Rencontre avec Oncle Bernard

Publié le par 問道

   Retour encore à Paris VIII, pour un cour d’économie, en « séminaire externe » dans le cadre de mon Master. L’après midi est déjà bien avancée, et j’attends devant la porte. Bien en retard, il arrive, mais pas grave, il arrive quand même et rentre dans sa salle, je l’intercepte et me présente. Apparemment, je suis son seul étudiant pour ce cours, étrange, sa notoriété est pourtant réelle ! Les prélats du capitalisme, et autres libéraux, le détestent, lui qui n’aime pas « l’ordre naturel de l’humanité », les marxistes ne l’aiment pas, trop pédagogue et plus « au-delà du capitalisme » que militant et « anticapitaliste ». Moi je l’aime bien, il fait de l’économie avec de l’histoire, de l’ethnologie, de la psychanalyse, de la littérature… il a une démarche que je qualifierai de « polanyiste » !


Bernard Maris
envoyé par reagman2000. -

   On s’installe et on discute. C’est un monsieur très peu bavard, il écoute beaucoup et écoute vraiment, même un simple étudiant alors que lui est professeur ! Je lui parle de mon mémoire et des choses surprenantes sur la façon dont est définie la « puissance militaire » chez ces anciens penseurs chinois. De la civilisation chinoise, dont il ne sait pas grand-chose. Il a ainsi découvert que les débats « gauche-droite » que nous avons aujourd’hui, avaient leurs équivalents sous les Song, entre ceux qui voulaient soutenir les classes les plus faibles (Wang Anshi en est la figure la plus célèbre) et ceux plus élitistes. Le but étant de renforcer l’Empire, le pays pour regagner les territoires perdus au nord sous l’avancée de peuples des steppes altaïque. Lui-même avoue, ne pas comprendre pourquoi ce pays à un moment clé de son histoire, n’a pas inventé le capitalisme…

   Et là, nous tombons d’accord ! « Le monothéisme est une idée totalitaire à la base totalitaire » et cela pour des raisons de base objective : le Dieu est un seigneur absolu et tout tourne autour de lui. C’est par rapport à lui que se définissent le « bien » et le « mal », le « moral » et « l’immoral », il est au centre de toutes les préoccupations des hommes et exige que la société tourne autour de lui et de sa religion. Autre raison objective, la notion de « vérité absolue », son caractère dogmatique. A partir du moment où, l’on définit une idée, un concept et ses lois non naturelles comme vérité absolue, cela signifie que tout le reste est faux et ne peut contenir une once de vérité. Enfin, il est bien évident qu’une idée absolue ne peut se voir que comme universelle, et donc, impérieuse, il faut donc allée anéantir les autres cultures, pour les forger à l’image souhaitée. L’universalité autoproclamée.

   Arrive alors la question de l’islam, vue mes origines, j’ai été autre fois forcé de vivre dedans, je le mis à l’aise : « moi monsieur, je n’ai pas de problème avec ça : elle arrive à être encore plus dure que le christianisme ! On essaye de parler « d’islamistes », mais dans son cœur, dés le jour J de sa création, l’islam est violent et totalitaire ! Rien que pour rentrer, il suffit de dire une phrase : « j’atteste qu’il n’y a d’Allah qu’Allah et que Mohammed est son prophète ». C'est-à-dire qu’on vous demande d’attester de ce que vous n’avez jamais vu et de ce que vous ne pourrez jamais vérifier ! La foi, bien entendu aveugle. Après, pour en sortir, bien y pas ! Si on abjure, on meurt. De toute façon, suffit de lire la biographie de Mohammed pour s’en convaincre ! » Le prof remarque alors qu’en France, « on a toujours l’image d’un occident médiéval arriéré et d’un monde islamique hyper avancé et cultivé ! ça vient d’où à votre avis ? » Je lui parle alors de « l’islamophilie », cette débilité d’une certaine élite en quête d’exotisme pour briller en soirée mondaine. Mais en vérité, le « monde islamique » (je n’aime pas ce terme), était aussi violent et obscur que l’occident, guerres, fitna, répressions… mais ce qui donne l’illusion, c’est que politiquement, le monde islamique semblait globalement abouti, installé dans son ère et l’occident, perdant son centre, l’empire romain, devait se reconstruire.

A suivre, mais en attendant, à lire : L'autre économie

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