Langue de bois politique : le dialogue

Publié le par 問道

Le dialogue
Il n’est pas un seul homme politique qui ne prône les vertus du dialogue, aussi bien au sein de la classe politique des états démocratiques que chez les dictateurs. Il est vrai cependant que les odes aux vertus du dialogue ne sont pas chantées aux mêmes moments ni dans le même contexte. En démocratie, le dialogue consiste en nombres de négociations, discutions et très souvent aussi, hélas, en séductions. La classe politique, cynique à souhait et soucieuse de maintenir un subtil ordre de caste, nous noie dans des discours remplis de valeurs morales et démocratiques auxquels ils ne croient pas et sacrifiant toujours la société à l’institution et au système auquel ils appartiennent. C’est de la séduction qu’en démocratie, le pouvoir politique tient sa légitimité. Chez les dictateurs ou cadres au sein d’un système dictatorial, il en est autrement. La dictature étant un régime qui tient sa légitimité de sa capacité à imposer un rapport de force qui lui est favorable à tous les niveaux, de sa capacité à terroriser, dans le « temps normal » d’un pouvoir dictatorial (le temps de la soumission de l’ennemi, le peuple et ses voix), il n’est même pas question d’imaginer la moindre possibilité de dialogue, la dictature ordonne, les autres obéissent et c’est tout. Néanmoins, face au danger, lorsque la colère gronde, qu’un vent de révolte souffle sur le pays et que la réponse violente à sa propre violence lui est donnée, la dictature découvre les vertus du dialogue et se présentent comme victime de gens haineux et viole prônant qui s’attaque au pauvre dictateur homme de paix victime d’une violence qu’il n’a bien entendu jamais provoquée. Les démocrates des états qui se veulent démocratiques, adhérent absolument aux vertus du dialogue telles que prôné par le dictateur. En réalité, le dialogue ne sert qu’à essayer de rouler dans la farine l’opposant, tenter de l’empêcher à aller jusqu’au bout du rapport de force qui lui est favorable pour renverser le pouvoir en place et, éventuellement, instaurer une vraie démocratie, une démocratie de façade ou encore, une dictature. Le « dialogue » cache souvent le terme « corruption » également, possibilité qu’il est souvent judicieux d’interroger lorsque l’opposant lui-même tente de justifier à ses troupes révoltées les vertus du dialogue avec le dictateur. En fait, en politique, il n’a jamais existé le moindre dialogue, juste l’usage des mots pour arriver au pouvoir de façon démocratique, ou pour empêcher son renversement quand le rapport de force est renversé. Le dialogue n’est pour les classes politiques de notre temps qu’une mauvaise pièce de théâtre qu’il suffit de jouer, un vulgaire écran de fumée.

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