement respecté. Mais, la distance séparant les peuples de ces institutions dites démocratiques est de plus en plus étendue, les paradigmes sont contradictoires, et l’intérêt de l’institution l’emporte toujours… jusqu’à révolution. D’un point de vue de la théorie politique ou philosophique, telle que définie par les théories du mouvement de « lumières »,  il s’agit de démocratie. Mais, c’est une démocratie purement formelle et institutionnelle. André Gorz, que reprend Majid Rahnema, explique que les institutions finissent par développer leurs propres logiques et fonctionnement, elles deviennent autonomes de tout contrôle humain.

   Ceci à plus forte raison que la croyance aux vertus libérales fait que l’on « privatise la morale » (comme l’analyse Jean Claude Michea). Cette privatisation de la morale des dirigeants et des institutions, régnant sur une société habitée par des hommes moraux, fait qu’il semblerait qu’il ne peut qu’y avoir contradiction entre « peuple » et « dirigeants » ou « institutions ». Ainsi, quand la morale d’une société condamne la cupidité et l’esprit de lucre, les élites et la machine institutionnelle gouverne et légifère pour l’encourager. La machine institutionnelle se pose alors en totale contradiction avec ceux qu’elle gouverne.

Publié dans Rectifier les noms

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