Confusion et culte des « valeurs institutionalisés »

Publié le par 問道

   Ce n’est pas un phénomène nouveau, né avec la révolution française. Déjà, au temps de l’âge d’or de l’absolutisme, le jésuite Jean Denis Attiret tenait ces mots :

   « tout le pays qu’on trouve sur cette route est un asses mauvais pays, et quoique le voyage soit de six ou sept cents lieux, on y rencontre rien qui mérite l’attention, et l’on ne voit ni monuments, ni édifices, si ce n’est quelques miao[1]  ou temples d’idoles, qui sont des bâtiments de bois à rez-de-chaussée, dont toute la beauté et tout le prix consiste en quelques mauvaises peintures et quelques vernis fort grossiers. En vérité, quand on a vu ce que l’Italie et la France ont de monuments et d’édifices, on a plus que de l’indifférence et du mépris pour tout ce que l’on voit ailleurs.

   Il faut cependant, excepter le palais de l’empereur à Pékin, et ses maisons de plaisance ; car tout y est grand et véritablement beau, soit pour le dessin, soit pour l’exécution […] »


   Le jésuite y exprime ici son incapacité à observer et apprécier la modestie et la simplicité des gens du pays qu’il regarde. Il est incapable d’apprécier les subtilités des rapports entre les hommes et, porte un jugement universel, basé sur ce que fait son petit « monde » d’origine. Ce personnage, au regard grossier, était peintre, en plus d’être religieux ! Mais, il n’était pas vraiment un « artiste » : simple peintre de cour, peignant des portraits, scènes et paysages sur commande du pouvoir. Son travail était hyper-codifié par ce qu’il apprit dans les ateliers en pays de chrétienté. Ceci alors qu’un artiste est d’abord un esprit sensible et libre, capable de trouver beauté dans la plus insignifiante chose. Mais, ce n’est pas le sujet.

   Voici des mots plus récents :


  « Comme Margaret Thatcher, Maria-Antonetta Machiocchi, Alain Peyrefitte, Karl Marx, Jacques Chirac, un certain nombre de spécialistes de divers ministères occidentaux, et comme avant eux les jésuites. Tout ce monde ne nous parle pas de la Chine, mais seulement de son pouvoir. La déficience intellectuelle récemment identifiée sous le nom de raffarosarkozysme consiste à se laisser prendre à la supercherie confondant l’une et l’autre. »

 

   Ces mots sont de Francis Deron, mort en 2009, qui avait certes le défaut d’être français, mais la qualité d’aller à la rencontre des hommes. Il avait parfaitement cerné la façon dont les Français (et leurs cousins européens) appréhendaient un vaste pays, et le décalage avec les innombrables réalités sur place. Il est vrai que ceux-ci sont d’absolus béotiens en matière d’histoire du pays, et de la civilisation qui y existent. Cependant, ils en parlent, dans un langage tapissé d’éloges pour ce que le pouvoir du Parti communiste y fait. Tout ces gens évoqués dans cette citation n’en ont que faire des Chinois, et des autres hommes peuplant la planète. Ils se félicitent simplement de voir un pouvoir en place partager leurs superstitions et rentrer dans leur obscure secte. Deron qualifie, à juste titre, de « déficience intellectuelle », le fait de confondre le « pouvoir en place » et « pays »[2]. Cela reviendrait à confondre un corps avec le parasite qui le ronge. Plus de ténia, juste des gens dont le ténia est une partie intégrante suffisant à le définir.



[1] miào

[2]Soljenitsyne faisait le même reproche aux occidentaux dans « l’erreur de l’occident »

Publié dans Lacunes françaises

Commenter cet article