conclusion: le peuple ou les institutions?

Publié le par Winston Morgan Mc Clellan

   Démocratie formelle est un système représentatif organisé sur des bases purement théoriques. La démocratie substantive, désigne les structures et les stratégies des hommes, dans leur organisation sociale, afin de pérenniser et maintenir en vie leur existence. Cela, sans avoir besoin de théorie ou de techniciens. Les sources d’une démocratie substantive ne viennent ni d’idéologues ni d’intérêts institutionnels, mais de sources endogènes (mythes, traditions, situation, valeurs…).

   La démocratie formelle, technicienne, ne voit que « l’ordre », « l’efficacité ». Une vision très utilitariste qui fait de la société une machine à produire de la croissance économique. Celle-ci ne connaît qu’une seule forme, qu’une seule structure et se prête la vocation de légiférer sur le monde entier. De même que toutes les démocraties populaires furent organisées sur le même modèle, de la RDA jusqu’en Asie, les démocraties formelles s’organisent sur les mêmes institutions et principes. L’usage substantif appartient à la langue littéraire, elle désigne un principe, un concept, sans définition idéologique, stricte et figée. La démocratie substantielle est intimement liée aux cultures des peuples, ce sont eux qui organisent leur existence et qui y donnent sens.

   Alors que dans une démocratie substantive ou réelle, la morale est une chose partagée, qui est une sorte de construction commune, dans la démocratie formelle, elle est privatisée. C’est ainsi que la démocratie substantive s’impose des limites, l’organisation est faite par les hommes, alors que la démocratie formelle laisse les institutions souveraines. La démocratie formelle veut la démocratie avec les institutions mais sans les gens. La mondialisation montre que celles-ci s’entendent à merveille avec les dictatures, jusqu’au point de se ressembler. Ainsi, Londres est la ville la plus vidéo-surveillée du monde, la police française tabasse des manifestants et journalistes sur ordre de diplomates du parti communiste chinois etc.

   Concernant le langage, en démocratie substantive, les mots sont simples : on parle de « paix », de « guerre », de « solidarité », de « morale » ou encore de « bon »… en démocratie formelle, on parle de « stabilité », « d’intervention », « d’unité », de « droit » et « d’efficacité ». Pour la première, la société doit être vivable, pour le second, elle doit être « adaptée », ou elle doit « fonctionner ». Certains idéologues ou vedettes des vidéos internet critiquent la démocratie formelle, pour vanter les mérites de dictatures ou leaders étrangers divertissants. Dans une vision Tétris du monde, les peuples et leurs cultures n’ont aucune existence à leurs yeux. Le monde est un jeu de briques où des blocs s’opposent. Le Sahara est le lieu d’une guerre entre djihadistes et occidentaux,  et les Touaregs n’existent pas. L’Afrique, ce sont des Etats, jamais des Africains (seul Bernard Lugan, habitué des ondes de radio courtoisie, parle des Africains). Quand à la Chine, c’est le Parti Communiste, le Chinois, un insignifiant détail.

   Au contraire de ce que peu marteler Tina (there is no alternative), il existe beaucoup de possibilités. Les cultures ancestrales sont autant d’alternatives. Ivan Illich parlait d’une société conviviale, Orwell un socialisme basé sur la « common decency », le pôle de la décroissance, et notamment les analyses de Serge Latouche, le Swadeshi de Gandhi peut-être ressuscité… seul le monde sinisé semble à la traîne, ce qui est un paradoxe pour cet univers qui a pourtant tout pour passer le monde postmoderne en toute tranquillité. Il s’agit de ne pas avoir peur, de ne pas douter de ses capacités, de ses valeurs, de sa culture, ne pas se laisser impressionner par les experts et les spécialistes, dont la mission est de faire croire aux hommes qu’ils sont idiots. En ce sens, certains dissidents, tout prix Nobels qu’ils sont, ne valent pas mieux que leurs geôliers.

Publié dans Rectifier les noms

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