Conclusion

Publié le par 問道

   L’esprit totalitaire conforte les Français dans une arrogance confortable. Ca donne l’impression d’être intelligent, l’illusion d’être brillant. Le narcissisme est flatté, surtout quand ceci permet de dominer la masse d’hommes non modernisés (ou si peu) qui assument leurs limites et les respectent. Le plaisir narcissique ne semblant n’être qu’un velouté de rustres se cachant sous une croute de civilisation (les anglais sont aussi un bel exemple en la matière). Le fondamental est trop subtil pour être vu : dans leur esprit cartésien, rationaliste, scientifique, ils cumulent les connaissances d’une chose et seulement du dit sujet d’étude. Les finesses leur échappent, comme les délicates attaches qui relient chaque chose de l’existence. Daseitz Deitaro Suzuki résumait cette mentalité en ces termes :

   « analytique, discriminatif, inductif, scientifique, il aime à généraliser, à élaborer des concepts, des lois, à organiser. Il se veut schématique, impersonnel. Il est dominateur, toujours disposé à affirmer son importance, à imposer sa volonté à autrui »[1]

   L’identité française est arrogante et totalitaire. Cela ne veut pas dire que l’habitant du défunt royaume de France, puis de la République, sont naturellement arrogants et totalitaires. La France n’est rien d’autre qu’une construction militaire, politique et bureaucratique. Ancienne, certes, mais elle n’est pas dans la nature. Les identités occitanes, auvergnats, bretonnes, basques, catalane etc, sont aussi légitimes et me semble plus fines et profondément ancrées. Elles ne sont pas constitutives de l’identité française cependant : celle-ci s’est construite sur la répression des identités citées plus haut, par le centre de l’univers : Paris. Leur enracinement local, sur des territoires plus modestes, semblent être gages de plus de finesse, d’humanité et d’humilité.

   Tout le contraire d’une identité française, qui se veut sommet de l’humanité : universelle, elle croit que tout le monde rêve d’être français, ou de leur ressembler ! Elle autoproclame « Paris plus belle ville du monde » (en dépit de la réalité de cette ville). La France est « Le pays de la culture » et ses médias, donnant la parole à un francophile étranger, fait croire aux téléspectateurs occitans, bretons, catalans, auvergnats, basques, que l’identité française qui les oppriment au plus profond d’eux, est une identité prestigieuse et admirée. L’identité française est foncièrement une identité de contrôle et de domination d’une élite sur les hommes. Le « danger d’opposer les identités petitement « régionale » à la Grande identité française » ? Faisons alors l’inventaire de l’arsenal répressif du « Français » sur les « régions » : école acculturant et formatant, gendarmerie, police, armé, centralisme politique, préfets, écoles d’administrations parisiennes, Bourse, chambres de commerce, médias… médias qualifiant de l’adjectif « extrémiste » tout ce qui se veut souverain en son territoire.

   Voir le monde en homme local pourrait sauver de la déficience mentale à laquelle condamne l’identité française. Le Français, enfermé dans son arrogance, se condamne à ne jamais rien comprendre au monde et ses enjeux. Consommateurs de théories, jusqu’à l’indigestion, l’identité française considère que c’est la réalité qui doit être adapté à la doctrine. Cela, quitte à brutaliser la société. Ce fut la si glorieuse révolution française, la sainte modernisation ! Superficielle, identité purement institutionnelle, elle condamne son croyant à ne voir les hommes qu’aux travers les légères et absurdes identités bureaucratiques. Le Français col aux peuples, aux groupes d’hommes, les crimes, tares et abjections des institutions, dont ils sont eux même les premières victimes. Les Chinois deviennent « l’ennemi », alors qu’il ne s’agit que de la république populaire et du parti communiste, qui provoque en beaucoup de cœurs un sentiment de frustration et de honte.

 

   Matoub Lounes disait dans sa chanson « monsieur le président » : « l'Etat n'a jamais été la patrie ». C’est avec ces mots que je termine.

 



[1]              D.T. Suzuki, Erich Fromm et Richard Martino, Bouddhisme Zen et psychanalyse, trad. Théo Leger, ed. PUF coll. Quadrige, Vendôme, 1998 p. 11

Publié dans Lacunes françaises

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