Intelligence vs cynisme

Publié le par 問道

   Désolé pour cette longue absence. J’ai été pris par mon inscription à Paris VIII et la rédaction de mon mémoire. J’ai fini le gros œuvre, il me reste le peau finage. Mais ce n’est pas une chose dont je tiens à vous parler aujourd’hui. Pendant ce long mois de disparition, je ne suis pas non plus resté cloitré entre ma rédaction et mon inscription. J’y aussi appris un certain nombre de choses, qui continuent de me conforter dans mon idée: nous vivons une époque épouvantablement obscurantiste! En effet, nos mots et concepts se mélangent et notre culture, nos débats deviennent une espèce de pâte informe indigeste.

   Par exemple, le mot « intelligence » et la notion « finesse d’esprit ». Nous les accordons à l’emporte pièce, à n’importe qui. Les qualités d’intelligence et de finesse d’esprit, sur des critères des plus rustres : l’efficacité de leurs actions par rapport à leurs objectifs. Ainsi, un homme politique, vivant dans une faune politique, faite de violence et de coups bas, prêt à tout pour atteindre ses objectifs, y compris le plus catastrophique, parce qu’il atteint son but : prendre le pouvoir et le garder, est considéré comme intelligent et fin d’esprit. De même pour l’homme d’affaire, qui accumule de plus en plus, s’offre l’impunité par la corruption, il est intelligent parce qu’il sait nager en eau trouble. C’est l’efficacité à court terme qui fait le critère d’intelligence, même si à long terme, son action engendre des catastrophes et même si son objectif est étroit et qu’il est incapable d’avoir une vision plus large.

   Ce que notre époque appel « intelligence », ne me semble guère en être vraiment. Déjà, vivre et agir pour un intérêt petit et égoïste, au mépris des autres me semble être l’expression d’un esprit profondément immature. Une époque trouvant cela être intelligent peut-être marqué par le sceau de l’infantilisme. Être capable d’utiliser tout les moyens pour y parvenir, y compris les plus nuisibles, n’est-ce pas justement l’expression d’un esprit rustre voir même brutal ? Notre époque trouve cela donc intelligent et l’on crie même parfois au « génie politique »; l’expression d’une époque particulièrement arriéré. Les gens intelligents selon les critères de notre temps, se donnent totalement et sans aucune retenue vis-à-vis du reste, à ces activités aussi vaines qu’infantiles que sont « la politique » et « le business ».

   Notre époque confond ainsi intelligence et cynisme. Le cynisme est vue comme une vertu, au contraire de ceux que l’on appelle avec mépris « moralistes ». Hors, le cynique ne tient absolument pas compte de ce qui existe au delà de son étroit objectif; il fonce dessus sans calculer les incidences de son action, avec un langage technicien et froid, une rhétorique de robot calculateur et un air intelligent, parce que parlant et se justifiant sans le moindre doute. Hors, l’action cynique ne calcule pas les incidences de son action à long terme, son objectif est toujours immédiat. De même, le cynique néglige les incidences de son action autour de lui, les nuisances sur d’autres qui, peuvent ensuite retomber sur lui (et qui toujours retombent sur lui). Il n’a en fait, aucune idée de l’interaction des choses entre elles. L’air intelligent et brillant du cynique n’est que l’illusion de l’intelligence. Le cynique n’est finalement qu’un imbécile qui se fantasme intelligent. Et notre époque trouve cela brillant !

   Qu’est ce que l’intelligence et la finesse d’esprit ? Un ami évoqué par le passé, N.S. parlait de « l’esprit critique ». Ce peut-être une composante d’une éventuelle définition de la « finesse d’esprit ». Lui est un esprit que je qualifierai de fin. L’on peut rajouter aussi la capacité à apprendre de son expérience et de l’expérience d’autres. Après tout, la vie d’un homme et même, l’existence de l’humanité, voire plus est apprentissage et expérience, si nous le voulons vraiment (mais cette idée ne semble pas être d’actualité aujourd’hui depuis deux cents longues années maintenant). Eventuellement, peser les intérêts et les inconvénients de son action ou de son ambition, avant d’agir peut-être aussi une partie de ce que nous pouvons appeler finesse d’esprit. Certains parlent même de la capacité à percevoir avec finesse la nature des choses et leurs interactions dans son univers… il y en a énormément d’autres, tant d’hommes et tant de façons d’être intelligent ou à l’inverse, bête !

   J’ai eu des discutions avec des jeunes de vingt ans. L’un m’a donné comme critère de civilisation la capacité à envoyer des bateaux de guerre à l’autre bout de la terre, un autre, de pouvoir être la pire des brutes dans un panier de brutes pour prendre le pouvoir. Ce ne sont pas forcément des mauvais garçons, ni forcément des idiots, juste qu'ils ont vingt ans et n’ont pas peaufiné leurs culture et point de vue personnel, ce qui est normal. Ils appartiennent complètement à cette triste époque, à son obscur et dense conformisme et semblent chercher à s’y faire une place. Comment leur reprocher de vouloir être « le meilleur des nageurs parmi les autres nageurs dans une piscine rempli d’urine » ? Ils veulent appartenir à ce monde, en ont besoin, leur individualité a besoin de cela pour se rassurer.











A lire : Freud Malaise dans la culture

Publié dans Rectifier les noms

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Alexandre 10/11/2009 14:51


Je dois avouer que je suis un cynique pour certains sujets pour lesquels je crois qu'aucune solution n'est possible. Les problèmes politiques finissent toujours par être résolus... mais les
problèmes plus graves... au dessus de nous, par exemple la sur-exploitation des ressources naturelles et la catastrophe écologique annoncée ne semble pas avoir de solution. La plupart des pays en
voie de développement veulent rattraper l'Occident dans la course à la surconsommation, et l'Occident ne veut pas réduire sa propre surconsommation, ou la réduit de façon très modeste et hypocrite.
La crise est inévitable je me dis! Suis-je cynique ou réaliste?


問道 11/11/2009 13:04


   Ce n'est pas ce que j'appellerai du cynisme, mais plutot du réalisme lié à une dose raisonnable de pessimisme... c'est ce que l'oncle Bernard appel "la pédagogie de la catastrophe",
quand Shanghai sera sous les eaux avec tout ses habitants, on comprendra peut-être... pour un temps!

   Le cynisme, c'est par exemple la real politik, la real economik ou ces beaufs qui justifient certaines moeurs politiques pour d'obscures raisons de stabilités ou de "culture
foncièrement comme ça"...