Chacun pour sa gueule!

Publié le par 問道

   L’autre jour, Oncle Bernard dans son cours nous racontait l’expérience faite dans une université, qu’il décrit dans le volume 1 de son anti-manuel d’économie :

   On prend huit étudiants en école de commerce, formés au selfishness, une deuxième équipe est composée de huit joueurs de basket, un peu inculte en ce qui concerne les choses du commerce et de l’économie. Les élèves en école de commerce n’ont pas confiance les uns envers les autres, au contraire des joueurs de basket. On prend un jeu de 32 cartes à chacune des deux équipes, chacun a quatre cartes et doivent en mettre deux dans un chapeau. Une carte rouge vaut quatre euros, les cartes noires valent zéro. Chacun à le choix de mettre soit deux cartes rouges, soit une seule, soit deux cartes noires, dans un pot commun. En cinq tours, les élèves d’école de commerce commencent par gagner neuf euros chacun, puis huit euros les quatre tours suivants. Les joueurs de basket jouant collectif commencent par empocher des gains tournant autour de quatorze et douze euros chacun pendant les trois premiers tours. Puis, commençant à jouer perso, chacun ayant compté qu’il pourrait empocher deux euros en roulant les autres, leurs gains baissent à huit euros chacun.

   Quels sont les moralités de ce jeu? D’abord, que l’altruisme rapporte plus que l’égoïsme et la concurrence. Nous pensons dans une étroite rationalité, à titre individuel, que l’on ne nous la fait pas, que l’on n’est pas le « couillon de service » qui va se faire entuber par les autres. Nous anticipons donc sur la nature mauvaise des autres, formatés à l’idée que tous les autres sont mauvais, égoïstes et même, parfois prédateurs et, l’on joue au jeu du « chacun contre tous les autres ». Bien entendu, nous nous disons « les autres sont mauvais, moi, je me défends seulement », alors que les autres pensent foncièrement « comment rouler autrui ». Cela nous permet de nous rassurer quant à notre nature profonde, que l’on ne veut pas aussi nulle que les autres, tout en prenant leurs exemples ! Mais en fait, malin, malin à demi, en ne voulant pas se faire rouler, l’on se retrouve malgré tout roulé et perdant, comme tous ceux qui pensent comme nous. L’anticipation rationnelle aboutit sur un mauvais équilibre.

   D’après le prof, il semblerait que l’on agit avec ce genre de rationalité quand on a des certitudes. Par exemple, les joueurs savaient que le jeu durerait cinq tours, mais que, dans d’autres cas, quand nous nos joueurs ne savent pas combien de temps durerait le jeu, l’étroite rationalité individualiste se couche devant l’altruisme. L’incertitude crée donc, par opposition, de l’altruisme, dans une autre forme de rationalité. Après tout, le paysan n’a pas de certitude concernant la qualité de la prochaine récolte, la météo, et la société paysanne, le monde rural est marqué par l’esprit de corps, familial, clanique, villageois etc. Chose que le citadin industrieux, ne peut comprendre et, condamne sans la moindre équivoque! Combien de fois n’avons nous pas entendu du monde citadin beugler avec arrogance contre « le clanisme ».

   Ce qui me frappe, c’est également que le gain, semble appeler une soif de « plus de gain ». Dans ce jeu, il s' en trouve toujours un qui ne sait se contenter, et qui, voit d’avantage le maximum potentiel de gain, que ce qu’il a gagné. La soif de ce que l‘on n’a pas, par rapport à la satisfaction du « ce que l’on a ». Et, ce sentiment fini par contaminer les autres comportements, certains, ne voulant pas payer pour les profiteurs, d’autres authentiques soiffards. Cette soif du gain semble trahir une vraie inintelligence. En effet, l’on ne se doute jamais que les autres pourraient avoir la même idée et qu’on a plus à perdre qu’à gagner ! Et l’on fini par perdre, nous éloignant du plafond pour se retrouver le nez sur le plancher. Ces calculs ne tiennent pas compte de l’environnement ou des règles, l’on se retrouve enfermé dans une sorte de boite, isolé de ce qui nous entoure.


   Et c’est là que trouve sens tout ce discours des politiques libéraux sur les « profiteurs ». D’après ces gens, le problème des aides sociales, c’est qu’il y a des fraudeurs et qu’il faut « les traquer, lutter de toutes ses forces contre ce fléau ». Chose remarquable, c’est l’inefficacité de leur chasse aux fraudeurs, de campagnes de communications en campagne de communication, il y en a toujours, beaucoup, il faut rester mobiliser. Autre chose, pour eux, la fraude aux aides sociales a pour cause… l’aide sociale elle-même, elle encouragerait « la paresse et l’oisiveté alors qu’il suffirait de chercher du travail pour en trouver ». Après tout, les employeurs sont de gentilles personnes qui, via le soin qu’ils apportent à leurs intérêts personnels, créent de l’intérêt général ! Ce sont de véritables saints qui ne trouvent personne à employer dans cet océan de chômeurs, de plus en plus diplômés! Un océan qui tend à s'agrandir...

   Il me semble en fait que, la véritable nature de ce discours, n’est pas de défendre les gens vraiment en difficulté, victimes d’une armée de fraudeur… mais, de créer, dans nos têtes, dans nos esprits, la même détestation qu’eux, de l’aide sociale, l’aide au plus démunie. Il s’agit de partager leur idéologie avec les électeurs pour que ceux-ci la réclament, leur demande de prendre le pouvoir, et légitimer leur politique en toute légitimité démocratique. Il faut atomiser la société de façon à ce que, nous-mêmes coupions les liens sociaux. Nous voyons ainsi en l’autre un possible profiteur, un arnaqueur, un rival, en tout cas, une personne avec qui nous n’avons aucun lien, intérêt ou quoi que ce soit de positif. Nous sommes invités à jouer perso.

   Le totalitarisme violent coupait les liens sociaux par la terreur, pour que chacun soit isolé des autres, et à l’occasion dénonce autrui. Le communisme voulait régner sur des personnes seules, facile à dominer parce que seules contre tout un système. Ici, ce sont nous qui construisons ce type de société, nous agissons comme sous hypnose. Après tout, la guerre psychologique existe, pourquoi pas la révolution psychologique?


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A relire: "anti-manuel d'économie vol.1 les fourmis, vol.2 les cigales"

Publié dans Capitalisme

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O* 31/01/2010 00:00


Ce devait être dans les années 80... Les USA se sont aperçus qu'ils n'existaient pas sur la scène mondiale de ce sport très particulier qu'est le volley-ball alors que, côte ouest comme côte est,
les paris marchaient très forts sur les plages... Une fédération sortie du néant par volonté politique a sélectionné douze joueurs qu'elle a rémunéré pendant deux ans avant les J.O. de... (L.A.?)
Le programme d'entraînement rassemblait les sélectionnés dans une caserne au milieu du désert où l'équipe progressait en autarcie. L'une des phases déterminantes de ce programme de formation
consistait en une mission de survie collective... Le groupe était héliporté au sommet d'une montagne (rocheuse, évidement!) avec pour simplissime objectif de rallier la base à six jours de marche
de l'autre côté de cette portion de désert. Le plus (+) de l'histoire, c'est que chacun des membres était en charge et seul responsable d'un outil indispensable à la survie collective (eau,
couteau, vivre, tente, ?, you name it!), lui même dans l'impossibilité de s'en sortir sans les autres... La même année, les USA étaient champions olympiques et champions du monde.