Autodestruction

Publié le par 問道

   Cette semaine, avec mon copain XLS, on s’est posé, profitant du beau temps, sur l’herbe, dans la cité. Une journée fort agréable, une fois quitté l’arrêt de bus à la gare, et la route, pour s’enfoncer dans le quartier, sur le petit fort, qui est en fait un espace vert… il faisait beau, chaud, journée lumineuse, les oiseaux nous honoraient de leur récital, précieux mais pourtant pas rare… et l’odeur de l’herbe coupée pénétrait nos narines. C’est très agréable comme odeur, ça me rappel plein de souvenirs de fins d’années scolaires et de vacances d’étés… j’adore.

 

 

   On a discuté de tout un tas de choses, finalement sans grandes importances, le temps passait, parfois, des gosses venaient tenter de passer le rituel de reconnaissance de son courage : descendre un petit chemin de terre jalonné de pierres, sur une pente extrêmement raide… presque un mur complètement vertical. Finalement, les enfants restent des enfants, tenter de les pourrir avec l’esprit de consommation, c’est un crime contre l’enfance.

 

   Plus tard, passe un mec, avec sa moto cross. C’est la dernière mode dans la cité, faire le tour de la cité pour montrer aux autres qu’on fait de la moto… et surtout que l’on a une moto. Avant, le prestige, c’était d’avoir un beau survêtement, puis une voiture, puis mieux, une belle voiture, puis les portables, aujourd’hui, c’est la moto. Il nous dit salut, alors qu’on ne le connait même pas, histoire de s’assurer qu’on l’a bien vue alors qu’il est juste devant nous, et démarre. Il nous a pourrie le moment, soulevant la poussière, couvrant l’odeur de l’herbe avec son mazoute et le chant du Dao avec son moteur. Il ne s’en rend pas compte, juste il sait qu’il a été vu.

 

   Fin d’après midi, on s’en va, s’acheter quelques rafraîchissements au centre commercial du quartier, un endroit placé dans un nid en béton fait de barres, de bitumes et de crasse. La crasse de ces quartiers, sur les trottoirs, la pisse de chiens, l’usure des matériaux, les pigeons et leurs fientes… tout est dégradé, les murs, les voitures, les sols, les animaux, les visages et les esprits, les relations humaines... Juste, fait illusion, un jeu pour enfants flambant neuf, qui ne perd rien pour attendre… de toute façon, tout se dégrade, rien n’est entretenu.

 

   On passe devant les deux châteaux d’eau du coin, couvert à moitié de lierre. C’est rempli de nids d’oiseaux en tout genre. A un moment, on voulait « nettoyer » les deux blocs de bétons en enlevant ces lierres, pour ré-offrir en panorama aux foyers autour le béton blanc. Les parents, remarquant que les oiseaux disparaissaient, on fait alors pression auprès de l’autorité gérant cela pour que soi laissé le lierre. Et puis, ça donne une meilleur vue, une présence de la nature sous les fenêtres !

 

   Dans le magasin, on voit deux nanas, qui pourraient être mignonnes, mais comme le dit XLS, « tu vois, grandir dans la cité, ça rend grosse poufs, même si t’as un potentiel au début, les deux là, elles ont été poufiaïsés par le quartier à force de ne pas en être sortit ». C’est vrai, elles semblent condamnés à être ce qu’elles pouvaient devenir de moins bien semble t-il, regard idiot souillant une bonne bouille, démarche trainarde et vulgaire, cul engrossé au dôner… un gâchis ! Bon, on sort du magasin, et on s’installe, causant sur un banc public, à côté d’une bande de pères de familles indiens jouant aux boules.

 

   Les barres, des trucs fonctionnels mais peu vivable, l’esprit est à l’étroit, les fenêtres sont petites, les balcons sont réduits, on ne peu pas manger en plein air par beau temps ! On ne peut pas vivre au-delà de l’étroite utilité. La vie est un carcan dans ce lieu, qui ne fut dans l’histoire de France, rien d’autre que le lieu des bannis de la capitale. Pourtant, l’homme, au-delà de son physique, de son corps, grandit, s’élargit, sans fin, comme les plantes. Ne pouvant briser ses entraves, mais ne pouvant ne pas grandir, alors, l’homme de banlieue s’autodétruit. La cité de banlieue, c’est un lieu de destruction et d’autodestruction, destruction des objets, des murs, des lieux, mais aussi autodestruction des esprits, des relations sociales, des moments agréables… la destruction, ne serait-ce pas là l’aboutissement de l’utilitarisme ?

 

 








A lire : « anti-manuel d’économie volume 2 : les cigales » de Bernard Maris

 

Publié dans Modernité

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oÖOo... 02/08/2009 00:59

Ah mais c'est vrai, tu t'entraînes. Tu peux m'en dire plus ? Tu médites ou tu te relaxes ? Réfléchis ?


Je profite d'être en France pour réagir à tes articles car à Pékin malheureusement, impossible d'accéder à ta page... Proxy rend la lecture possible mais pas la rédaction de commentaires... Je vois que tu es très touché par les sagesses d'Asie, arrives-tu à les intégrer ) ton quotidien ? A tes relations avec les autres ?

問道 02/08/2009 02:02



Ben, si tu es à paris, le mieux est de se rencontrer :)

Hélas, je réflechis énormément, mais il m'arrive de faire le vide, dans le bus par exemple... pour me relaxer, au printemps et en été, j'observe les animaux ou les insectes, ce qui est un
comportement étrange et qui semble expliquer certains aspects de ma vie sociale...

  



oOÖOo... 01/08/2009 15:07

Ce dernier paragraphe m'émeut beaucoup...


Cette pression de la mort contre le vivant, cette implosion de la beauté et de la fraîcheur dans ce lieu que tu décris... l'esprit vicié comme un air enfermé dans une pièce noire. Tu es comme ce lierre jaillissant de la pierre, poussé par un instinct incisif, la volonté noire et intransigeante de vivre. Puisses-tu ré°inspirer la vie à ce(ux) qui t'entoure(nt)!

Pratiques-tu la méditation ?

問道 01/08/2009 19:07


   ben, j'essaye, quand je m'entraine, parfois quand je marche ou juste après avoir lu...