Conclusion

Publié le par 問道

   C’est un constat qui peut-être terrifiant, que fait Illich sur la société et sur l’école. L’école, qu’une élite éduquée nous présente comme un bienfait, ne serait en fait qu’une usine fabriquant de dociles sujets. Cette institution, sous couvert d’éducation généralisée pour tous, n’est qu’un instrument permettant d’assoir la domination de certains. Se forme dans l’esprit une sorte de fétichisme de l’institution, qui ne devient plus un instrument ou une organisation, mais la valeur elle-même. Devenu sacré, le détenteur des commandes des dites institutions, en deviennent quasiment divinisés. C’est néanmoins un système d’une extrême particularité : alors que dans d’autres systèmes, la soumission est produite à coup de coups et de répressions violentes, l’école produit la soumission volontaire. Elle apprend à rendre sa propre domination séduisante et souhaitable.

   Aussi, alors que l‘on prétend l’école permettant l’enseignement, la critique ou l’ouverture d’esprit, l’auteur de ce livre constate l’inverse : elle sert à confisquer le « savoir », en la codifiant et la rationalisant. S’opère une stricte séparation entre « ce qui mérite d’être enseigné », et ce qui est « négligeable ». Séparation qui s’opère par le pouvoir, selon les critères de ceux-ci. Elle sert donc à intérioriser les valeurs du dominant comme légitime, dans l’esprit de gens qui en ont d’autres (et qui deviennent ainsi illégitime ou inférieurs). Le savoir est attaché, isolé, emprisonné et confisqué. Le constat est là : l’école ne crée pas de l’intelligence ni de la liberté, mais du pouvoir. C’est une institution primordiale et centrale dans un ordre totalitarisant. Ceci explique ainsi son caractère obligatoire : personne ne doit y échapper.

   L’école uniformise également. Par les « aides à l’éducation », c’est une globalisation de la société de consommation et du pouvoir de ses élites à l’échelle planétaire qui est mis en place. En dehors des détails liés à l’intendance, les structures et la pensée de la scolarité est la même chez touts les Etats modernes : fermé, avec enseignement réduit et codifiés, obligatoire. A l’échelle d’un pays occidental, ce système permet de construire une société de caste, ou les mieux formatés dominent les « inadaptés ». Preuve qu’il ne s’agi pas de rationalisme économique, mais d’une question de pouvoir, le système dépense et gaspille de plus en plus d’argent pour entretenir ce système qui :

-ne fonctionne pas, du point de vue de l’enseignement

-fonctionne à merveille, du point de vue de son but obscur : maintenir la domination d’une élite sur le reste.

A l’échelle mondiale, elle permet au peuple fondateur de l’idéologie « modernité » (les occidentaux) de dominer les autres : imposer ses normes et les faire adopter comme normalité universelle. Mais aussi d’instaurer dans les esprits l’image d’une race et d’une culture seigneuriale ou divine qu’il faut copier pour s’élever.

   Ne voulant proposer une alternative précise, et ainsi, éviter de ressembler à ce qu’il condamne, Illich propose des voies, plutôt qu’un système. Dans sa pensée, toute la vie d’un homme peut-être source d’enseignement et sujet d’étude : la vie en société, la découverte de la nature, l’apprentissage des savoirs et des savoir-faire. C’est un enseignement libre de contraintes administratives et de clichés. Il parle de libérer les sources d’études, livres ou objets, les équipements, mais aussi libérer le droit de réunion des confiscations par les institutions de pouvoir. Ses solutions élargissent le champ des existences possibles et des expériences de vie. Plus qu’une simple critique d’une institution mal en point, c’est une authentique critique d’une société crypto-totalitaire. Une lecture qui illustrant à merveille la réalité du monde dans lequel nous vivons : digne des plus célèbres romans de dystopies : « 1984 » de Georges Orwell, le « meilleur des mondes » de Aldous Huxley.

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